Immigration : Dans la peau des femmes dont les maris ont migré vers les États-Unis via le Nicaragua

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CONAKRY- En 2023, près de 60 000 africains dont des guinéens seraient arrivés aux États-Unis via le Nicaragua. Au-delà de la perte des bras valides, ce flux migratoire entraîne des conséquences parfois assez pathétiques dans de nombreux couples et les femmes sont les principales victimes. Plus d’une personne rencontrées à Conakry disent en souffrir dans leurs chairs et dans leurs âmes. Lisez cette enquête exclusive menée par africaguinee.com auprès de quelques femmes de Conakry. Elle est intitulée « dans la peau des victimes de la ruée vers les États-Unis via le Nicaragua»     

MD pleure en silence. Après un premier ennui qui a failli lui faire perdre son foyer, elle est en train d’endurer une autre situation née du voyage de son mari aux Etats-Unis.

 » Moi, personnellement, mon histoire est antérieure à la ruée vers les États-Unis via le Nicaragua.  Je me suis mariée en 2013. Mon mari et moi sommes de la même famille. Deux ans et demi après, mon mari est allé en Angola alors que j’étais en état de famille. J’ai donc accouché à son insu. En 2017, à la demande de mon mari, je suis allée à Pita afin que ma belle-mère m’aide à prendre soin des enfants. J’y suis restée plusieurs années durant. Quand il voulait qu’on échange, il rechargeait mon compte de 100 milles francs-guinéens, généralement les vendredis. Après cinq ans, je lui ai demandé de venir ou de me laisser le rejoindre parce que je ne pouvais plus supporter son absence. J’ai dit la même chose à sa maman mais celle-ci m’a demandé de patienter, le temps pour elle de résoudre ce problème. Depuis 2021, il a arrêté de m’appeler. Depuis, c’est sa mère et son grand frère établi en Angleterre qui assurent la dépense. Entretemps j’ai contracté une grossesse non désirée. Quand j’ai accouché, l’enfant est malheureusement décédé le même jour. Alors, quand mon mari a appris cela, il a appelé sa mère pour lui dire qu’il veut plus de moi. Sa mère m’a demandé de rester jusqu’à son retour ou qu’il meurt parce que seule la mort nous séparerait m’avait-elle dit ce jour.   Il est rentré d’Angola en 2022, il a pris un magasin à Madina et a acheté une parcelle. Son oncle a fait toutes les démarches pour lui, il s’est remarié à une autre fille.   Ma belle-mère était informée, mais elle m’avait demandé de rester calme, elle va résoudre le problème avec mon mari. Un jour, elle m’a demandé de faire mes bagages et ceux des enfants, parce qu’on devait aller à Conakry le lendemain. Nous sommes arrivés un dimanche chez lui, à la T8. Bref, il y a eu une réconciliation entre nous. J’ai même fait un autre enfant qui a 7 mois aujourd’hui. Mais en février 2024, mon mari est parti aux États-Unis via le Nicaragua laissant deux femmes. Nous traversons une situation assez difficile. Parce qu’une femme mariée, qu’elle vous le dise ou non, ne peut pas supporter l’absence de son mari, surtout que nous ne savons pas quand il va revenir. Franchement, pour dire la vérité, nous souffrons beaucoup », a-t-elle expliqué.

 

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MD n’est pas seule dans cette situation. Comme elle ; H.B que nous avons également rencontrée. Sans tabou elle a expliqué ce qu’elle est en train de subir depuis le départ de son mari pour les États-Unis en passant par le Nicaragua.

 « Je me suis mariée avec lui quand j’avais 17 ans. J’ai fait quatre enfants pour lui mais cela ne l’a pas empêché de partir. Quand il faisait les démarches, je lui avais dit de ne pas partir et de me laisser avec les enfants, parce que sa situation était bonne ici parce qu’il a trois magasins. Mais il a fait la sourde oreille et est parti. Donc, actuellement, je traverse une situation très compliquée. Parce que je suis habituée à lui, on sortait ensemble et on faisait tout ensemble. Mais depuis qu’il est parti, même pour parler avec lui, c’est très compliqué. Parfois, il m’appelle à 1 heure du matin, heure de Conakry, pendant que je dors.  Parfois, si je ne décroche pas, il crie sur moi le lendemain en demandant où j’étais partie. Voyez-vous c’est très difficile à supporter pour moi« , a-t-elle témoigné.

 

Comme MD et HB, l’époux de A.T. est allé aux États-Unis via le Nicaragua seulement une semaine après leur mariage. Sans concession, elle raconte une histoire particulièrement pathétique.

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 « Moi, je me suis mariée il y a juste quelques mois. Mais mon mari a fait simultanément deux démarches :l’ une pour le mariage, l’autre pour le voyage aux Etats-Unis en passant par le Nicaragua. Donc, nous avons passé seulement une semaine après le mariage ; il a pris son vol le Nicaragua, puis le Mexique enfin les États-Unis. Quand nous préparions le mariage, il ne m’avait pas dit qu’il préparait ce voyage. Sinon, je n’aurais pas accepté le mariage, parce qu’actuellement, je souffre beaucoup de son absence. Pouvez-vous imaginer cela ? : tu te maries et ton mari te quitte comme ça. Il m’appelle pour me dire de patienter, mais c’est très difficile pour moi, parce que je ne sais pas quand il va revenir, surtout avec l’élection de Donald Trump. Mais ma famille et la sienne me demandent de patienter pour voir la situation. Cependant, si cela continue, je risque de divorcer avec lui parce que l’amour, c’est quand tu es présent. Il ne peut pas rester à distance comme ça pour parler d’amour. Ce n’est pas de l’amour, ça, c’est de l’hypocrisie », a-t-elle indiqué.

Une enquête réalisée par Mamadou Yaya Bah  

Pour Africaguinee.com 

Créé le 18 novembre 2024 19:00

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