Immigration vers l’Europe: Gando Diallo fait des « révélations » sur une facette peu connue

ROME- Gando Diallo a atteint les côtes italiennes en 2017. Il dit avoir bravé le désert et la mer pour fuir la « misère » en Afrique, espérant une vie meilleure en Europe.  A son arrivée dans le vieux continent, ce jeune guinéen originaire de Dalaba a découvert une autre facette peu connue de l’immigration irrégulière. Il décide alors de s’engager dans un combat atypique.

Ce jeune migrant guinéen confie avoir rejoint dès son arrivée des mouvements politiques pour se faire entendre. Malgré les brimades et les coups bas, il dénonce à travers des écrits, des manifestations…une façon pour lui de contribuer à la conscientisation. Comment l’argent soutiré aux migrants par des passeurs mercantiles alimente-t-il l’insécurité en Afrique ? Gando Diallo fait des révélations. Il a répondu aux question d’Africaguinee.com.

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes citoyen guinéen résidant en Italie depuis bientôt 8 ans. Expliquez-nous comment vous êtes arrivés dans ce pays ?

GANDO DIALLO : Je suis arrivé en Italie à travers l’immigration irrégulière. Comme vous   le savez, il y a des milliers de jeunes africains à la recherche d’une vie meilleure qui choisissent le chemin de l’exil. En bravant le désert, certains jeunes meurent en Libye d’autres en haute mer ou encore assassinés par des rebelles libyens. C’est un petit groupe qui atteint les côtes européennes. Moi aussi j’ai suivi ce trajet pour arriver en Europe, je suis resté en Italie où je vis depuis bientôt une décennie. Dès mon arrivée j’ai constaté que la politique européenne est assez centrée sur les questions migratoires notamment irrégulières. Ça sous-entend les africains directement. La situation tourne ainsi : quand des migrants arrivent en Europe en provenance de l’Afrique, au début, ils ne sont pas considérés comme des humains alors que quand les européens arrivent chez nous avec leur politique ils nous donnent l’impression de nous aimer, qu’ils sont là pour nous aider.

Les premières réactions qui tombent contre les migrants en Europe, on leur saisit les documents parce qu’ils sont arrivés illégalement sur le territoire. Les jeunes que nous sommes entendons ces mots de désespoir après avoir tout bravé pour entrer en Europe. Pourtant l’immigration c’est quelque chose qui est bien organisé.

Quel est le message qui se cache derrière cette expression l’immigration est bien organisée ?

Ça veut dire, il y a bien des catégories qui profitent de cette immigration clandestine. Nous avons les multinationales qui fabriquent ou font le trafic d’armes et ceux-là qui achètent ces armes sont derrière l’immigration. Au-delà du trafic d’armes, ils soutirent de l’argent aux groupes de jeunes asphyxiés par la pauvreté et le chômage dans leurs pays, c’est évident qu’ils rêvent d’une vie meilleure. L’argent mobilisé par les migrants au profit des passeurs pour  le voyage sert à racheter des armes avec les multinationales. Ces armes sont utilisées partout comme facteur d’insécurité, finalement on utilise ces armes pour braquer assassiner, ça sert pratiquement à faire la guerre et des zones non droit. Étant un homme un peu intellectuel, à mon arrivée en Europe, j’ai découvert cette politique.

Gando Diallo, comment avez-vous perçu cette politique que vous dénoncez que de nombreux autres clandestins ne voient pas du tout ?

Il faut user de son esprit pour voir les choses, surtout quand on est intellectuel. C’est vrai, beaucoup de jeunes y arrivent, des intellectuels certes mais avec le complexe d’infériorité ils ne font pas prévaloir leur intelligence, ils ferment les yeux sur tout. Pour moi avec tout ce que j’ai subi sur la route laissant beaucoup de compagnons morts sur le chemin ; je ne pouvais pas ouvrir l’esprit sur certaines questions. Je ne pouvais non plus me taire. C’est à partir de là que je me suis directement intéressé à la politique. Comme les européens se basent sur ça pour fermer la porte aux africains je suis dans les mouvements panafricanistes

Vous arrivez clandestinement en Italie, vous basculez dans la politique. Il vous a fallu combien de temps pour vous intégrer ?

Mon intégration a été rapide. Pour moi, il m’a fallu entre 1 à 2 ans, je parle de mon intégration totale. Je suis arrivé sur le sol italien en février 2017, en novembre 2018, j’avais déjà publié un livre, un livre écrit en italien. Un an et demi déjà j’étais intégré et j’écris ce livre dont j’ai moi-même financé la publication. J’ai écrit ce livre pour faire comprendre à l’opinion ce que vivent les migrants avant d’atteindre les côtes européennes, y compris la vie difficile qu’ils mènent en Europe de façon générale. J’ai publié ce livre pour commencer mes revendications avant d’intégrer les mouvements politiques italiens. Ça a été une ouverture pour connaître les mouvements politiques du pays. Le premier que j’ai connu c’est la ‘’ CASA MADIBA’’ qui veut dire la case ou la maison de Mandela, un mouvement initié par des italiens qui luttent pour le droit à l’intégration des migrants clandestins de toutes les nationalités en en Italie. Dans le lot vous retrouvez des Bangladais, des Irakiens, des Iraniens. Tous les pays pauvres, en conflit ou en difficulté dans le monde. Ce mouvement se charge de ça. Donc c’est mon livre qui m’a ouvert les portes de ce mouvement. Ils étaient déjà là avant moi en train de lutter. Le combat a fait obtenir une maison où ils réunissent les migrants pour les échanges et les divertissements aussi

Comment se passe la cohabitation entre noirs immigrés et italiens de souche dans votre pays d’accueil ?

En Italie que je connais, les immigrés surtout les noirs ne sont pas intégrés. Etant noir dans certains endroits tu approches un italien il te quitte. Donc la CASA MADIBA a eu l’initiative d’intégrer les migrants de tout bord et d’avoir cette maison. Dans cette maison on fait connaître la musique africaine, on fait connaître la culture des pays d’origine de ces migrants qui sont rejetés. Comme je l’ai dit Madiba c’est propre à Nelson Mandela qui est un symbole de lutte pour le droit des noirs en Afrique du Sud. C’est d’ailleurs un inspirateur dans le monde, CASA maison ; donc la maison de Madiba, là vous comprenez directement la vision.

Vous appartenez à quel mouvement politique Italien actuellement ?

Bon en ce moment j’appartiens   au mouvement appelé réseau des communistes Italien parce que les communistes ce sont des gens qui nous ont apporté de l’aide pendant la lutte de l’indépendance dans notre pays. Sékou Touré qui a donné l’indépendance à notre pays était membre du parti communiste et socialiste. En ce moment je marche avec ce mouvement mais CASA MADIBA n’était pas un mouvement communiste c’était plutôt un mouvement de gauche ; ce sont les démocrates mais ça c’est un autre débat.

Dans vos réclamations à travers les marches, les conférences, vous ne courez pas des risques ou vous n’attirez pas l’attention des forces d’oppositions ?

Vous le savez déjà ce n’est pas quelque chose de facile parce que c’est un combat contre une politique bien assise de ceux qui dirigent le monde. Eux qui dirigent le monde font semblant de faire valoir les droits à une minorité de personnes qu’ils étalent à tous les niveaux dans la théorie. Ces droits seuls les riches et les blancs en jouissent. Le noir est moins considéré dans la jouissance de ces droits. C’est pourquoi j’ai initié ce combat pour faire valoir le droit des noirs en Italie. L’Italie est connue comme un pays raciste. Les italiens n’aiment pas les noirs et ils le leur font savoir.

Mais Gando, un combat difficile à faire aboutir surtout quand le porteur est passé par la migration pour atteindre les côtes italiennes …

Un combat difficile mais qui aboutira un jour. C’est vrai je traverse des moments difficiles. Je reviens sur les détails de certaines difficultés pour vous. Au début j’ai confié être avec le mouvement CASA-MADIBA, le mouvement avait déjà une maison mais une maison qui n’était pas structurée et reconnue par la commune où j’habitais qui s’appelle Rimini. Donc à travers nos mouvements et revendications intenses, la commune a reconnu la maison. La maison est là en premier lieu pour les personnes sans-abris qui dorment dehors, ils viennent y passer la nuit. Ceux qui n’auront pas la place comme elle ne peut accueillir tout le monde, ils viennent au moins manger. Quand il fait froid, ils peuvent venir se réchauffer dans la maison. Maintenant grâce à notre combat la mairie a reconnu la maison et l’a rénovée. Après qu’est-ce que les gens de CASA-Madiba ont fait c’est des blancs ? Ils ont établi des lois pour interdire la maison à une catégorie de personnes. Ils indiquent que les personnes qui ne dorment pas dedans n’ont aucun droit d’accès. Ils insistent vraiment, pourtant le combat auquel nous avons participé c’est en faveur des gens qui dorment dehors.

Immédiatement j’ai marqué mon opposition, j’ai déclaré qu’en tant qu’acteur ayant pris part à la reconnaissance de la maison, je ne dors pas ici, j’ai mon logement ailleurs mais si vous dites que toute personne qui ne dort pas ici n’a pas le droit d’y entrer, rassurez-vous que moi-même je n’ai aucun droit de venir à la maison parce que je dors ailleurs. Moi j’ai les moyens de dormir dans une maison et manger mais mes frères sans-abris qui sont dehors, si vous leur interdisez la maison, sachez que la même interdiction me concerne. Donc je ne suis pas d’accord. Ils ont compris que j’ai une position on ne peut pas s’entendre.

Est-ce que votre opposition a changé la donne ou bien ça crée une autre situation plus difficile ?

En fait, après avoir exprimé notre désaccord par rapport aux lois liées à la gestion de la maison, ils ont donné ces lois à des frères africains qui étaient avec moi dans la lutte. Ils leur ont dit d’aller faire des réunions pour imposer ces lois-là. Tenez-vous bien ces frères-là ont exécuté la demande exactement comme il était sollicité de faire. A partir de là j’ai écrit au chef du mouvement qui est italien pour lui dire j’ai compris votre message, désormais il n’y a que ma voix qui compte et moi seul je ne peux rien. J’ai bien compris ce que vous avez, tout ce que je peux vous dire, je sors de votre mouvement CASA-MADIBA. J’ai marqué mon retrait. Ils utilisent les frères africains pour nous combattre, moi particulièrement. Là vous comprenez déjà les difficultés.

« Tu mènes un combat pour tes frères.. les mêmes sont utilisés contre toi »

C’est difficile vraiment de combattre pour des personnes qui sont dans la même situation que toi. Des personnes qui doivent te soutenir, ce sont eux plutôt qui se rallient à l’adversaire pour te combattre. Voici tant de difficultés que j’ai rencontrées. Maintenant au niveau du travail aussi, j’ai commencé à travailler avec des entreprises. Ils ont fait en sorte que ceux-là aussi comprennent mon combat. Ils m’ont créé des problèmes jusqu’au licenciement. C’est des petits problèmes et des détails que je rencontre sur le chemin de mon combat.

Est-ce que votre combat revient dans certains journaux du pays ?

Oui ! avant je faisais des directs sur Facebook. Je parle, je dénonce, d’ailleurs c’est ce qui m’a poussé à écrire le livre. Quand je suis arrivé c’était une période de campagne électorale pour les législatives, comme vous le savez en Italie, ce n’est pas un régime présidentiel mais parlementaire.  L’Assemblée élit le président. Les populations votent pour élire les membres de l’Assemblée. Mon arrivée a coïncidé avec cette élection législative. Le parti de la droite était focalisé foncièrement sur l’immigration clandestine. Dans toutes leurs déclarations, ils ne parlent que de cette immigration clandestine. Je n’ai pas eu le temps de les écouter. Tout ce qu’ils racontent sur l’immigration était contraire à la réalité. Il fallait écrire un livre directement. Quand j’ai publié le livre, ils m’ont empêché de le distribuer pour toucher un large public. Finalement j’ai opté pour des vidéos directes afin de dénoncer. J’ai expliqué tous les contours de la situation, un beau matin aussi, j’ai été bloqué sur Facebook, je ne peux plus faire des directs même actuellement je ne peux pas le faire. Actuellement je peux écrire des choses seulement et publier même ça une fois qu’ils voient ils en font des restrictions pour réduire les vues. C’est un blocus.

La liberté d’expression de la presse en Europe n’est pas souvent réelle. Des journalistes me font des interviews sans pouvoir les diffuser.

On le dit souvent que partout en Europe il y a la liberté d’expression et de presse mais en réalité c’est faux, parce que toi qui n’as pas une certaine relation avec les parlementaires ou les puissances, tout ce que tu veux ne passe pas. Voici un blocus. J’avoue que des journalistes viennent souvent vers moi pour des interviews. Quand je dénonce les problèmes, ces journalistes ne réussissent pas à faire passer mon message soit à travers une télé, une radio ou un journal, parce que les chaînes ont toujours une position. Les médias sont soit pour la droite ou pour la gauche. Lors de certaines interviews, des journalistes même me disent qu’ils sont tous de dedans que ça soit la droite ou la gauche parce qu’eux tous ils sont sur l’Afrique. Voici des situations difficiles qui entravent certaines luttes.

Vous avez abandonné ou vous comptez combattre autrement ?

Je ne marque pas d’arrêt, je vais continuer. Heureusement j’ai rencontré aujourd’hui le réseau des communistes Italien. Je travaille avec eux afin que mes idées sortent un peu. Tout dernièrement nous avons tenu des conférences auxquelles nous avons invité des gens. Nous avons évoqué les problèmes en Afrique notamment les guerres financées par les multinationales européennes. Je pense que j’aurais un projet pour présenter de nouveau mon livre et organiser des manifestations pour revendiquer. Le réseau des communistes Italien est prêt à me soutenir. Il y a des moments je suis allé m’associer à un autre mouvement pour défendre les migrants très mal payés dans les champs. Nous avons même occupé des terres quelques temps afin que les migrants cultivent à leur compte et vendent pour eux-mêmes. Nous sommes à l’actif de beaucoup de combats. Un moment aussi on était aux côtés de l’ancien premier ministre italien Giuseppe Conte, Kemi Seba venait tenir des conférences.

Gando ! vous ne recevez pas de menaces au-delà du blocus ?

Les menaces ? vous savez en Europe il y a des droits qui sont écrits. Personne ne peut te menacer comme ça. Quand je suis menacé, je peux porter plainte qui prospère vite. Je ne reçois pas de menaces directes. Ils font à travers des actes. J’ai parlé tout de suite de mon travail que j’ai perdu, on te crée des petits problèmes et des blocus pour t’empêcher d’atteindre l’objectif. C’est ce qu’ils font, mais des menaces directes verbales ou d’une autre manière ils ne peuvent pas, je suis tranquille ; parce qu’il y a des lois qui protègent contre chacune de ces menaces. Ces lois sont valables pour tout le monde, juste il y a des coups bas comme partout. Moi-même j’ai cherché à connaître les lois du pays, dès mon arrivée j’ai acheté les documents qui contiennent les lois y compris une copie de la constitution italienne.

J’ai tout ça pour me protéger et savoir ou mettre les pieds. Pour le moment je n’ai pas reçu de menaces mais on ne sait jamais parce qu’en Italie il y a la Mafia. Ils peuvent même faire disparaître un député et personne ne saura où il est. Mais pour moi ce n’est pas un problème parce que les gens morts dans la mer et le désert ne doivent pas mourir inutilement, il faut défendre leur sort. Les blancs nous vendent des illusions partout ; ils viennent en Afrique, ils créent la misère avec l’argument qu’ils nous aident. Ils viennent donner par exemple 20 millions de dollars à un gouvernement pour dire c’est de l’aide, ils exigent un vaste domaine minier en contrepartie, ces 20 millions perçus ne représentent rien par rapport à ce qu’ils exploitent. Ou bien une aide remboursable qui ne finit jamais. Chaque année des pourcentages sur le montant prêté. C’est ce qu’ils font et ils empêchent les jeunes de voyager vers l’Europe

Merci beaucoup Gando Diallo d’avoir accepté de répondre à nos questions !

Merci à vous aussi africaguinee.com, je suis heureux de savoir qu’il y a des journalistes qui s’intéressent à la lutte que mènent des jeunes africains pour la cause africaine ! Merci à vous.

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le 8 août 2024 20:17

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