Mamou : Comment le solaire transforme les villages privés de courant…
MAMOU – Alors que la Guinée aspire à l’autosuffisance énergétique, la réalité rurale à Mamou offre un tout autre visage. Dans cette préfecture carrefour, l’électricité conventionnelle reste un mirage pour la majorité des habitants : dix sous-préfectures sur treize vivent en marge du réseau connecté. Face à ce déficit chronique, une « révolution silencieuse » s’est opérée dans les villages. Pour charger un téléphone, conserver des aliments ou simplement s’éclairer, les populations se sont tournées vers une ressource inépuisable : le soleil. Reportage au cœur d’une économie de la débrouille où le panneau solaire est devenu, faute de mieux, le poumon vital des localités rurales.

Dans la préfecture de Mamou, le constat est sans appel : sur les treize sous-préfectures que compte la ville-carrefour, seules trois sont raccordées au réseau national d’électricité. Il s’agit de Boulliwel (la pionnière), Tolo (connectée après un plaidoyer direct des étudiants de l’ENAE auprès de feu Général Lansana Conté) et tout récemment Porédaka, qui bénéficie de la nouvelle ligne traversant la région. Pour les dix autres sous-préfectures, l’obscurité n’est pourtant pas totale. Si les groupes électrogènes sont encore utilisés à la marge, c’est l’énergie solaire qui s’est imposée comme l’alternative majeure pour sortir les populations du noir.
Timbo et Soyah
À Timbo, cité historique, le solaire n’est pas un confort, c’est une nécessité vitale pour l’économie locale et le fonctionnement des services. « Timbo n’est pas alimenté par EDG. Ceux qui ont les moyens installent des panneaux solaires. Certains utilisent des groupes électrogènes de petite capacité ; d’autres des groupes de grande capacité. Mais, les panneaux solaires sont plus nombreux », explique Mamadou Barry, un habitant de la localité.

Il précise l’impact concret de cette technologie sur le quotidien : « Ceux qui n’ont ni l’un, ni l’autre, profitent chez les autres pour recharger les téléphones ou pour regarder la télévision. Grâce à ces panneaux, nous avons de l’eau glacée. Même dans les bureaux, ce sont ces panneaux qui alimentent. On ne peut pas vous dire combien on souffre du manque de courant électrique dans notre localité. Certes des lampadaires solaires sont installés dans certaines localités, mais, elles ne fonctionnent plus comme avant. Et le problème de ces panneaux aussi, ce sont les batteries. Quelquefois, vous pouvez ne pas tomber sur une bonne qualité. »

Même réalité à Soyah, situé à seulement 15 km du chef-lieu. Si l’administration et les commerces s’équipent, le coût reste un frein pour les ménages modestes. Amadou Tidiane Sow, président de la délégation spéciale de Soyah, témoigne :
« Ici, tous ceux qui ont les moyens disposent des panneaux solaires. Dans tous les services déconcentrés également, il y a des panneaux. Au bord la route là-bas, des tenanciers de boutiques utilisent ces panneaux pour mettre les téléphones sous tension, revendre de l’eau glacée et des boissons fraîches. Dans les concessions, c’est une minorité qui les utilise. Ces panneaux jouent un grand rôle ici, mais puisque ce n’est pas tout le monde qui a les moyens, c’est toujours un problème. Nous vivons dans l’obscurité presque. »

Wouré-Kaba, l’obscurité, source d’insécurité
Au-delà du confort, c’est la sécurité qui est en jeu. À Wouré-Kaba, le manque d’éclairage public inquiète les autorités locales. Le président de la délégation spéciale, Fodé Alseny Savanè, ne cache pas ses craintes :

« On a besoin de courant électrique. Moi, je n’ose pas sortir d’ici la nuit. Il n’y a pas de lumière. L’obscurité est propice à l’insécurité. On a des panneaux solaires. Mais, c’est dans les concessions. Et quand ils tombent en panne, on n’a pas de techniciens pour les réparer. On les déplace souvent de Mamou pour ici. Même pour l’installation c’est comme ça. Les panneaux sont chers. Donc, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Néanmoins on met nos téléphones sous tension, on regarde la télévision. Même pour avoir de la glace, ce sont ces panneaux que nous utilisons. Le souci, c’est quand vous sortez la nuit. Il n’y a pas d’éclairage dans les quartiers. »

La ruée vers les panneaux « Bruxelles »
Cette forte demande fait les affaires des commerçants de Mamou-ville. Le marché est dominé par le matériel d’occasion importé d’Europe (surnommé « Bruxelles »), jugé plus fiable que le neuf par les utilisateurs. Elhadj Hamidou Barry, vendeur de panneaux, confirme l’engouement :

« Nous écoulons beaucoup de panneaux solaires en ce moment. Les gens commencent à comprendre leurs utilités. Mais, la plupart, nos clients viennent des zones non électrifiées. Certains en achètent deux et d’autres plus. Ce sont les panneaux de seconde main en provenance de Bruxelles que les gens utilisent de plus. Il y a plusieurs qualités. La capacité varie entre 50 et 450 Watt. Les 250 watts sont les plus utilisés à Mamou ici. Quand vous mettez deux ou quatre plus deux batteries, vous branchez vos congélateurs sans problème. Sinon, pour mettre les téléphones ou la télévision sous tension, il y a moins de soucis. Les prix oscillent entre 800.000 et 1.500.000 fg pour Bruxelles. Les panneaux neufs sont les plus chers mais ils sont moins bons que les occasions venant de Bruxelles. On a des contacts de techniciens pour l’installation. On les appelle et on les laisse négocier avec le client », explique le commerçant.

Le défi de la maintenance
Cependant, l’électrification solaire rurale se heurte à un obstacle majeur : le manque de main-d’œuvre qualifiée sur place. Les installations nécessitent un savoir-faire que les villageois doivent souvent « importer » de la ville, comme l’explique Maître Oumar Diogo Bah, technicien :
« Quand on part pour installer les panneaux solaires dans les villages, ils prennent nos contacts. À chaque fois qu’il y a problème, on nous appelle pour la réparation. Les panneaux ont beaucoup d’avantages mais ils exigent un entretien régulier. Certains ne connaissent pas cela. C’est pourquoi, ils ont toujours des problèmes de batterie et autres. Les villageois utilisent beaucoup les panneaux solaires. Tous ceux qui ont les moyens, ont des panneaux. Nous, on demande 1.000.000 ou un 1.500.000 pour l’installation. Si c’est dans les villages, vous prenez notre transport, logement et nourriture en charge si ça doit prendre du temps. »

Dans ces localités rurales, si l’énergie solaire s’est imposée comme une bouffée d’oxygène, elle demeure une solution palliative, coûteuse et techniquement fragile pour les ménages les plus modestes. Entre batteries défaillantes et manque de maintenance qualifiée, les populations de l’intérieur font preuve d’une résilience admirable pour ne pas rester coupées du monde moderne. Mais à Timbo comme à Wouré-Kaba, la lumière du soleil ne saurait éternellement remplacer celle de l’État : l’extension attendue du réseau EDG reste, pour ces milliers d’habitants, l’unique promesse d’un développement véritable et pérenne.

Un reportage de Habib Samaké
Correspondant régional d’Africaguinee.com à Mamou
Créé le 5 février 2026 09:02Nous vous proposons aussi
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