Mali : l’ONU alerte sur « une répression croissante » sous le régime du général Goïta

Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, dénonce la suspension du processus électoral, la dissolution des partis politiques et la multiplication des arrestations arbitraires.

Le chef de la diplomatie onusienne  aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé jeudi 4 septembre la suspension indéfinie des élections au Mali et “l’intensification de la répression” contre la société civile. “Les lois adoptées ces derniers mois risquent de compromettre le respect des droits humains au Mali pendant longtemps. J’exhorte les autorités de transition à prendre des mesures concrètes et immédiates pour abroger ces lois problématiques”, a-t-il affirmé dans un communiqué.

Le général Assimi Goïta, chef des autorités militaires au pouvoir, a promulgué en juillet la loi lui accordant un mandat de cinq ans renouvelable sans élection et est devenu de facto président de la République du Mali.

Ces changements juridiques ont fermé la porte à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible, en violation du droit de tout citoyen de participer aux affaires publiques, de voter et d’être élu au cours de véritables élections périodiques. Ils doivent être rapidement abrogés.

Promesses de transition abandonnées

Arrivés au pouvoir après deux coups d’État successifs en 2020 et 2021, les militaires s’étaient engagés à remettre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024. Mais cet engagement n’a pas été respecté. En juillet 2025, la junte a consolidé son emprise en promulguant une loi maintenant Assimi Goïta à la tête de l’État jusqu’au moins 2030.

La concertation nationale organisée au printemps avait aussi recommandé la dissolution des partis politiques, mesure appliquée depuis.

Un tribunal de Bamako a renvoyé le litige autour de la dissolution des partis devant la Cour constitutionnelle, saisi par les avocats de l’opposition. “Elle devra dire, en droit, si un pouvoir peut, par décret contre des dispositions constitutionnelles, suspendre les droits politiques les plus essentiels”, ont souligné ces avocats.

Répression des voix critiques

Plusieurs figures de la société civile ont été visées ces derniers mois. Clément Mamadou Dembélé, président de la Plateforme contre la corruption et le chômage, est incarcéré depuis novembre 2023 pour des menaces supposées contre le chef de la junte.

Pourtant, un juge a prononcé un non-lieu en avril 2025, estimant que l’enregistrement audio incriminé n’était pas de sa voix. “Cette affaire semble avoir des motivations politiques”, ont dénoncé plusieurs experts indépendants de l’ONU qui réclament sa libération “immédiate et inconditionnelle”.

Des journalistes et défenseurs des droits humains ont également été enlevés ou détenus arbitrairement depuis 2021, souligne le Haut-Commissariat de l’ONU. “L’augmentation marquée du nombre d’arrestations de Maliens issus de tous les milieux de la société (…) est profondément préoccupante”, a averti Volker Türk.

L’ex-Premier ministre écroué

Parmi les cibles du pouvoir, l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, nommé en 2021 par la junte puis limogé en 2024, a été placé en garde à vue en août et écroué pour “atteinte aux biens publics”. Il comparaissait avec neuf anciens collaborateurs. “Nous croyons en la justice, nous sommes sereins dans l’attente du procès”, a déclaré son avocat. Choguel Kokalla Maïga avait publiquement dénoncé son éviction et critiqué la mainmise des militaires sur les décisions politiques.

La junte a aussi procédé à l’arrestation d’au moins 55 militaires, dont deux généraux, accusés de “vouloir déstabiliser les institutions”. Un Français a également été arrêté, soupçonné de travailler pour le renseignement de son pays. Les autorités maliennes accusent des “États étrangers” de soutenir une tentative de déstabilisation. Le ministère français des Affaires étrangères n’a pas commenté, mais l’ambassade de France a appelé ses ressortissants à la prudence.

Un climat sécuritaire dégradé

Ces tensions internes s’ajoutent à une crise sécuritaire persistante. Fin août, les jihadistes d’Al-Qaïda ont pris le contrôle de la localité stratégique de Farabougou, au centre du pays, imposant leur loi aux habitants après avoir contraint l’armée à abandonner son camp militaire. Depuis 2012, le Mali est en proie aux violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi qu’à des affrontements communautaires.

L’armée malienne et ses alliés russes d’Africa Corps, chargés de traquer les jihadistes, sont régulièrement accusés d’exactions contre les civils. Le Haut-Commissariat de l’ONU dit avoir reçu “des informations crédibles” faisant état, depuis avril, de “centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d’autres enlèvements”.

Isolement diplomatique croissant

Sur le plan régional, le Mali et le Burkina Faso ont boycotté fin août un sommet africain sur la défense organisé par le Nigeria. Avec le Niger, ils ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour former l’Alliance des États du Sahel. Bamako s’est parallèlement tourné vers la Russie, rompant avec ses partenaires occidentaux, notamment la France.

Le général Assimi Goïta, 41 ans, ancien des forces spéciales, a mené deux putschs en 2020 et 2021. Décrit par ses partisans comme un “homme de terrain”, il a peu à peu verrouillé le système politique, dissous les partis et prolongé son mandat sans élection. Ses détracteurs voient en lui un dirigeant autoritaire qui a “enterré ses promesses de transition démocratique”.

 

TV5 Monde 

Créé le 6 septembre 2025 07:41

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