Luc Briard : « La Guinée est un pays souverain, nous ne donnons pas des injonctions »

CONAKRY- L’ambassadeur de France en Guinée, Luc Briard, s’est exprimé ce jeudi 8 octobre au Centre culturel franco-guinéen, à l’occasion d’une conférence de presse. Le diplomate français a notamment évoqué la position de la France sur les questions de droits de l’Homme en Guinée, les disparitions forcées ainsi que la coopération entre les deux pays.

Revenant sur la question des enquêtes liées aux disparitions forcées, Luc Briard a invité à davantage de précision dans les analyses concernant la position de la France.« Donc, revoyez vos notes. Et ensuite, nous avons des autorités légitimement élues. »

L’ambassadeur a également rappelé que la France avait formulé une recommandation à la Guinée lors de l’Examen périodique universel (EPU), appelant à davantage de transparence sur les résultats des enquêtes relatives aux disparitions forcées.« Nous croyons au multilatéralisme, les autorités guinéennes croient au multilatéralisme, et elles ont accepté la recommandation faite par la France d’une plus grande transparence sur le résultat des enquêtes en matière de disparition forcée », a-t-il déclaré.

Pour le diplomate français, la coopération entre Paris et Conakry doit toutefois respecter la souveraineté de la Guinée. La France, dit-il, privilégie le dialogue plutôt que les injonctions.« Maintenant, la Guinée est un pays souverain. Donc, nous ne donnons pas des leçons, nous ne donnons pas des injonctions, nous dialoguons », a insisté Luc Briard.

Le cas de Aliou Bah évoqué

Dans son intervention, l’ambassadeur de France en Guinée a également salué la décision des autorités guinéennes d’accorder la grâce à Aliou Bah, présentée comme une demande insistante de la Cour de justice de la CEDEAO.« Nous pouvons nous féliciter et saluer la décision des autorités guinéennes d’accorder la grâce à Liuba, puisque c’était une demande insistante de la Cour de justice de la CEDEAO », a-t-il souligné.

Selon Luc Briard, cette décision traduit la volonté de la Guinée de se conformer aux engagements pris auprès des institutions sous-régionales auxquelles elle appartient.« Les autorités guinéennes se sont conformées aux instances sous-régionales dont elles sont parties », a-t-il ajouté.

« Les droits de l’Homme ne se limitent pas aux droits politiques »

L’ambassadeur français a par ailleurs appelé à élargir la réflexion sur les droits humains, estimant que ceux-ci ne doivent pas être réduits aux seules libertés publiques et politiques.« En matière de droits de l’Homme, ce n’est pas qu’une affaire de l’État », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Vous réduisez toujours la question des droits de l’Homme à une partie importante, les droits civils et politiques. Mais les droits économiques, sociaux et culturels… »

Il a notamment cité le droit à la santé, ainsi que les actions menées dans ce domaine à travers les programmes soutenus par l’Agence française de développement (AFD) et Expertise France.

Luc Briard a également évoqué la lutte contre les mutilations génitales féminines et la protection de l’intégrité physique des femmes et des jeunes filles.« Le droit à la santé pour tous, à travers les programmes de l’Agence française de développement et d’Expertise France. Le droit à une femme à son intégrité physique. Les mutilations génitales féminines », a-t-il expliqué.

La France revendique une approche globale

L’ambassadeur a enfin mis en avant le financement français consacré à la lutte contre les mutilations génitales féminines et les mécanismes d’alerte communautaire.« La France, c’est 10 millions d’euros sur un programme (…) qui a permis des systèmes d’alerte communautaire qui ont remonté l’histoire tragique d’une jeune fille de 12 ans qui est morte », a-t-il indiqué.

Pour Luc Briard, la politique française en matière de droits de l’Homme ne saurait donc être limitée à certaines catégories de droits.« Il n’y a pas que les droits politiques et citoyens. La France ne fait pas une partition. Elle ne saucissonne pas sa position en matière des droits de l’Homme. Elle a une vision inclusive, totale. Et elle se bat sur l’ensemble des choses », a-t-il affirmé.

Tout en réaffirmant l’engagement de la France sur ces questions, le diplomate a insisté sur le respect de la souveraineté guinéenne et sur la nature du partenariat entre les deux pays.« Mais elle le fait dans le cadre de la Constitution guinéenne. Et elle le fait dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal, symétrique et réciproque, avec les autorités », a conclu Luc Briard.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 8 octobre 2026 15:17

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