Licenciement d’une syndicaliste à la Soguipah : Les « dessous » d’une affaire qui fait jaser…

YOMOU-Madame Angeline Kamano n’est plus employée de la Société Guinéenne de Palmier à Huile et d’Hévéa, basée à Diéké dans la préfecture Yomou. Elle vient d’être licenciée par la direction générale de l’unité industrielle qui l’accuse de diffamation et d’autres fautes graves.

La concernée, également syndicaliste, conteste vigoureusement ces motifs avancés. Interrogée, elle a donné sa version des faits.

« Quand la nouvelle direction s’est installée, elle a mis en place une nouvelle structure syndicale dont je suis la trésorière. La structure syndicale a quant à elle choisi un doyen pour la diriger. C’est ce doyen qui s’est désorienté de l’objectif. Au lieu de défendre les travailleurs, il s’est transformé en pilier pour la direction générale. Depuis lors, lui et moi ne nous sommes jamais entendus parce que j’étais la seule à lui faire des reproches et lui dire de changer.  Finalement, il m’a prise pour ennemie dont il fallait à tout prix anéantir et faire partir de la SOGUIPAH. C’est ce qu’il vient de réussir en se faisant aider par la Direction Générale. Le doyen l’a fait tout simplement parce que moi je ne tardais pas à lui dire la vérité.

Ils ont revendu une simple carte syndicale des travailleurs à 65.000Gnf.  Je me suis opposée à tout cela mais il dit que ce prix a été fixé par le haut lieu. Après la vente, ils m’ont confié le montant, j’ai refusé. Imaginez 65.000Gnf multipliés par 3000 et quelques travailleurs. C’est ce qui a suscité beaucoup de problèmes. A chaque fois, Angeline m’insulte. Finalement j’ai pris mes distances sans quitter de façon officielle.

Entretemps, je me suis dit que cette situation ne peut pas continuer ainsi, étant syndicalistes, ils sont en train de vendre nos images. Si je reste sans rien faire c’est comme si c’est nous tous qui nous comportons ainsi. J’ai donc commencé mes sorties sur les réseaux sociaux comme je l’avais fait lors de la fête internationale de femmes le 8 mars. Ce jour, je suis intervenue au nom des femmes de la Soguipah qui étaient en brousse. Comme cela leur a fait mal, ils n’ont pas trouvé mieux que d’aller me rapporter à la Direction.

Pourtant on célébrait cette fête sans nos salaires pour le mois de février qui n’étaient pas payés. Je suis donc montée au créneau pour dire que les femmes travailleuses de la Soguipah ont fêté sans salaire. Elles ont pris leurs uniformes de fête à crédit. Quand j’ai publié cela sur mon compte Facebook, il y a eu de l’engouement et beaucoup de commentaires. Donc c’est ce qui les a énervés. Les mêmes syndicats se sont transformés en main noire et sont allés vers le personnel, chose qu’ils nient en bloc actuellement pour leur dire de me sanctionner. Ils sont allés voir le DGA, celui-ci m’a appelé. Je lui ai dit que j’ai fait ce poste parce que ça ne va pas, les travailleurs ne font que pleurer. Lui il m’a compris, il a laissé tomber’’, nous a confié la désormais ancienne travailleuse à la SOGUIPAH

Elle ajoute qu’un mois après, le Directeur Général Adjoint de la société s’est rendu à Conakry et le Directeur Général est venu à Diéké.

« En présence du Directeur Général, ils ont commencé les mêmes jeux en allant le voir. Lui maintenant a tenté de joindre le bureau du personnel, des ressources humaines. Ceux-ci ont fait une note pour m’exiger une lettre d’explication. Mais il se trouvait déjà que par le canal de l’Inspection du Travail, ils sont allés se plaindre au niveau de la préfecture et de l’Inspection Régionale. Quand ils m’ont demandé la lettre, je leur ai fait comprendre qu’à partir du moment où ils se sont plaints un peu partout, je ne peux pas leur répondre tant que les personnes ne sont pas présentes. Cela a coïncidé avec mon mois de congé. Je suis allé pour qu’on me remette ma lettre de congé, ils ont dit qu’ils ne me la remettent pas tant que ce qui s’est passé prévaut. J’ai dit, l’affaire de congé n’est pas liée à ce qui s’est passé. Mes congés ce sont mes droits. Je leur ai fait comprendre que moi je prends mes congés. Je suis venue à la maison, je ne partais plus au travail. Je devais reprendre le service le 08, et quand je suis partie, ils ont dit qu’ils ne peuvent pas me recevoir, je dois faire la lettre, puisque je suis venue voir la convocation qui parlait de la procédure de licenciement, qu’ils ont fait sans avertissement, sans blâme, puisque qu’il y a une procédure à suivre pour licencier un travailleur.

Ils m’ont dit de suivre la procédure et de me faire accompagner par une personne. Je leur ai dit que je n’ai personne, d’ailleurs je suis moi-même syndicaliste. Parce que sur ma raison, on ne peut pas me prendre comme si je ne connaissais pas mes droits. J’ai quitté le travail, je suis revenu à la maison. Deux jours après, je suis repartie pour la reprise du boulot. Mon chef de service a fait signe au chef de service du personnel pour dire que je suis allée au travail sans papier. Il m’a dit qu’il faut que j’accepte une sanction. Je leur ai dit non, même une demie sanction je ne vais pas prendre puisque je ne me reproche rien. Ils ont refusé que je reprenne donc je suis à la maison », soutient-t-elle.

Interrogé, le secrétaire général de la section syndicale des travailleurs de la Soguipah, balaie d’un revers de la main, toutes ces accusations portées contre lui.

« Une fois que la section est mise en place, élu par l’ensemble des travailleurs, c’est la centrale mère qui vous envoie la carte d’adhésion de tous les syndiqués avec le prix à l’appui. Tu n’augmenteras pas, tu ne diminues pas. Une fois vendue, vous retournez le montant à la fédération mère qui vous envoie une clé de répartition. La collaboration avec la direction ne veut pas dire que je suis de mèche avec elle. Là où tu dois venir défendre les travailleurs, tu ne dois pas être à couteaux tirés avec la direction. C’est une bonne collaboration. C’est ce qui est entre nous. Vous savez quand vous êtes dans une corporation comme la section syndicale, vous êtes assujettis à des règlements. A partir du moment où tu es membre du syndicat, tu ne dois pas t’aventurer sur des réseaux sociaux, c’est formellement interdit parce que tu es la voix des sans voix. Et toi tu peux te permettre de partir à la direction, discuter de ce qui ne va pas. Tu es autorisé sans être inquiété. Ce sont les gens qui n’ont pas ce pouvoir-là qui peuvent se permettre d’écrire sur les réseaux sociaux. Il y a un de nos camarades qui a écrit, mais elle aussi, elle a écrit pour soutenir. On les a tous rappelés à l’ordre pendant la session. Tout ce qui ne va pas dans l’entreprise, on peut faire appel aux sessions, débattre autour et désigner des délégués pour aller soumettre ça à la direction.

Mais Madame et notre camarade n’ont pas accepté. On a tout fait pour les faire revenir à la raison impossible. Quand ils ont crié, nous avons pris par vote une sanction contre eux. On les a suspendus pour un mois. Pendant la période de leur sanction, s’ils revenaient à de meilleurs sentiments, on allait les reprendre. Mais pendant tout le mois, ces deux-là ne faisaient qu’écrire. On a donc tout de suite écrit au secrétaire général des travailleurs de l’union locale de Yomou.  Ça c’était depuis le 27 septembre 2023. Mais comme ils ne revenaient pas à de meilleurs sentiments parce qu’ils ne faisaient qu’écrire, on les a mis à l’écart et j’ai demandé aussi à ce qu’ils soient remplacés. J’ai été jusqu’à Nzérékoré pour informer le régional. On a dit maintenant de procéder au changement tout en les invitant pour que ce changement se passe devant elle. On a écrit une lettre afin qu’elle dépose l’argent qu’on lui a confié à la date du 05 avril ; ça n’a pas été restitué », explique Monsieur Samoura, secrétaire général du syndicat de la Soguipah.

De son côté, la Direction générale de la Soguipah vient de procéder au licenciement de Madame Angéline Kamano. L’infirmation nous a été confiée ce lundi 13 mai 2024 par le chargé de communication de la société. La direction l’accuse de faute grave et de diffamation par le canal des réseaux sociaux.

« Madame Angéline a fait des fautes graves, elle a diffamé la direction générale qu’elle accuse de détournement, de gabegie financière, ensuite elle a couronné toutes ces fautes par une insubordination caractérisée, des chefs d’accusations qui sont punis par le règlement intérieur de la Soguipah et le code de travail guinéen. Donc elle est victime de son propre comportement. Ensuite elle a écrit contre la Direction Générale sur les réseaux sociaux. Donc celle-ci a été très procédurale, on a juste demandé à Madame Angéline Kamano, de faire une lettre d’explication dans laquelle elle devait apporter les preuves de ses accusations. Elle a refusé catégoriquement. Ensuite elle a fait l’abandon de poste pendant plus de deux semaines sans venir au travail. Et dans le règlement intérieur de la Soguipah, quand vous vous absentez trois fois non justifié, vous êtes licenciés automatiquement. Mais dans ce sens, la Direction a été très tolérante, parce qu’elle s’est absentée, la direction ne l’a pas limogé pour ça. Mais les fautes graves, des révélations non fondées contre son employeur, c’est des choses qui sont punies par la loi. Donc on a envoyé son dossier à la direction des ressources humaines, son dossier a été exploité, les charges qui ont été retenues contre elle, la mettent directement dehors c’est pourquoi sa lettre de licenciement a été signée aujourd’hui. L’inspection préfectorale et régionale du travail ont été saisies de façon officielle dans le souci de respecter la procédure conformément à la loi, au code de travail et au règlement intérieur de la Soguipah. Le code de travail guinéen dit clairement que le congé est un droit, mais c’est l’employeur qui donne le congé à son employé. Elle est syndicaliste et son immunité a été levée par les autorités compétentes de sa corporation avant qu’elle ne soit licenciée aujourd’hui pour des fautes très graves », martèle Sagno Ousmane chargé de communication de la Soguipah.

La société Guinéenne de palmier à huile et d’hévéa est l’une des plus grandes unités industrielles du pays qui emploie plus de 3000 personnes. Elle est basée dans la sous-préfecture de Diécké, préfecture de Yomou dans le sud de la République de Guinée.

A suivre !

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 16 mai 2024 08:07

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