Immersion à l’ENAE de Tolo (Mamou) : un centre de référence tombé en disgrâce…

MAMOU-Par le passé, l’Ecole Nationale d’Agriculture et d’Élevage (ENAE)de Tolo était un temple du savoir assez sollicitée en Afrique de l’Ouest. Elle attirait la convoitise des amoureux de la terre de toute la région. C’est l’une des premières écoles dans ce domaine dans la sous-région et offrait un enseignement de très haut niveau. Elle accueillait de nombreux étudiants guinéens et étrangers.

Au nombre des sommités guinéennes, passées par l’ENAE de Tolo on peut citer entre autres El hadj Sory Doumbouya, chancelier de l’ordre national du mérite au temps de feu général Lansana Conté, El hadj Saifoulaye Diallo, premier président de l’Assemblée Nationale ; Coumba Kourouma de la météo d’alors pour ne citer que ceux-là.

Sous le régime de feu Ahmed Sékou Touré, l’ENAE de Tolo était considérée comme une vitrine. Situé à 23 km du chef-lieu de la préfecture de Mamou, cet établissement à régime d’internat était prédestiné à devenir un centre de référence dans la formation et l’insertion des techniciens agropastoraux.

Créée en 1932 sous l’appellation Ecole de Labour du Fouta, cette école a connu plusieurs de mutations nominatives.  En 1948, elle a épousé le nom de Centre d’Apprentissage Agricole, puis Ecole de Formation Polytechnique en 1958, transformée en Ecole Nationale d’Agriculture en 1967, ensuite faculté des sciences agro-technique en 1975. En 1985, un an après la prise du pouvoir par le CMRN avec à sa tête à l’époque, le colonel Lansana Conté, elle a été baptisée Ecole Nationale d’Agriculture et d’Elevage, son nom actuel.

L’ENAE de Tolo compte deux (2) filières qui sont : l’agriculture et l’élevage. Cette année, elle ne comptabilise que 48 apprenants. Nous trouvons Alhassane Bah en pleine activité dans son vaste champ d’aubergine. Diplômé à l’ENAE de Tolo, cet agriculteur a préféré quitter la capitale pour s’installer à Tolo.  Il nous a partagé ses motivations.

« Nous mettons en pratique ce que nous avons appris ici. Après la formation, l’école nous a prêté un domaine et on travaille ici. On fait des aubergines et beaucoup d’autres légumes. Connaître ce qu’il faut semer pour obtenir des rendements considérables est notre secret. Nous sommes aussi accompagnés par les responsables de l’école. Après la formation, c’est de chercher soi-même ce qui est bon.  Moi, je viens de Conakry, mais je préfère rester et travailler à Tolo ici », explique ce diplômé en agriculture.

Sékou Touré avait beaucoup misé sur cette école

Selon ce membre fondateur de l’amical des anciens de Tolo, l’ENAE servait toute la moyenne Guinée en plants.

« Tolo produisait des plants de reboisement et des arbres fruitiers. Cette école ravitaille toute la moyenne guinée en plants de façon gratuite. Des étudiants venaient de plusieurs pays africains. Du Mali, du Bénin et du Sénégal. On a appris quand on était là-bas que des cadres comme El hadj Sory Doumbouya, Coumba Kourouma et même El hadj Saifoulaye Diallo ont étudié à Tolo. Mais, El hadj Saifoulaye n’avait pas pu tenir. Donc, il avait abandonné à cause des travaux qui étaient assez difficiles. Les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent plus l’importance de cette école.

Avant, ceux qui venaient même pour dispenser les cours étaient des cadres très solides. Sékou avait tenu à ce que Tolo soit toujours une école moderne. Quand nous étions là-bas dans les années 60, il visitait régulièrement cette école. C’est en ce moment que nous lui avons posé le problème de l’électrification de Tolo. Il était accompagné de Saifoulaye, de Béavogui et de nombreux ministres. Sékou avait dit ce jour que Tolo devait être un centre de recherche et de production de semences maraîchères.

C’est pourquoi depuis ce temps-là Tolo s’est beaucoup plus donné à la production des légumes qu’à d’autres productions. Comme Kinkon venait de finir, ils ont tiré une ligne pour envoyer le courant à Tolo. Je faisais partie de ceux qui l’ont rencontré à Dalaba pour cette électrification. Quand on terminait les études à Tolo, on nous recrutait directement », confie El Moussa Béla Keita.

Faible taux de fréquentation et assez de défis

Le faible taux de fréquentation de cette école est dû au processus de recrutement initié par le département de l’enseignement technique et de la formation professionnelle ; processus auquel les candidats n’étaient pas habitués, indique l’actuelle directrice générale de l’établissement.

« Cette année 2025 on n’a que 48 apprenants dont 4 filles, parce que le recrutement a posé problème. C’est fait sur le parcours pro que les enfants n’ont pas pu maîtriser. Ceux qui ont pu venir à l’école ici, on les avait appris comment le faire. Les autres ont tout fait mais ça n’avait pas marché. Ensuite, il y a cette question de niveau brevet. Cela aussi a joué sur le recrutement. Tous les enfants n’ont pas le courage d’avoir le brevet et venir par-là, échouer au bac et venir par là. Mais si on nous permettait de recruter des enfants qui ont échoué au brevet, là je sais qu’il allait y avoir assez d’engouement.  80% des cours sont pratiques et 20% consacrés à la théorie.

Nous, notre politique c’est d’octroyer les parcelles aux sortants mais aussi à ceux qui sont sur le banc. Nous octroyons les parcelles et nous les suivons jusqu’à la récolte. C’est ici qu’ils apprendront à être indépendants. C’est pourquoi, pendant les vacances, ils payeront d’eux même le transport pour rejoindre leurs différentes localités. Certains demandent de l’argent à leurs parents à la fin des études, d’autres nous demandent des parcelles pour rester et travailler ici. D’autres particuliers aussi nous demandent les sortants pour les employer. On a des fermes et des champs d’agricultures gérés par les apprenants. Les domaines et les fermes nous appartiennent mais ils produisent pour eux-mêmes. Ils ont des lapins et des poulettes. On a du matériel. L’AFD nous a même envoyé du nouveau. C’est la remise seulement qui reste.  Mais pour les tracteurs, on en a encore besoin. On a un ici et un autre, le plus garantit et plus utile, malheureusement est tombé en panne. J’ai cherché la pièce un peu partout, en vain. On a aussi besoin d’accessoires ou de pièces de rechange. Sinon, les tracteurs tombent beaucoup plus en panne et il n’y a pas de pièces ici.

Le principal problème, c’est le manque d’eau. A l’heure où je vous parle, le marigot se tarit. Ça a tout le temps été mes plaidoiries. Nous voulons des puits maraîchers dans nos champs. Sans eau on ne pourra rien. L’année dernière c’est l’inondation qui a tout détruit. On avait des champs de maïs, mais à l’approche de la récolte, la pluie a tout pillé. Il y avait eu une inondation, l’eau a drainé des serpents, je ne pouvais pas envoyer les enfants. Donc on avait tout perdu. Le barrage nous servait beaucoup. Mais les riverains l’ont agressé à partir du pont. L’année dernière, ce sont des femmes qui venaient pour pêcher les poissons. Mais, elles le font avec des seaux. C’est ça le problème. On avait mis la dernière fois 25 sacs de pomme de terre pour ne récolter que 3 sacs. Tout cela, c’est par manque d’eau.

Si on avait de l’eau, je ne dis pas qu’on allait ravitailler la moyenne Guinée, mais pour Mamou on allait sciemment le faire. Cette année, les gens ont dit, ne faisons pas le maïs sinon la pluie va détruire encore. J’ai dit qu’on va le faire. Si on avait de l’eau on pourrait produire même en saison sèche. Nous avons une pisciculture et nous faisons régulièrement de la pêche, nous avons des volailles, des bœufs, des moutons, des lapins et des porcs. Nous apprenons aux villageois la pisciculture, l’élevage des poussins et des lapins.

On a besoin aussi d’une clôture, des intrants à temps. Nous, les enfants, partent en vacances en saison des pluies. Et c’est en ce moment que ça travaille de plus dans les champs. On aura plus de main d’œuvre. Mais, si on a de l’eau, on peut anticiper nos travaux. Nos locaux ont été rénovés quand même. Un temps, les élèves se décourageaient. Les bâtiments étaient complètement délabrés. Grâce à l’appui de l’Etat, ce problème a été résolu », explique Madame M’Balou Keita.

De retour de Tolo, Habib Samaké

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 mars 2025 07:50

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