« La Guinée n’est pas un peuple de mendiants » : Conakry dément tout deal financier avec Berlin sur le dos des expulsés

CONAKRY – Face aux rumeurs persistantes faisant état de compensations financières versées par Berlin pour faciliter l’expulsion des ressortissants guinéens, le Dr Morissanda Kouyaté a vigoureusement réagi ce jeudi. Le chef de la diplomatie guinéenne a balayé d’un revers de main ces accusations de « marchandage », affirmant que la dignité nationale n’est pas à vendre. Tout en démentant avoir signé un quelconque accord monnayé, le ministre a annoncé la mise en place d’une commission d’enquête bilatérale pour faire la lumière sur les conditions de rapatriement et la révision systématique des accords hérités des régimes précédents. Pour lui, la Guinée n’est pas un « peuple de mendiants » et ne sacrifiera jamais ses fils pour des dollars.

On prétend que l’Allemagne aurait versé de l’argent aux dirigeants guinéens pour qu’ils acceptent le rapatriement des Guinéens vivant en Allemagne. Est-ce vrai ?

Les Guinéens que l’on rapatrie parce qu’ils sont au bout de leurs recours ne sont pas des Allemands. Nous ne sommes pas un peuple de mendiants. Nous ne conditionnons pas le retour de nos compatriotes à de l’argent. On ne nous insultera pas : l’Allemagne n’a rien à payer.

Je l’ai toujours dit : ceux que nous perdons dans l’immigration irrégulière sont de grands footballeurs, de grands scientifiques, des architectes, des menuisiers ou des maçons qui partent servir ces pays. Il y a eu un incendie en France : le seul qui a pu grimper pour sauver des vies était un Africain. Il a sauvé des gens là-bas ; pourquoi ne sauverait-il pas des gens ici ? L’ambassadrice de l’Allemagne est présente : la Guinée n’a pas demandé d’argent, la Guinée n’a pas pris d’argent, la Guinée ne veut rien. Mais si ces pays disent aux gens : « Nous vous donnons ceci parce que vous partez », nous ne leur dirons pas de refuser cet argent ; nous ne serions pas aussi méchants. Cependant, le retour n’est pas conditionné par cela.

Je vous donne un exemple : on m’a demandé en vase clos, avec le conseiller Ousmane, combien je voulais. Des milliers de dollars, en secret, sans que personne ne soit au courant. Nous avons dit non. Pourquoi prendrions-nous 2 000 dollars issus de ces pauvres expatriés ? « Si tu manges le sacrifice, tu seras le sacrifice ». Je ne mange pas de ce pain-là, la Guinée ne mange pas de ce pain-là. Il y a de l’argent ici, nous avons tout ici.

Nous avons le projet Simandou 2040, mais certains ne veulent même pas en entendre parler. Quand on évoque Simandou 2040, ils demandent : « Pourquoi Simandou 2040 ? ». Aujourd’hui, le monde entier nous envie. La partie toxique sera toujours dominée par la partie positive du pays, par les bénédictions de nos ancêtres. Ce pays est béni ; nos ancêtres ont lu le Coran et la Bible pour nous. Presque tous les pays de notre région ont connu la guerre civile, sauf la Guinée.

Nous ne voulons pas de l’argent d’autrui pour molester nos compatriotes. Prendre de l’argent pour faire d’eux ce que l’on veut ? Non, nous refusons cela. Nous voulons la dignité de nos compatriotes, c’est tout. Alors détrompez-vous : ceux qui vous ont dit cela se sont trompés sur le compte de Morissanda.

Des enquêtes seront-elles menées sur les conditions de rapatriement depuis l’Allemagne ?

Il y a un point sur lequel nous allons travailler : les conditions dans lesquelles nos compatriotes sont rentrés. Nous voulons savoir si tous leurs droits ont été respectés. Premièrement, nous mettrons en place une commission d’enquête bilatérale (allemande et guinéenne) pour traiter cette question.

À partir de là, et même simultanément, nous allons revoir l’accord que nous n’avons pas signé, mais que nous avons subi. Nous allons le réviser. Je tiens à être clair pour la communauté internationale : la Guinée n’est pas un pays rebelle. Nous respectons la dignité et les droits des autres pays, mais nous ne pouvons accepter que nos compatriotes voient leurs droits violés.

Il s’agit donc de négocier avec eux dans l’intérêt des deux parties. Ils ont leur opinion publique, nous avons la nôtre. En tant que gouvernants, ici comme là-bas, nous devons être intelligents pour ne pas tomber dans les extrêmes. Nous ne parlons donc pas de suspension pour le moment.

Nous disons d’abord : enquête. Deuxièmement : nous allons nous asseoir pour réviser tout cela, et nous supprimerons les parties qui ne nous conviennent pas. Nous avons besoin de l’Europe et l’Europe a besoin de nous. Plusieurs de nos projets sont soutenus par l’Europe, et la Guinée accueille également de nombreux pays dans le projet Simandou. C’est du « donnant-donnant ».

Ainsi, au lieu de nous invectiver ou de nous affronter, nous allons nous asseoir à une table dans le strict intérêt des citoyens européens et guinéens. C’est ainsi que nous procéderons.

Existe-t-il une politique de réinsertion des migrants Guinéens retournés dans le pays ?

L’irresponsabilité n’est pas dans notre vocabulaire sous le régime du président Mamadi Doumbouya. C’est parce qu’on nous a poussés à bout que nous parlons ; sinon, pendant quatre ans, nous avons subi cela en silence. Est-ce que nous avons dénoncé ? Non. Nous avons souffert pendant quatre ans. Nous avons pris les choses en main parce que c’est nous qui sommes désormais derrière le président, c’est nous qui sommes aux commandes, c’est nous qui portons la responsabilité de la Guinée. Nous assumons les actes de ceux qui nous ont précédés. Tout le monde semblait dire : « Morissanda a signé quelque chose ». Je n’ai rien signé et je ne signerai rien, mais nous assumons la responsabilité de ce que d’autres ont signé.

J’ai pris l’argent que le Président m’a remis et je l’ai donné aux gens (guinéens en détresse). Plus tard, au moment d’embarquer dans l’avion, certains ont disparu avec l’argent. Ils ont agi ainsi, mais cela ne nous a pas découragés. Lorsqu’ils reviennent ici, nous avons des partenaires comme l’OIM et des pays amis. J’ai toujours dit — et je vous livrerai cette réflexion tout à l’heure — que lorsqu’ils arrivent, nous les accueillons ; ils ne rentrent pas directement chez eux, ils sont logés immédiatement.

Nous avons créé une Direction pour eux ainsi que des Groupements d’Intérêt Économique (GIE). Il existe un centre informatique à Coyah : lorsqu’ils arrivent, c’est là-bas qu’ils apprennent l’informatique. Certains ont dit : « Nous, nous voulons faire taxi-moto » ; nous avons acheté des motos et nous les leur avons données. C’est vérifiable, il y a une direction pour cela. Nous avons également créé des ateliers de couture pour ceux qui reviennent, des pépinières de greffage et des centres de distribution de semences.

Propos recueillis par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 27 février 2026 08:40

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