Le Pain, un luxe à Kindia? Le prix de la farine flambe, incertitude dans la ville…

KINDIA – La ville de Kindia est actuellement confrontée à une grave pénurie de farine et de sucre, entraînant une flambée des prix et des conséquences dévastatrices pour les boulangeries locales et les consommateurs. De nombreuses boulangeries ont été contraintes de fermer leurs portes, rendant le pain rare et inabordable pour beaucoup.

​Elhadj Oumar Telly Diallo, président régional des boulangers et pâtissiers de Kindia, exprime son désarroi face à cette crise. « En ce qui concerne la rareté de la farine et l’augmentation de son prix, nous ne connaissons pas l’origine« , déclare-t-il. « Nous ne faisons que recevoir la farine. Si c’est cher, on nous livre tel. Nous avons l’habitude d’acheter à un prix abordable, mais nous avons constaté une augmentation de prix dans les magasins ces derniers jours. »

​Le prix d’un sac de farine, qui se négociait auparavant à 335 000 francs guinéens (FG), a grimpé à 430 000 FG sur le marché de Kindia. Cette augmentation met les boulangers dans une position intenable.

​ »On nous envoie la farine, nous travaillons. S’il y a un manque, cela se répercute sur nous « , explique Elhadj Diallo. « Nous avons appelé toutes les régions, ce sont les mêmes réalités. Cette crise de farine nous met dans des difficultés. Avec ce prix exorbitant de 430 mille, nous ne pouvons ravitailler la population en quantité suffisante. Si le prix du pain augmente, la population ne va jamais voir l’augmentation du prix de la farine. Plutôt elle s’en prend aux boulangers et les incrimine. »

​La situation est telle que la production de pain a drastiquement chuté. « Hier, sur 100 boulangeries, ce sont 20 ou 30 qui avaient travaillé par manque de farine. Donc, nous sommes au chômage ; les activités tournent presque au ralenti« , déplore le président des boulangers à Kindia.

Elhadj Oumar Telly Diallo lance un appel pressant aux autorités guinéennes : « Nous demandons aux autorités compétentes de nous aider parce que c’est à elles que nous nous confions, elles n’ont qu´à nous aider à avoir la farine à des prix abordables. S’il y a la stabilité des prix des denrées en Guinée, les populations seront contentes. Le seul problème des Guinéens c’est le riz et la farine, si ces deux produits sont abondants sur le marché le Guinéen est content.. »

​Accusations de spéculation et magasins vides

​Chez les commerçants, la déception est palpable. Mohammad Aliou Diallo, commerçant au grand marché de Kindia, témoigne des difficultés d’approvisionnement. « Là où moi je gagne la marchandise à Conakry, il n’y a ni stock de farine ni de sucre. Donc je n’ai ni farine ni sucre pour le moment, mon magasin est vide« , explique-t-il.

Il déplore également les pratiques de certains de ses pairs. « Mais vous le savez en Guinée dès qu’une telle situation tombe les gens profitent. J’ai entendu sans voir, qu’il y a certains commerçants qui revendent ces denrées alimentaires à des prix exorbitants. Pour moi c’est de la mauvaise foi de la part de ceux-ci. Chacun fixe son prix à volonté, c’est ce qui fatigue les gens dans notre pays. »

​Une crise « éphémère » ?

​Ousmane Baldé Gbodjè, président de la chambre préfectorale de commerce, industrie et artisanat de Kindia, tente de rassurer les citoyens. Il qualifie cette crise d' »éphémère » et affirme qu’une solution est en vue.

​ »C’est une crise inattendue« , dit-il. « Mais selon la haute hiérarchie, le bateau est déjà là, mais va accuser un peu de retard pour le débarquement et c’est ça qui fait l’objet de la rareté de la farine. S’il y a un manque de farine, ça va crier parce que le besoin de pain est quotidien. Le bateau de farine est arrivé au port. »

​Concernant le sucre, la situation serait similaire ajoute-t-il. « En ce qui concerne le sucre, le stock qui se trouve dans les différents dépôts, c’est ce qui est épuisé, mais quand même bientôt les choses seront en place« , assure M. Baldé Gbodjè. Il rappelle le principe économique de l’offre et de la demande : « Comme on dit, si la demande est supérieure à l’offre le prix augmente, si l’offre est supérieure à la demande le prix baisse. Nous demandons à la population de patienter, c’est une crise éphémère. »

​En attendant une résolution de cette crise, de nombreux boulangers sont au chômage et le prix du sac de 50 kg de sucre se négocie entre 500 000 et 550 000 FG, aggravant le fardeau des ménages de Kindia. La population attend avec impatience que les promesses de stabilisations des prix se concrétisent.

Un reportage de Chérif Keita

Pour Africaguinee.com

Créé le 22 juillet 2025 09:00

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