Kaloum : Un an après l’explosion du dépôt d’hydrocarbures, les sinistrés toujours dans la dèche…

CONAKRY-Dans la nuit du 17 à 18 décembre 2023, un incendie d’une ampleur inédite a dévasté le principal dépôt pétrolier de Conakry. Cette explosion a réduit en cendre les installations de l’entrepôt d’hydrocarbures de Kaloum. Ce sinistre a affecté environ 10 337 personnes, soit 2 069 ménages.

Selon le gouvernement, près de 889 femmes dont 176 en état de famille, 1 925 enfants de moins de 5 ans, 2 736 personnes âgées de plus de 60 ans et environ 202 personnes vivant avec un handicap avaient été impactés. Un an après ce drame, la Guinée se réveille peu à peu de ses répercussions économiques, mais les sinistrés quant à eux, vivent toujours dans la précarité. Reportage.

Samedi 7 décembre, nous sommes à Coronthie, un des épicentres du sinistre.  Fatoumata Yansané, habitante au quartier Coronthie 1 attend toujours l’accompagnement promis par l’État guinéen.

« Depuis que le dépôt d’hydrocarbures a explosé, nous vivons dans une situation très difficile. Et le 17 décembre 2024, cela fera un an. Mais toutes les aides que nous avons reçues de la part des ONG et des personnes de bonne volonté se résument à un bidon d’huile, un sac de riz et un petit montant de la part de l’État guinéen. Depuis, nous n’avons rien reçu de plus. Alors, la maison que vous voyez ici était celle de mon père. Après l’explosion, elle a été complètement détruite. Depuis ce jour, nous dormons à la belle étoile.

C’est tout récemment que l’argent que nous avons reçu de nos locataires nous a permis de reconstruire une partie de la maison, tandis que l’autre partie, comme vous pouvez le constater, n’a pas été reconstruite faute de moyens. Donc, actuellement, nous dormons sur des nattes parce que nos affaires ont été détruites lors de l’explosion du dépôt. Nous avons reçu plusieurs propositions de la part des autorités, mais nous souhaitons qu’on nous donne l’argent pour que nous puissions reconstruire nos maisons nous-mêmes. Nous demandons aux autorités guinéennes de venir en aide pour nous sortir de cette situation que nous vivons aujourd’hui », plaide-t-elle.

« Je n’oublierai jamais cette nuit du 17 décembre qui restera à jamais gravée dans sa mémoire », soupire Hadja Mafering Camara, une autre sinistrée. Elle revient sur ce que les victimes ont reçu depuis cette explosion malencontreuse.

« Cette nuit est une nuit inoubliable pour moi et elle restera toujours gravée dans ma mémoire à chaque fois que je pense à elle. Cette concession, c’est pour notre défunte mère. Depuis l’explosion, personnellement, je n’ai reçu que des denrées alimentaires. J’ai ensuite appris que nos locataires avaient reçu chacun 7 500 000 FG, mais aucun d’entre eux ne nous a informés. Nous avons également appris qu’ils avaient reçu 10 000 000 FG, mais nous, les concessionnaires, aucune autorité compétente ne nous a appelés pour dire quoi que ce soit. Certes, nous avons reçu des informations selon lesquelles les autorités doivent revenir mais nous avons rénové nos maisons sur fonds propres et dormons par terre. Nous sommes à l’écoute des autorités concernant notre sort, puisqu’elles ont dédommagé les locataires. Je leur demande de nous aider afin que nous puissions refaire nos maisons. Nous n’avons pas où aller. Nous préférons que les autorités nous donnent l’argent pour reconstruire nos maisons ; il sera hors de question pour moi de céder à leurs promesses », laisse-t-elle entendre.

Fatoumata Soumah est aussi sinistrée. Elle témoigne.  « Après cette explosion qui a fait plusieurs victimes, les autorités se sont très bien occupées de nous, et notre chef de quartier a été à pied d’œuvre concernant notre prise en charge en termes de denrées alimentaires. Médicalement, nous avons reçu des soins de qualité. Les autorités avaient tenu plusieurs promesses, nous avons été bien accompagnées. Et si l’État prend l’engagement de reconstruire les maisons, c’est une bonne chose », a-t-elle lancé.

Pour sa part, Amara Touré, président de la commission des sinistrés de Coronthie, remercie l’État guinéen et les bonnes volontés qui les ont aidés au moment de cet incident malheureux. Il annonce que le gouverneur compte rencontrer les propriétaires de maisons pour trouver une solution concernant la reconstruction de leurs concessions.

« D’abord, nous avons un message fort de remerciement à l’endroit des autorités, des ONG et de tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont assistés dans cette situation malheureuse, y compris les Guinéens de l’étranger : États-Unis, Canada, Europe, Belgique, France. Partout, nous avons reçu des soutiens financiers et moraux. Les autorités locales, dès les premiers jours, même la nuit de l’explosion, ont enregistré des volontaires. Même si aujourd’hui nous vivons une situation difficile, les autorités ont rénové les écoles et 303 locataires ont reçu de l’argent et des denrées alimentaires. 24 autres concessionnaires ont également été servis à la commune à travers le gouverneur, que nous remercions beaucoup.

Alors, pour ce qui concerne nos concessions, nous avons reçu plusieurs propositions. Mais finalement, la gouverneure prend les choses en main pour entamer des discussions et des ententes avec le Conseil de famille afin de voir, au cas par cas, parce qu’on a eu des réunions avec pas mal d’organisations, notamment au gouvernorat. C’étaient des réunions de masse. Nous voulons maintenant qu’au cas par cas, famille par famille, concession par concession, que ces discussions commencent maintenant pour que l’État puisse faire quelque chose pour nous et pour nos maisons », a-t-il annoncé.

Mamadou Yaya Bah 

Pour Africaguinee.com

Créé le 9 décembre 2024 11:51

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