Kankalabé : le développement local porté par la communauté
À 85 km de Dalaba, la sous-préfecture de Kankalabé avance à contre-courant des difficultés rurales. Écoles, centres de santé, eau potable, électrification : ici, les ressortissants et la diaspora suppléent souvent l’État pour répondre aux besoins essentiels des populations, avec un seul cri du cœur aujourd’hui : la route Dalaba–Tougué.

Ancienne province du Fouta-Djallon, Kankalabé a récemment bénéficié de l’électricité grâce à une nouvelle ligne qui traverse son territoire. Aujourd’hui, les habitants plaident surtout pour la construction de la route Dalaba–Tougué afin de favoriser le désenclavement et le développement économique.
Avec une population estimée à 3 000 habitants, la localité dispose de plusieurs infrastructures scolaires et sanitaires, de forages ainsi que d’un début d’électrification.
Selon le président de la délégation spéciale (PDS) de Kankalabé, des infrastructures sanitaires existent dans tous les districts et le centre est doté d’un centre de santé amélioré.

« C’est surtout le personnel qualifié qui manque. Les infrastructures sont disponibles partout. Ici, nous avons un centre de santé amélioré. Le seul problème, c’est le déficit d’agents. Certains sont présents, mais nous avons besoin de davantage d’agents compétents, notamment des responsables de structures sanitaires. C’est notre principale difficulté. La communauté accompagne les structures de santé. Dans certains postes, ce sont les ressortissants qui prennent en charge les salaires des agents, ce qui permet de les maintenir en poste. C’est le cas à Dantaba », explique Mamadou Hady Baldé.
Concernant l’électricité, si Kankalabé est désormais raccordée au réseau, l’alimentation reste limitée. Sur les dix secteurs que compte le centre, un seul bénéficie effectivement du courant.

« Il n’y a que deux transformateurs qui alimentent un nombre restreint de foyers. La majorité des secteurs reste en attente. Toutefois, notre localité vient de bénéficier d’un nouveau projet qui permettra l’extension du réseau aux autres districts. Des techniciens étaient encore sur place récemment. Après les travaux, le centre sera entièrement électrifié. Malgré tout, nous avons déjà constaté les avantages de l’électricité dans certaines concessions », ajoute le PDS.
Un secteur éducatif soutenu par la diaspora
Sur le plan éducatif, Kankalabé figure parmi les sous-préfectures les plus dynamiques de Dalaba. Elle compte plus d’une vingtaine d’écoles primaires, un collège et un lycée, et bénéficie de l’appui de plusieurs ONG françaises.

Le Directeur sous-préfectoral de l’Éducation (DSEE), Mamadou Oury Sall, précise :
« Notre DSEE compte 23 écoles primaires réparties dans huit districts. Nous avons près de 3 500 élèves, 65 enseignants titulaires et plus de 30 contractuels. Pour les enseignants, nous ne nous plaignons pas trop. Nos principales difficultés concernent les manuels scolaires. Heureusement, la communauté nous accompagne : elle fournit des manuels, prend en charge les contractuels et aide à résoudre de nombreuses autres difficultés. Seule l’école de Sireinya dispose d’un bâtiment vétuste. Nous avons aussi des établissements confrontés à des effectifs pléthoriques faute de salles de classe. La commune a toutefois bénéficié d’un financement de l’ANAFIC pour la construction de nouvelles salles. »

Il souligne également l’implication de la diaspora :
« Nous recevons l’appui d’enseignants à la retraite basés en France. Ils viennent renforcer les capacités de nos formateurs locaux et ont élargi leur projet à d’autres sous-préfectures comme Bodjé et Mombeya. Nous disposons d’une bibliothèque tournante : les manuels sont placés dans des valises qui circulent entre les écoles. C’est grâce à cette collaboration que Kankalabé obtient régulièrement de bons résultats aux examens. La communauté a longtemps soutenu les enseignants contractuels avant leur prise en charge par l’État. Un ressortissant a même financé la peinture de toutes les écoles. »
Selon lui, le renforcement des capacités des enseignants constitue une priorité :
« Il n’est pas mauvais d’avoir un enseignant qui présente des insuffisances ; le problème, c’est l’absence de suivi. Nous organisons localement des séances de remise à niveau pour les enseignants du primaire. »
L’eau potable et l’enjeu du désenclavement
En matière d’accès à l’eau potable, le centre a bénéficié d’une adduction d’eau desservant plusieurs dizaines de familles. Des initiatives privées ont également permis la réalisation de nombreux points d’eau.

« Un ressortissant établi en Europe voulait initialement réaliser un forage pour son père. Celui-ci a proposé que l’ouvrage profite à tout le secteur. Une adduction a ainsi été réalisée, permettant à presque tout le monde d’avoir accès à l’eau potable. D’autres particuliers disposent également de forages qui alimentent le voisinage. Aujourd’hui, le problème d’eau ne se pose plus au centre. Notre principal besoin reste la route, notamment la nationale Dalaba–Tougué. Sa réalisation désenclaverait Kankalabé. Les routes inter-districts, elles, sont régulièrement entretenues par la communauté », conclut Mamadou Hady Baldé.

Habib Samaké, correspondant régional d’Africaguinee.com
A Mamou
Créé le 13 février 2026 08:03
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