« Les répercussions sont dramatiques » : Séisme dans la filière avicole après la fermeture des mines d’or à Siguiri 

La fermeture des sites d’orpaillage artisanal en Haute-Guinée plonge la filière avicole nationale dans l’incertitude. Privés soudainement de leur principal marché de consommation, où s’écoulait jusqu’à 80 % de la production des fermes de Moyenne et de Basse-Guinée, aviculteurs, convoyeurs et vendeurs subissent de plein fouet les contre-coups de cet exode brusque dans les zones minières artisanales.

La mévente génère des pertes financières colossales, selon des acteurs interrogés par Africaguinee.com. Entre stocks d’œufs menacés de pourrissement et répercussions en cascade sur les secteurs du maïs, de la pomme de terre et du transport, les acteurs de cette longue chaîne de valeur lancent un cri d’alarme et appellent instamment l’État à réglementer l’activité ou à leur offrir de nouveaux débouchés pour éviter l’asphyxie totale du secteur.

Des aviculteurs aux vendeurs sur le terrain en Haute-Guinée, en passant par les transporteurs et les convoyeurs, l’inquiétude est réelle. Le départ massif des orpailleurs est perçu comme une menace directe pour le secteur avicole et toute la chaîne de valeur.

« Chaque mardi, j’envoyais 3 000 alvéoles en Haute-Guinée à vendre, soit 12 000 par mois. »

Reconverti dans le domaine avicole depuis 2003, Sanoussi Diallo est installé à Coyah où il tient sa ferme. Ses clients potentiels sont principalement les orpailleurs, et il redoute l’effondrement de toute une chaîne de valeur. Il aurait préféré que l’orpaillage soit réglementé plutôt que fermé définitivement. La crise ne se limitera d’ailleurs pas au secteur avicole : les producteurs de pommes de terre risquent également de manquer de fientes, indispensables comme engrais organiques.

« Nous sommes frappés de plein fouet par cette décision qui nous prend au dépourvu. Chaque mardi, j’envoie 3 000 alvéoles à vendre dans les mines, soit 12 000 par mois, et d’autres ont des moyens supérieurs aux miens et envoient davantage. Je peux vous dire que 80 % des produits avicoles sont consommés en Haute-Guinée. Actuellement, l’on se demande où trouver un nouveau marché de vente à grande échelle ; à défaut, nous serons obligés de fermer nos fermes.

Ceux qui vivent de l’économie autour des œufs sont innombrables. Nous ne serons pas les seuls touchés : les producteurs de pommes de terre se ravitaillent en fientes auprès des fermes avicoles. Le secteur du maïs dépend aussi entièrement des fermiers, qui achètent une grande partie de leur production pour nourrir les volailles. Même le poisson séché fait partie de l’alimentation des pondeuses, ils risquent donc également d’en pâtir.

Actuellement, les fermes font face à une surproduction ; de grandes quantités sont stockées partout, presque sans preneur. La durée de conservation d’un œuf est de deux semaines ; passé ce délai, il est bon pour la poubelle. Nous demandons à l’État guinéen de réglementer le secteur de l’orpaillage au lieu de le fermer définitivement ; il est possible d’émettre des permis et de contrôler l’activité pour éviter les problèmes. C’est une zone de grande consommation pour toutes les productions locales du pays (riz, jus, œufs). Il faut aussi mesurer l’impact sur le chômage dans des secteurs clés, surtout depuis l’ouverture de la raffinerie en Guinée. Sinon, beaucoup de Guinéens vont pleurer dans ces activités. C’est un cri du cœur à l’endroit du gouvernement guinéen », plaide Mamadou Sanoussi Diallo, aviculteur installé à Coyah.

« Nous avons des commandes livrées à Siguiri, mais aucun preneur. J’ai 50 cartons d’œufs estimés à 80 millions de francs guinéens. Les fermes sont menacées. »

Comme Mamadou Dian Dieng, ils sont des milliers à disposer de dépôts de vente d’œufs à Siguiri. Depuis le départ des orpailleurs, l’inquiétude domine chez les fermiers et les commerçants de Haute-Guinée, qui appellent les autorités à trouver des solutions d’urgence pour sauver la filière.

« L’aviculture est vulnérable, le secteur de la volaille est facile à décimer. Pour la première fois, nous sommes face à une crise sans précédent : un arrêt brusque de la chaîne de commercialisation des produits avicoles dont les répercussions sont dramatiques. À Siguiri, le départ par vagues des orpailleurs menace le commerce de façon générale, mais le secteur de la volaille est le plus exposé. Nous vendons des œufs frais ; avec la mévente, en 24 heures, on peut perdre des millions. Les commandes avaient été passées un peu avant le départ massif, et aujourd’hui tout pourrit sur place.

Que faire en l’absence d’industrie de séchage ou de conservation des œufs ? À mon seul niveau, j’ai 50 cartons, soit pas moins de 80 millions de francs guinéens en valeur, et d’autres ont plus de 200 millions de stocks sans clients. Le risque de perte est total. Des cartons d’œufs ont fait le tour des villages avant de nous revenir faute de preneurs, et ils restent entre nos mains.

Je sais que tous les Guinéens ressentiront le contrecoup dans leurs activités, mais je parle de la filière volaille. Sans chambre froide à Siguiri, seule la consommation quotidienne absorbe la production nationale. La crise est donc bien réelle : ici, on ne fait que vendre. Les investissements pour produire les œufs et la chair sont massifs et permanents ; si l’écoulement est bloqué, tout le secteur s’arrête. Certains fermiers dépensent 7 millions par jour pour alimenter les pondeuses. Sans ventes, tout se décompose sur place. Si l’État peut accompagner la filière, c’est le souhait le plus ardent pour éviter des pertes financières inouïes. C’est un secteur vital qu’il faut sauver en trouvant d’autres débouchés », explique Mamadou Dian Dieng.

« Le secteur des œufs est menacé, où pouvons-nous nous reconvertir pour survivre ? », s’interroge une vendeuse, inquiète pour son avenir.

Maimouna Diallo convoie des œufs vers la Haute-Guinée depuis bientôt 20 ans. Elle vit de cette filière aux côtés d’autres acteurs à travers une véritable chaîne. Le départ massif des orpailleurs et la fermeture définitive des zones aurifères laissent de nombreux circuits commerciaux au dépourvu :

« Nous sommes très éprouvés. Nous avons des quantités énormes livrées à Siguiri et pas un seul œuf n’a été vendu. C’était une zone de consommation par excellence. La production se fait principalement vers le Fouta et la Basse-Guinée, mais la grande consommation se trouvait en Haute-Guinée, dans les zones d’orpaillage. Nos clients sur place nous disent de ne plus rien charger car les orpailleurs ont tous quitté la zone, qui est devenue vide. Auparavant, nous achetions auprès des fermiers d’ici pour alimenter nos correspondants à Mandiana, Siguiri et Dinguiraye, et tout était distribué jusqu’au fond des villages. Aujourd’hui, tout le monde est parti. Ce n’est pas seulement le secteur des œufs qui est menacé, mais tout le commerce, car presque tout était convoyé vers les mines. L’on se demande vers quel secteur se tourner pour se reconstruire », déplore Maimouna Diallo, convoyeuse d’œufs.

Mamadou Lamine Bah, établi à Siguiri, confie lui aussi crouler sous les stocks d’œufs invendus : « Ça nous a surpris, cette façon de tout freiner d’un coup. Nous sommes très inquiets, tous nos fonds sont engloutis dans ce commerce. Les magasins sont remplis, les consommateurs sont partis. Vous savez, le commerce se développait beaucoup autour de l’or. Si nous avions été avertis à temps de la fermeture des mines, nous n’aurions pas commandé autant. Que l’État pense à nous ! »

Vivement de nouveaux débouchés pour sauver le secteur

Safayou Baldé, fermier et distributeur de concentrés pour aliments de volaille, mesure pleinement l’ampleur de la crise et ses répercussions à venir sur les fermes avicoles :

« Si les Guinéens consommaient davantage d’œufs, nous aurions eu moins de problèmes de vente. On privilégie souvent un kilo de viande à un œuf, alors qu’un œuf est nutritionnellement préférable et qu’on ne l’interdit à personne, contrairement à certaines viandes. Le départ massif des orpailleurs à Siguiri a un impact direct sur les aviculteurs de tout le pays. Toute la production nationale était absorbée par ces zones aurifères où vivaient des milliers d’étrangers, dont la forte consommation soutenait le marché. Ils mangeaient des œufs pour avoir de l’énergie avant de descendre dans les mines.

Dans les autres villes du pays, c’est bien différent : il est rare qu’une famille achète des œufs pour sa consommation interne. Pourtant, une alvéole coûte entre 40 000 et 45 000 francs, ce qui reste bien moins cher qu’un kilo de viande. Si chaque citoyen consommait un œuf par jour, il n’y aurait pas de mévente. La chaîne de valeur est pourtant longue -transports, portefaix, vendeurs, distributeurs, collecteurs-, et tous se retrouvent aujourd’hui sans activité.

À un moment donné, nous avions pris l’initiative de vendre au détail dans les villages lors des marchés hebdomadaires, mais la demande reste faible. La consommation locale d’œufs est insuffisante chez nous ; le principal moteur d’absorption, c’était les orpailleurs », confie cet aviculteur établi à Labé.

Dossier à suivre !

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 664 93 45 45

Créé le 6 novembre 2026 15:38

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