« J’avais conseillé mon frère Yéro de privilégier les voies de recours » : Mohamed Nabé se confie sur le départ du FRONDEG
CONAKRY – À l’occasion du lancement officiel de la campagne pour les élections législatives ce vendredi 1er mai 2026, Africaguinee.com a rencontré Mohamed Nabé, président de l’Alliance pour le Renouveau et le Progress (ARP). Dans cet entretien, il livre son analyse sur l’état d’esprit de son parti, les enjeux du scrutin, le retrait du FRONDEG et les stratégies d’alliances en cours.
Dans cet entretien exclusif, il dévoile sa cartographie électorale, répond aux accusations d’« accompagnement » du pouvoir et détaille sa vision pour une opposition constructive au sein des instances de décision.
AFRICAGUINEE.COM : La campagne pour les législatives a débuté ce vendredi 1er mai. Dans quel état d’esprit l’ARP aborde-t-elle cette échéance ?
MOHAMED NABÉ : C’est avec beaucoup de sérénité que nous abordons ces échéances, tout comme nous l’avions fait pour la présidentielle. Comme vous le savez, notre pays s’apprête à vivre des élections couplées : les législatives et les communales du 31 mai 2026. Les équipes sont déjà sur le terrain et nous mettons les bouchées doubles. Je m’apprête moi-même à descendre dans l’arène pour défendre notre liste nationale et soutenir nos candidats dans les différentes circonscriptions communales. Les préparatifs touchent à leur fin et nous sommes confiants.
À l’échelle nationale, combien de candidats l’ARP présente-t-elle ?
Nous avions initialement présenté 22 candidats pour les élections communales. Finalement, nous avons été retenus dans 15 circonscriptions. En tant que légalistes, nous avons utilisé les voies de recours : la Direction Générale des Élections (DGE) avait validé 12 candidatures, et les tribunaux viennent d’en accepter trois supplémentaires, notamment à Siguiri, Didi et Tiro. Parallèlement, nous avons déposé une liste nationale pour les législatives que je conduis personnellement en tant que tête de liste.
Pourquoi s’être limité à 22 circonscriptions au départ ?
C’est une question de moyens. Cette année, le montant de la caution a été revu à la hausse, s’élevant à 35 millions de GNF par circonscription. Pour les 22 localités visées, cela représentait déjà un investissement de 770 millions. Si l’on ajoute la liste nationale, nous dépassons le milliard de GNF. Nous avons choisi les circonscriptions où, au vu du contexte politique, nous avons la certitude de pouvoir briguer la mairie.
Quelle est la cartographie de vos candidatures sur le territoire ?

La répartition est la suivante : nous avons quatre candidats dans la région de Faranah, quatre à Kankan, deux à Labé, un à Kindia et quatre à Boké. En revanche, nous sommes à zéro dans les régions de N’Zérékoré et de Mamou. À N’Zérékoré, Macenta ou Guéckédou, nos équipes ont été confrontées à l’épineux problème de la documentation administrative (extraits de naissance, actes judiciaires) que beaucoup de candidats n’ont pu réunir à temps.
Le climat politique s’est tendu avec le retrait du FRONDEG (arrivé 2e à la présidentielle) et les dénonciations du Dr Faya Milimono. Comment analysez-vous ces retraits ?
En tant qu’expert des questions électorales au niveau continental, je sais qu’aucun processus n’est parfait. Il y a toujours des irrégularités. Cependant, je trouve dommage que mon frère Yéro Baldé se retire à cette phase. C’est une valeur sûre. Je lui ai conseillé de privilégier les recours administratifs et judiciaires plutôt que de quitter l’arène. À l’ARP, nous avons eu des dossiers rejetés, mais nous avons porté l’affaire devant les tribunaux et nous avons obtenu gain de cause dans plusieurs cas. Il faut mettre l’État devant ses responsabilités au sein d’un État de droit. Le pays a besoin d’une masse critique d’acteurs pour enrichir le débat.
Le Dr Faya Milimono exprime les mêmes griefs. Que lui répondez-vous ?
Nous sommes en contact permanent. Mon credo a toujours été le même : pour changer la Guinée, il faut être dans les instances de décision. On ne peut pas aménager une maison en restant à l’extérieur. Je lui ai suggéré de laisser le Bloc Libéral épuiser toutes les voies de droit. Claquer la porte au milieu du processus n’est, selon moi, pas la meilleure option. J’espère qu’ils reviendront à de meilleurs sentiments car nous avons besoin de tout le monde.
La DGE soupçonne ces sorties de préparer l’opinion à des conflits post-électoraux. Partagez-vous cet avis ?
Je ne fais pas de procès d’intention. Il faut reconnaître que la DGE accomplit un travail colossal. C’est la première fois que nous remplaçons la CENI par une direction de ce type. Organiser un référendum, une présidentielle, des législatives et des communales en une seule année est une prouesse. Certes, tout n’est pas rose, c’est une œuvre humaine perfectible, mais il faut les encadrer plutôt que de les abandonner.
Envisagez-vous des alliances avec d’autres partis comme le RRD, le FAN ou le Bloc Libéral ?
Absolument. Nous avons créé un cadre de concertation avec plusieurs candidats de la dernière présidentielle. Puisque personne n’a les moyens d’être partout, nous réfléchissons à nous compléter dans certaines circonscriptions. Des commissions travaillent actuellement pour formaliser ces soutiens mutuels et vous en serez informés prochainement.
Après un score de 0,4 % à la présidentielle que l’on pourrait qualifier de “médiocre”, qu’est-ce qui va changer pour l’ARP ?

Ce score n’est pas « médiocre » pour une première participation. Obtenir plus de 50 000 voix en étant un nouveau parti est une étape. Nos objectifs étaient d’exister légalement, d’être reconnus et de participer. C’est chose faite. Nous avons tiré les leçons : nous avons manqué de sécurisation des votes et subi des défections de dernière minute. Cette fois, la donne sera différente et vous verrez le score de l’ARP au sortir de ces élections.
Certains vous accusent d’être un « accompagnateur » du GMD pour crédibiliser le processus. Que leur répondez-vous ?
Chacun est libre de son opinion. Mais je précise : nous payons nos propres cautions et notre propre campagne. Le GMD a ses listes, nous avons les nôtres. Je refuse la politique de la chaise vide. De plus, la nouvelle charte des partis stipule qu’une formation qui ne participe pas à deux élections consécutives est dissoute. Nous participons pour exister, pour gagner des mairies, des sièges de députés et, à terme, des sénateurs. Nous construisons le parti pour les 10 prochaines années.
Un dernier mot pour les électeurs ?
Nous n’avons qu’un seul dénominateur commun : la Guinée. Une élection est une compétition qui doit rester responsable. J’appelle chacun à bannir les messages de haine, de division ou de violence. Défendons nos projets dans le fair-play pour qu’au soir du 31 mai, ce soit la Guinée qui gagne.
Entre réalisé par Mamadou Yaya BAH & Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 2 mai 2026 16:41Nous vous proposons aussi
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