Les « oubliés » de la République : Immersion à Kaalan et son unique centre de soin délabré…

KAALAN-Située dans la préfecture de Labé, la commune rurale de Kaalan manque énormément d’infrastructures sociales de base (écoles, routes, hôpitaux etc). En plus du manque criard d’eau même en pleine saison des pluies, les populations sont également sevrées de structures de soins inadaptés. Dans la suite de notre série de reportages axés sur cette sous-préfecture, nous plaçons le curseur cette fois-ci sur le centre de Santé de Kaalan, l’unique structure que compte la commune rurale.

Ce centre de soins censé accueillir les malades, les femmes enceintes présente une image misérable. La toiture et le plafond laissent des taches de salissures. Au-delà du vieillissement, le bâtiment est exigu. Il ne peut donc abriter tous les services selon les règles. Plusieurs services peuvent se concentrer dans une promiscuité totale dans un même bureau. A cause de l’état des lieux lamentables, certains patients préfèrent fuir le centre de santé pour aller ailleurs. Les statistiques de fréquentation baissent au fil des ans. Pourtant, cette commune rurale a une population estimée autour de 14 mille habitants. Dans la salle d’accouchement, des fourmis cohabitent avec le personnel et les femmes en travail. L’état de vétusté freine tout accès à des soins de qualité.

Murs fissurés, peintures délavées, salles de bain vétustes et non conformes au besoin, personnel serré dans un espace réduit…voilà le constat qui frappe le visiteur des lieux. Le bâtiment qui servait de logement dans les temps est complètement décoiffé et subit l’usure du temps avec les intempéries. Faute d’espace tout est entassé, mélangé sens dessus-dessous.

La mairie de Kaalan se dit consciente de cette dure réalité que vivent les populations locales en ce qui concerne les soins de santé primaire. Le bâtiment ne répond plus aux normes requises. A cause de l’état de l’infrastructure, de nombreux patients préfèrent aller ailleurs en dépit de la détermination du personnel disponible :

« Le constat est exact sur le centre de santé de Kaalan. Le bâtiment est vétuste. Nous comptons en partie sur le prochain financement de l’ANAFIC pour l’améliorer et penser à un logement du personnel. On voulait avoir le paquet complet pour construire un centre amélioré mais nous verrons cela avec les ressortissants. Si nous le réussissons, nos concitoyens se feront soigner sur place. Nous sommes conscients de la gravité de cette situation d’autant plus que nous en avons pris compte dans le PAI (plan annuel d’investissement) de 2023 pour nous permettre au moins de loger les soignants. Pour les compartiments du centre de santé, nous sommes en train de voir avec les ressortissants. Nous avons également écrit à l’Etat guinéen en vue de construire un centre de santé amélioré digne de ce nom pour le bien-être de nos populations », explique le président de la délégation de Kaalan, Elhadj Mouctar Diallo.

Ramatoulaye Ndiaye habite un district situé à 2km du centre de santé, c’est faute de moyen qu’elle s’y rend avec ses enfants. La structure a fortement besoin de retouches. Jeudi matin, jour du marché Ndiaye est là avec son bébé :

« Le personnel soignant est courageux pour faire son travail dans des conditions difficiles. La capacité d’accueil du centre de santé est petite par rapport à la population. Beaucoup de choses manquent ici, le bâtiment est vieillissant. Beaucoup ont cessé de venir ici, parce que ce sont les structures adaptées qui attirent les patients. C’est seulement nous qui n’avons pas les moyens d’aller en ville qui venons ici. Le taux de fréquentation est assez faible parce que le bâtiment est vétuste, mais le personnel travaille avec courage. Nous sollicitons la construction d’une structure plus viable pour le bien-être de nos familles » plaide cette jeune mère.

Docteur Mohamed Lamine Keita en service au centre de santé de Kaalan décrit un état des lieux qui traduit la souffrance des agents qui s’occupent des patients. Docteur Keita qui est également agent du PEV (programme élargi de vaccination) nous fait une visite guidée de la structure de santé :

« Vous avez vu l’état de la salle d’accueil, c’est très restreint et vétuste. Par-là vous avez la salle des consultations primaires curatives (CPC). Vous voyez comment la situation se présente. Le couloir a une porte de sortie par là mais faute de magasin, une partie du couloir est transformée en magasin. Beaucoup de choses sont entassées ici, nous n’avons pas un endroit où les garder.

Cette troisième pièce, c’est le PEV (programme élargi de vaccination) associé au service nutrition. Les deux services partagent le même bureau. La salle d’archivage aussi n’est pas là, c’est ici qu’on garde tous les documents, mais ce n’est pas approprié. Une mission d’inspection était venue un moment ; elle avait demandé la salle d’archivage mais nous n’en avons pas ».

Comment conserver les vaccins ?

Les frigos, il n’y a que deux qui fonctionnent sur la base de l’énergie solaire, mais actuellement c’est un seul qui est en bon état, l’autre ne fonctionne pas. Là vous parlez des vaccins à diluer. Il y a des vaccins à doses et 20 tels que le BCG. Nous programmons les enfants le même jour, 15 ou 18 enfants pour ouvrir le vaccin. Avant de programmer ou diluer la dose, l’on se rassure qu’on a le nombre requis pour éviter le taux élevé de perte. C’est notre stratégie. Certains vaccins c’est la loi de 6 heures. Après 6 heures, s’ils ne sont pas utilisés c’est à jeter », explique le médecin.

La réalité est triste à voir. L’unique salle d’observation est exiguë. Deux patients de sexes différents ne peuvent pas être hospitalisés à la fois. Des éalités qui font fuir les patients.

« Si le service de nutrition invite les enfants pour une prise en charge en même temps que le PEV, l’espace devient exigüe pour nous. Dans cet espace partagé entre PEV et nutrition quelques fois nous sommes encombrés, avec l’impatience des gens, cela nous fait perdre des patients.  Les salles sont restreintes et répondent moins aux besoins attendus. Regardez notre table de matériel. Les déchets hospitaliers sont posés partout ici. Normalement si nous avions un incinérateur, c’est là-bas qu’on aurait déposé les déchets usagers. Cela sous-entend que nos déchets ne sont pas incinérés. Le centre de santé a besoin d’un incinérateur », raconte-t-il, l’air peiné.

Consultation prénatale

De là, nous voici au service de consultation prénatale. C’est dans ce réduit que se fait la planification familiale. La salle n’a même pas de porte, mais les agents n’ont pas le choix que d’y travailler avec ces moyens de bord.

« Nous nous débrouillons comme nous pouvons pour les deux services. Nous n’avons non plus pas de salle d’observation, raison pour laquelle ce lit est dans cette salle. Nous ne recevons un patient sur ce lit que lorsque la petite pièce de l’autre côté est remplie, chose qui se fait par manque de places. Vous avez vu aussi la table des consultations. Voici l’étendue de toute la salle d’observation, ce sont 3 lits en tout et pour tout et c’est la seule salle que nous avons ici.

Quel que soit le nombre de patients que nous recevons ici, nous ne comptons que sur ces 3 lits. C’est ici la salle de travail, c’est la maternité, tout ce que vous voyez là. C’est derrière ici que la femme se lave après accouchement, ça devrait être carrelé. Il n’y a pas une autre pièce de toilettes. Même des fourmis sont là. Nous avons besoin d’un centre amélioré. Ce qui est là ne répond plus au besoin », soupire notre guide.

Les yeux des populations locales sont rivés sur les autorités locales, les ressortissants réunis en association et l’Etat guinéen pour doter Kaalan d’une structure de santé adaptée aux besoins de la communauté. En attendant ils vivent le pire pour se faire soigner dans des conditions exécrables.

De retour de Kaalan, Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le 14 octobre 2024 12:00

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , , ,