Marc Youmbouno : « L’implosion de l’Union Sacrée affaiblit le CNRD… »
CONAKRY- C’était prévisible, l’union sacrée créée en avril dernier vient de voler en éclat, complètement disloquée. Plusieurs coalitions politiques majeures, membres des Forces Vives de Guinée ont annoncé leur départ ce lundi 14 octobre 2004. Elles dénoncent le non-respect de l’esprit de l’union par certains membres et leur manque d’objectif.
Le RPG arc-en-ciel, l’ANAD, le FNDC Politique sont les coalitions qui ont jeté l’éponge. Interrogé par notre rédaction ce mardi 15 octobre 2024, Marc Yombouno, membre du bureau politique national du RPG arc-en-ciel a détaillé les raisons qui ont poussé ces différentes coalitions à quitter l’Union Sacrée.
Dans cette interview, cet ancien dignitaire du régime Alpha a expliqué qu’en politique contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, c’est une question de dignité et du respect de l’engagement et de la parole donnée.
AFRICAGUINEE.COM : Dans un communiqué publié ce lundi 14 octobre, le RPG arc-en-ciel, l’ANAD, le FNDC Politique ont annoncé leur retrait de l’Union Sacrée. Dites-nous concrètement qu’est-ce qui a conduit à ce divorce ?
MARC YOMBOUNO : Au fait, c’est le non-respect du contenu de la charte de la transition qui a été à la base de la mise en place de cette Union sacrée et l’objectif principal devrait être le retour rapide à l’ordre constitutionnel. Ceux qui ont animé la conférence de presse, ce sont eux qui avaient participé au dialogue avec le CNRD mais après ils se sont rendu compte qu’aucune résolution n’est mise en œuvre. Ils ont donc approché les Forces Vives de Guinée que nous nous sommes pour nous demander de former une seule coalition dénommée Union Sacrée qu’on a ajoutée aux Forces Vives pour sceller ce mariage. Et tous les membres avaient accepté sur la base de la charte avec un objectif principal ‘’le retour à l’ordre constitutionnel au plus tard le 31 décembre 2024. C’était cela le point nodal. Mais si vous avez suivi, c’est la deuxième fois qu’ils animent un point de presse sans la majorité pour décider au nom de tout le monde. Ils étaient également à Kindia pour participer à l’atelier du CNT. A leur retour, ils avaient unilatéralement animé autre un point de presse.
Cette fois-ci encore ils ont fait une analyse de la situation et ils ont décidé de faire des recommandations sans l’avis de tout le monde. Dans leur déclaration, tout est clair pour eux, ils ont réalisé que le retour à l’ordre constitutionnel le 31 décembre 2024 n’est plus possible. Ils proposent donc un autre cadre pour selon eux rectifier le tir. Dans tout cela, il n’y a pas d’objectif, c’est comme s’ils étaient même au gouvernement pour en parler et pour faire des recommandations.
C’est cette différence de point de vue et le fait d’aller souvent en solo qui ont fait déborder l’eau et les leçons ont été immédiatement tirées pour que nous nous retrouvions dans notre ancien ensemble qui est les Forces Vives. Maintenant il n’y plus d’Union sacrée. Ils vont continuer certainement dans leurs anciennes coalitions qui ont accompagné le cadre de dialogue et nous, nous allons rester sur nos positions.
Donc à analyser le déroulement des choses c’est comme s’ils se sont servis de vous pour se rapprocher davantage du CNRD ?
Au fait, ils étaient déjà là-bas avec eux. Mais je ne sais pas si c’est une stratégie pour avoir plus de considération par le CNRD qu’ils sont venus composer avec nous en faisant croire qu’ils ont tiré les leçons (…). Ils nous avaient dit qu’ils s’étaient trompés et qu’ils reviennent maintenant dans le cadre du respect de la mise en œuvre de ces deux instruments. Mais si maintenant on a œuvré quelque temps et qu’ils commencent à tirer les leçons en solitaire pour dire que compte tenu du temps qui reste il n’est plus possible, compte tenu de l’incendie du dépôt… on ne peut plus tenir des élections. C’est le gouvernement qui devrait dire ça, ce n’est pas eux.
La politique ce n’est pas une question d’âge mais une question d’intelligence, d’expérience et de stratégie. Il ne faut pas qu’ils aient tendance à toujours dire ‘’ce sont des anciens partis, ce sont des vieux…’’, non nous ne sommes pas vieux. Certainement il y en a qui sont avec eux qui sont plus âgés que nous. Mais nous, nous disons qu’il n’y a pas de rejet et ce n’est pas une question de génération dans une association politique mais plutôt le respect, l’expérience et l’apprentissage. La jeunesse n’est ni une qualité ni une compétence donc il ne faut pas qu’ils mélangent les pièces parce qu’on va entendre bientôt que ce sont les partis des vieux qui ont quitté alors que ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup des jeunes à l’UFDG, au RPG et au sein de l’ensemble des institutions qui composent les Forces Vives, beaucoup de cadres qui sont plus jeunes qu’eux mais qui composent avec les plus âgés pour acquérir des expériences qui sont bien en politique.
Donc, il ne faut pas qu’on nous parle de questions de génération ici, ou de renouvellement parce que c’est un faux débat développé par le CNRD qu’ils sont en train de propager eux-mêmes.
Ne pensez-vous pas que cette division au sein de la classe politique est un pain béni pour le CNRD de rester au pouvoir aussi longtemps que possible ?
C’est ce que les gens disent et c’est ce que beaucoup comprennent. On dit souvent que ce sont les politiciens qui retardent le pays parce qu’ils ne sont pas unis mais ce n’est pas vrai. Dites-moi aujourd’hui qui est-ce qui pourrit le pays ? Ce sont les politiciens ou bien ce sont qui se disaient qu’ils ne sont pas politiques ? Prenez le cas du président du CNT (Dansa Kourouma), ce ne sont pas eux qui disaient ici qu’ils étaient apolitiques ? Prenez les officiers, les soldats et autres. Qui est ce grand politicien qui a la main mise sur la politique, qui est actif sur la gestion du pays ? Donc, en ce qui concerne les politiques ce n’est pas une division, ce sont les malentendus et chacun a des positions et le positionnement ne veut pas dire une division qui affaibli, non.
Au contraire ça affaiblit le pouvoir en place parce que si vous avez des multitudes d’interlocuteurs ce que les gens ne savent pas ce que cela affaiblit le pouvoir en place. Il serait mieux que les acteurs soient unis pour avoir une position unique des négociations que d’avoir des groupes des gens qui se disent aujourd’hui pro CNRD comme ils l’ont été au départ et demain ils disent non nous ne sommes plus avec vous et pour revenir ils font des exigences, cela ne peut pas marcher.
La politique réelle et digne n’est pas une tromperie c’est ce que les gens ne savent pas. Une bonne politique doit être accompagnée d’unité, de patriotisme, de persévérance, de respect de l’engagement de la parole donnée. Ce n’est pas de la tromperie.
Quelle va être la suite à partir de maintenant ?
Comme l’a dit notre déclaration, nous maintenons notre position. Nous conseillons toujours le CNRD, pour le peu de temps qui reste, il n’est jamais trop tard de faire du bien, il suffit qu’il y ait la volonté parce que même en un mois on peut s’accorder et revenir à un premier pas du retour à l’ordre constitutionnel, il suffit qu’il y ait l’entente et la bonne volonté. La parole donnée (est sacrée) surtout qu’ils nous ont dit qu’ils avaient fait le coup d’Etat parce que Alpha Condé avait fait un 3ème mandat, que celui-ci n’avait pas respecté sa parole et autres et si quelques temps vous vous revenez pour dire que vous, vous êtes plus Guinéens que les autres, Dadis est là, l’histoire n’est pas éloignée.
Nous voyons jusqu’à présent que la vulgarisation de l’avant-projet de constitution présenté aux Guinéens à la fin du mois juillet dernier n’a pas encore commencé. Comment comprenez-vous ce retard ?
Après la publication de cet avant-projet de constitution, le RPG avait dit que tout ce qu’ils avaient programmé comme tournées à l’intérieur et à l’extérieur du pays c’était du gaspillage d’argent, ce sont des dépenses inutiles au détriment du citoyen lambda parce que ce sont des fonds publics qu’on est en train de dépenser pour un résultat qu’ils ont déjà en main. C’est pour s’approprier de la chose et dire que tout le monde a participé mais ils ont déjà ce qu’ils ont et ils refusent de changer.
Un avant-projet c’est un brouillon qui devait être discuté au sein du CNT, c’est le projet qui devait être sorti et vulgarisé, la campagne allait être menée sur ça et chaque composante allait demander à ses membres de voter oui ou non. Mais si eux-mêmes sortent le brouillon pour faire des tournées de Yomou à Washington, on a vu combien de temps ils ont fait à Paris mais cela a apporté quoi ? Actuellement les sirènes se sont tues on ne sait pas qu’est-ce qui se passe mais où on va ?
Et le ministre des affaires étrangères, le ministre de l’administration du territoire, le premier ministre, le CNT, le discours de fin d’année du président de la transition, ils avaient tous promis que le référendum allait être tenu avant la fin d’année 2024 et que cela ne va pas être un glissement. Tous et à tous les niveaux ils avaient dit que le référendum sera organisé et la constitution sera adoptée avant la fin de cette année. Eux-mêmes ont dit cela. Sur les 10 points du chronogramme, ils avaient convenu qu’on aura au moins ça. Mais le peu qu’ils se sont définis de réaliser pendant 3 ans et à la fin de la 3ème année cela aussi est devenu un rêve, à qui poser la question ? C’est à eux.
Ils affirment tous maintenant qu’on n’est plus en transition mais en ‘’refondation’’. Comment comprenez-vous cette situation ?
C’est une incompétence dans la communication politique. La politique c’est une question de dignité et du respect de l’engagement et de la parole donnée. En politique il faut avoir une ligne directrice, un guide et tout ce qui se fait doit avoir un certain repère. On ne doit pas divaguer. Mais comment est-ce que certains peuvent sortir vous dire que pendant 3 ans c’était la transition et maintenant c’est la refondation. Je ne sais pas qui est à la base de cette communication. Tant qu’il n’y a pas d’élection qui amènerait un président civil à la tête de la Guinée c’est la transition.
C’est une volonté qui manque, une volonté de rassembler les Guinéens, une volonté de faire en sorte qu’il y ait un partage d’expériences. Chacun aime la Guinée, chacun est citoyen guinéen. Nous on a nos camarades qui sont en prisons depuis maintenant presque 3 ans il n’y a pas de preuves, même des juridictions au sein de la CRIEF ont décidé de leur libération mais ça n’a pas été respecté, la cour de justice de la CEDEAO a décidé ça n’a pas été respecté, on est là et on nous parle encore de refondation. Quel est le contenu de cette ‘’refondation’’ parce que la transition a l’avantage d’avoir des contenus qui sont la charte et le chronogramme alors ils n’ont qu’à nous dire les contenus de la ‘’refondation’’.
Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Tel : (00224) 666 134 023
Créé le 16 octobre 2024 15:17Nous vous proposons aussi
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