Kéamou Bogola Haba : « Notre génération ne tolérera aucun retour en arrière ni aucune instabilité…» (interview)
CONAKRY- A la suite de la session inaugurale de la 10ème législature de la République de Guinée, le vendredi 17 juillet 2026, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Kéamou Bogola Haba, s’est confié à Africaguinee.com. Malgré son échec personnel aux législatives, ce cadre de la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD) dresse un bilan positif du cycle électoral qui vient de s’achever. De l’élection de Dansa Kourouma au perchoir à la future mutation de la GMD en parti politique, en passant par les craintes de dérives liberticides face à la majorité absolue, Bogola Haba répond sans détour à toutes les questions brûlantes de l’actualité. Entretien.
AFRICAGUINEE.COM: Quel est votre sentiment, en tant que membre de la GMD, sur l’aboutissement de ce processus d’installation de l’Assemblée nationale ?
KÉAMOU BOGOLA HABA: C’est d’abord une satisfaction personnelle, mais aussi une fierté pour mon pays et pour notre génération. Le 5 septembre, il n’était pas facile d’imaginer que nous pourrions conduire une transition aussi pacifique. C’est l’occasion de féliciter et de remercier le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, ainsi que tous ceux qui, de près ou de loin, l’ont assisté pour atteindre ce résultat.
Ces élections (communales et législatives) représentaient un immense défi. Nous nous rappelons que les derniers scrutins de ce type dans notre pays avaient été particulièrement difficiles et marqués par de longues contestations. Pour les communes, il avait fallu énormément de temps pour installer les maires. Cette fois-ci, ce fut une réussite parfaite : le chronogramme a été respecté conformément au décret du président de la République, et tous les acteurs ont participé.
La campagne s’est déroulée dans le calme et nous n’avons enregistré aucune violence significative. Bien sûr, comme le dit le proverbe, « entre la dent et la langue, il peut y avoir des frictions », mais nous n’avons déploré aucun blessé ni aucune perte en vies humaines.
Nous félicitons donc chaleureusement tous les acteurs, à commencer par nos forces de défense et de sécurité, ainsi que l’ensemble de la classe politique qui a accepté de jouer le jeu. Nous avons enregistré la participation d’une vingtaine de partis et d’une multitude de mouvements politiques, dont le nôtre, la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD). Nous avons également constaté une implication très active des femmes et des jeunes. Au final, le résultat a été accepté par pratiquement tout le monde.
Ce processus s’est ensuite matérialisé par l’installation des exécutifs communaux. Sur tout le territoire, les mouvements et les partis ont joué le jeu. Malgré les discussions inhérentes à ce genre d’exercice, les mairies ont été mises en place. Je profite de l’occasion pour féliciter toutes les femmes, tous les jeunes et l’ensemble des élus de ces exécutifs locaux.
Enfin, il restait l’élection du bureau de l’Assemblée nationale de la 5ème République. Aujourd’hui, nous sommes très heureux de voir que la GMD a su faire preuve d’unité et de discipline. Cela a permis l’élection de son président, le Docteur Dansa Kourouma, avec une écrasante majorité de 129 députés sur 147. C’est un excellent signal. Je félicite le Docteur Dansa Kourouma pour sa brillante élection, ainsi que les autres membres qui seront élus au sein des commissions et des groupes parlementaires.
Sauf que le Docteur Dansa Kourouma n’est pas directement issu de la GMD. C’est un parti allié qui a porté sa candidature, n’est-ce pas ?
Si vous vous rappelez notre dernière intervention sur votre média, nous avions bien précisé que la GMD n’est pas un parti politique en soi, et qu’à ce titre, elle ne pouvait pas présenter de listes propres. Nous avions annoncé que des partis alliés porteraient les candidats de la GMD. C’est exactement ce partage qui s’est opéré.
Le Docteur Dansa Kourouma est pleinement GMD. Il l’a affirmé publiquement et vous avez pu le suivre : il était présent dès la création de la Convergence, et lorsque la GMD est née, il a toujours exprimé son appartenance à ce grand mouvement, y compris au moment du dépôt des candidatures. C’est précisément pour cela qu’il a bénéficié du vote des 127 députés de la GMD et de ses alliés. Pour nous, les alliés et le mouvement ne forment qu’un seul bloc, uni et indivisible.
Qu’est-ce qu’on doit attendre de cette nouvelle législature au niveau de la GMD ? S’agit-il d’une simple continuité, puisque le Docteur Dansa Kourouma, ancien président du CNT, prend désormais la tête de cette 10ème législature ?
Nos attentes sont énormes. Comme nous l’avions indiqué, tout a été mis en œuvre pour organiser l’ensemble des scrutins en l’espace de six mois : l’élection présidentielle en décembre, puis les élections locales et législatives qui se sont achevées entre mai et juin. Désormais, nous nous ouvrons sur une période de cinq ans sans aucune échéance électorale.
La priorité absolue est donc au développement et à l’économie. La mission de cette Assemblée nationale et du Sénat qui va s’installer sera essentiellement d’ordre économique. La Guinée a traversé une période de stabilité relative ; il faut maintenant que cette stabilité devienne absolue pour les cinq prochaines années. Si nous parvenons à maintenir la stabilité, la discipline et la sécurité, notre pays restera solidement ancré parmi les nations à forte croissance économique. Aujourd’hui, notre croissance est l’une des meilleures d’Afrique de l’Ouest et du continent. Notre objectif est de pérenniser cet élan pour faire grimper notre PIB et installer la Guinée parmi les plus grandes puissances économiques de la sous-région d’ici cinq ans.
Le dénominateur commun de cette ambition reste la paix, la stabilité institutionnelle, mais surtout la bonne gouvernance budgétaire et législative, ainsi que l’amélioration du climat des affaires pour attirer les investisseurs.
Nous attendons de cette Assemblée qu’elle consolide les acquis de la refondation menée au cours des quatre dernières années. Cela doit permettre à l’économie de prospérer au bénéfice direct de tous les Guinéens à travers la création d’emplois et de richesses. Ces attentes sont d’ailleurs en parfaite adéquation avec le programme politique pour lequel la population a voté, notamment à travers la vision stratégique du programme «Simandou 2040», qui fera office de boussole pour nos activités durant ce mandat.
Certains craignent aujourd’hui que la majorité absolue acquise par la GMD au Parlement ne conduise au vote de lois liberticides ou à des restrictions des libertés citoyennes. Partagez-vous ces doutes ?
Non, absolument pas. Nous appartenons à une génération extrêmement mature, consciente de ses responsabilités et qui sait exactement où elle va. Il ne faut pas s’imaginer une Assemblée monolithique ou uniforme. Même au sein de la majorité GMD, s’il apparaît que les projets ne prennent pas la bonne direction, il y aura des débats intenses pour que la vérité triomphe et que nous nous accordions sur l’intérêt général.
Souvenez-vous de la campagne : le président Dansa Kourouma et moi-même avons eu un désaccord public de haut niveau concernant l’âge et la responsabilisation des jeunes dans les institutions. Chacun a défendu sa position. Cela prouve que nous pouvons diverger sur la forme sans pour autant briser l’unité et la discipline du mouvement. C’est exactement cette dynamique qui animera l’Assemblée. Il y aura de grands débats contradictoires en interne, mais c’est la République qui primera. Nous refuserons les consensus qui se feraient au détriment de l’intérêt national.
Vous l’avez également constaté lors des communales : dans plusieurs localités, y compris à Conakry, la GMD s’est parfois retrouvée dans l’opposition ou a vu d’autres mouvements remporter les exécutifs. À l’Assemblée nationale, le jeu démocratique sera identique. Les différents groupes parlementaires défendront activement leurs convictions. Notre génération ne tolérera aucun retour en arrière ni aucune instabilité. Notre seule volonté est d’avancer, et cette exigence de progrès sera portée par la majorité elle-même.
Pour en revenir spécifiquement à la GMD, l’opinion s’interroge sur son avenir politique. Le mouvement ne s’est pas transformé en parti politique après la présidentielle, comme cela avait été initialement annoncé. Alors que les parlementaires et les futurs sénateurs s’engagent pour un mandat de 5 ans, quel sera l’avenir de la GMD ?
Notre démarche a toujours été transparente. Nous avons toujours affirmé la nécessité de bâtir un grand parti politique unifié, à l’instar des grandes formations qui ont transformé des nations comme la Chine, le Rwanda ou les États-Unis. C’est une nécessité historique. Cependant, le temps a joué contre nous, car le président de la République tenait fermement au respect strict du calendrier électoral. Il était techniquement impossible de régler tous les détails structurels et de mener les discussions nécessaires avant de foncer vers les urnes.
Mais les choses sont claires : maintenant que le cycle électoral est bouclé et que l’environnement politique est apaisé, la GMD va officiellement se structurer en parti politique. Nous avons besoin de cette institution pour encadrer, former et orienter notre jeunesse, mais aussi pour assurer le suivi des politiques publiques. La fonction d’un parti ne se résume pas à courtiser les suffrages tous les 5, 6 ou 7 ans ; sa mission est d’accompagner ses élus afin qu’ils honorent la confiance que le peuple guinéen leur a accordée.
Notre nom l’indique clairement : nous sommes la “Génération pour la Modernité et le Développement”. Notre prochaine feuille de route consistera à moderniser notre État — un chantier déjà bien entamé au niveau de l’administration publique — et à propulser son développement économique. Ce parti est indispensable pour mener à bien cette mission. Il permettra également de pérenniser et de parachever le bilan du président Mamadi Doumbouya, en devenant l’héritier politique des réformes de la refondation et des institutions de la 5ème République, afin d’en assurer la continuité au-delà des individualités.
Bogola Haba n’est plus ministre et n’a pas été élu député lors de ces législatives. Quel sera désormais votre avenir politique personnel ?
Notre engagement aux côtés de ce processus de transformation nationale ne dépend pas d’un décret. Nous étions engagés bien avant d’entrer au gouvernement. Nous avons servi notre pays pendant 19 mois au sein du troisième gouvernement de la transition, et notre départ du cabinet n’altère en rien notre combat pour une Guinée meilleure.
Lors des récentes législatives, nous avons volontairement accepté une 13ème position sur la liste, en sachant pertinemment que cela rendait notre élection peu probable. Notre rôle était de tirer la liste vers le haut, de mobiliser, d’animer et d’encadrer la campagne. C’est ce travail de fond que nous allons poursuivre pour les échéances futures, qu’il s’agisse des sénatoriales, des régionales ou de la présidentielle. Mon avenir reste ancré dans l’animation de la vie politique pour veiller à la paix et à la stabilité de notre pays. Quelle que soit la position que l’on occupe, la République demeure, et c’est son service exclusif qui doit tous nous préoccuper.
M. Haba, merci!
C’est moi qui vous remercie. Je salue le travail de la presse et j’exprime ma gratitude à tous les acteurs qui soutiennent ce processus historique. Nous réitérons nos félicitations au président de la République pour son leadership, ainsi qu’aux forces de défense et de sécurité, aux membres de l’exécutif, du Parlement et de toutes les institutions républicaines qui concrétisent cette transition. Je vous remercie.
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 20 juillet 2026 12:00Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Assemblée Nationale, Bogola Haba, GMD, Interviews, Politique









