Mamoudou Nagnalen Barry: « Simandou générera 1 milliard de dollars de revenus par an pour l’État »

Le projet Simandou est sur le point de transformer radicalement le paysage économique de la Guinée. Dans cet entretien, Mamoudou Nagnalen Barry, Président du Conseil d’Administration de la Compagnie du TransGuinéen (CTG), détaille les enjeux colossaux de ce mégaprojet minier. Il y dévoile l’ampleur des investissements étrangers, les retombées financières spectaculaires (un milliard de dollars de revenus annuels pour l’État dès le départ, portant le PIB du pays de 20 à plus de 30 milliards), et l’objectif ambitieux de faire de la Guinée un géant mondial du fer de haute qualité.

Au-delà des chiffres impressionnants – avec des cibles d’exportation de 40 millions de tonnes l’an prochain et 120 millions de tonnes en trois ans – M. Barry insiste sur l’importance de la « guinéisation » des activités et l’utilisation stratégique des revenus via le programme Simandou 2040, visant à financer 122 mégaprojets structurants et à établir un fonds souverain pour les générations futures.

MAMOUDOU NAGNALEN BARRY: Aujourd’hui, avec le nouveau leadership, les partenaires internationaux nous font confiance. Je parle des plus grandes entreprises du monde dans des secteurs différents. Nous avons le numéro un mondial de l’acier, le numéro un mondial de l’aluminium-, les plus grands du monde ont compris que la Guinée a un nouveau leadership, la Guinée sait où elle veut aller. Ils sont venus nous rejoindre pour faire ce projet extraordinaire. Il est impressionnant de par sa taille, mais surtout de par les standards, et aussi la durée dans laquelle on a fait ce travail, tout en maintenant l’équilibre entre les standards et la réalisation.

Quelles sont les principales retombées pour la Guinée?

Vous avez un pays qui, avec un PIB autour de 20 milliards, a pu attirer un projet de 20 milliards, donc qui vaut son PIB. Et à partir de maintenant, on a un PIB de plus de 30 milliards. Et déjà en termes de revenus, je peux vous garantir que c’est un milliard de dollars par an. Et il y a très peu de projets sur le continent africain qui génèrent autant de revenus pour l’État. En termes de revenus globaux, pour le projet, c’est plusieurs milliards de dollars par an. Le projet, sincèrement, nous tire vers un nouveau paradigme dans lequel nos ambitions changent en termes de taille.

Avant, les projets de 100 millions, 200 millions étaient impressionnants pour nous. Mais aujourd’hui, nous sommes à un autre niveau. Si des géants de cette taille, des grandes banques du monde ont accepté d’investir leur argent, dans notre pays, c’est parce qu’elles voient dans notre pays sa capacité d’absorber les investissements, sa capacité de respecter ses engagements, sa capacité de mobiliser ses enfants pour non seulement accueillir les projets, mais aussi faire avancer le pays.

Donc le plus important pour nous, c’est de nous assurer, un, qu’on respecte ce qu’on a dit, et deux, nous allons exiger que les autres aussi respectent leur engagement. Parce que sans cela, il n’y aura pas d’impact sur les populations. Or, l’objectif ultime pour nous, c’est que ce qu’on a dit, c’est que ce projet impacte les populations.

Quelles sont les perspectives pour les prochaines années ?

Pour l’année prochaine, nous allons aller en puissance graduellement. Le projet Simandou, c’est quelque chose de très impressionnant parce que déjà l’année prochaine, on cible au moins 40 millions de tonnes. 40 millions de tonnes, ça peut paraître banal, mais c’est 20 fois les exportations de cacao et d’anacarde mis ensemble en Côte d’Ivoire. Donc, pour vous dire ce que ça veut dire, ça c’est notre année de départ. Sur deux ans, trois ans, on va atteindre les 120 millions de tonnes. C’est impressionnant. Vous ne pouvez pas savoir la taille des 120 millions de tonnes sauf si vous faites des mines dans d’autres pays.

Parce que les mines auxquelles nous sommes habitués ici, ce sont des mines de 5 millions de tonnes, 15 millions de tonnes. Là, on est en centaines de millions de tonnes. Donc, sur les cinq ans, on va monter en puissance et on va « guineeiser » nos activités conformément aux engagements signés.

La CTG, la compagnie du transguinéen qui a 75% quand même de capitaux investis du projet Simandou, doit se “guineeiser” . Cela veut dire qu’elle doit devenir une société de substances guinéenne, elle va s’appuyer sur les fils de la Guinée pour avancer.

Nous ne sommes pas qu’un simple géant du fer, nous sommes le géant du fer de qualité. Nous avons la meilleure teneur de fer et nous l’avons en quantité suffisante. La Chine qui est le plus grand consommateur de fer du monde, nous allons atteindre la taille de fer 10% des importations chinoises par an. Ça fait de nous forcément géant du marché mondial.

Il faut le rappeler que les analyses du marché du fer aujourd’hui se font toujours en deux temps. Le monde avant Simandou et le monde après Simandou. Parce que depuis l’entrée de la Guinée, à partir de maintenant, sur le marché mondial du fer, on ne parle pas de fer sans parler de nous. Et à partir des accords qu’on a signés, nous avons toute la capacité d’influencer le marché du fer au monde.

Comment ces revenus seront-ils utilisés?  

Nous avons commencé très tôt à réfléchir sur ce qu’on va faire de ces revenus additionnels qui sont générés par le projet. Et vous êtes tous au courant, partout où vous voyez en Guinée, le programme Simandou 2040. Très clairement, le chef d’État a dit que Simandou : soit ça se fait bien ou je ne le fais pas. Sa position a toujours été très claire. Si ça ne se fait pas bien, je préfère que ça se fasse dans le futur. Donc, il a donné des instructions que les ressources générées par ce projet-là ne seront pas dépensées comme d’habitude.

Le pays va continuer à fonctionner comme il fonctionnait, avec les ressources qu’il avait. Mais les ressources nouvelles vont être investies dans des projets importants, pas des petits projets. Donc sur les 15 prochaines années, il y a 122 mégaprojets qui sont identifiés, qui vont être financés majoritairement par les ressources du Simandou, y compris une part déjà allouée à l’éducation, surtout la formation d’excellence à travers le Simandou Academy, et aussi la création d’un fonds souverain, parce qu’il faut le rappeler, les ressources du Simandou ne sont pas que pour notre génération, c’est un patrimoine multigénérationnel. Il faut qu’on pense à garder une partie de ces ressources pour les générations futures.

Entretien réalisé par Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 12 novembre 2025 15:29

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