Île de Room : un paradis naturel en quête de développement

Située à une trentaine de minutes de Boulbinet en bateau, dans la commune de Kaloum, l’île de Room offre un cadre idyllique, parfait pour un week-end ou quelques jours de détente. Cet espace de terre, entouré par la mer, attire aussi bien des touristes étrangers que des Guinéens en quête de nature.

Relativement épargnée par la pollution, Room séduit par ses plages propres, sa brise marine et son atmosphère paisible. Mais derrière ce décor paradisiaque, se cache une réalité plus difficile : celle d’une communauté qui lutte pour l’eau, l’électricité et des services sociaux de base. Ce samedi 2 novembre 2025, un journaliste d’Africaguinee.com y a passé la journée.

À Room, l’environnement semble encore relativement préservé des impacts des activités humaines. En ce début de saison sèche, les plages restent étonnamment propres, loin des amoncellements de déchets qu’on observe ailleurs. L’air y est pur, et les nombreux arbres contribuent à rafraîchir les plages grâce à la brise marine.

Autant d’atouts qui font de Room un lieu de prédilection pour de nombreux visiteurs, nationaux comme étrangers.

La pêche, principal moyen de subsistance

À Room, la pêche artisanale constitue l’activité principale des habitants. L’agriculture, autrefois pratiquée, a presque disparu. Aujourd’hui, cette activité est délaissée à cause des dégâts causés par l’élevage de petits bétails, qui détruit les cultures.
Face à cette situation, la majorité des citoyens s’est tournée vers la pêche, tout en tirant profit de la visite des touristes.

 

Pour se procurer les denrées de base — riz, sucre, eau potable — les habitants sont obligés de se rendre soit à Kaloum, soit dans la commune rurale de Kassa, dont l’île dépend administrativement.

Aboubacar Camara, surnommé Baabou Titi, est chef de la jeunesse de Room. Il vit de la pêche artisanale.

Je suis né et j’ai grandi ici. Je pratique la pêche artisanale, c’est d’ailleurs la principale activité du village”, explique-t-il.

La plage, autre source de revenus pour la collectivité

À Room, une organisation communautaire a été mise en place pour gérer les recettes issues de la plage. Le ticket d’accès est fixé à 10 000 Gnf. Le chef de la jeunesse, Aboubacar Camara, explique comment les bénéfices sont répartis :

Les revenus générés au niveau de la plage sont divisés en trois parts : une partie revient à la commune urbaine de Kassa, dont dépend notre localité ; une autre au ministère du Tourisme ; et la dernière est destinée à la communauté”, explique-t-il.

La part revenant à la communauté sert principalement à soutenir l’école du village, notamment pour la rémunération des enseignants contractuels et l’entretien des infrastructures scolaires.

Nous utilisons une partie de cet argent pour payer les enseignants contractuels, rénover les tables-bancs et entretenir l’école”, précise le chef de la jeunesse.

L’île abrite également des bâtiments appartenant à des particuliers, notamment à des Libanais et d’autres promoteurs immobiliers. Ceux-ci s’acquittent régulièrement de taxes versées à la communauté, ajoute notre interlocuteur.

La pêche artisanale face aux industriels

Si la pêche artisanale demeure l’activité principale des habitants, elle fait face à une rude concurrence des bateaux industriels. Ces derniers, selon Aboubacar Camara, opèrent dans les mêmes zones de pêche, alors que des limites maritimes auraient été fixées par les autorités compétentes. Une situation qui met en péril les revenus des pêcheurs et la survie de leurs familles.

Nous rencontrons beaucoup de difficultés. Nous pouvons aller en haute mer avec notre matériel acheté à prix d’or, comme les filets. Nous les déposons à environ six kilomètres, puis nous rentrons. Mais le lendemain, lorsque nous revenons, nous constatons que les bateaux industriels ont tout emporté. Cela arrive parce qu’ils viennent pêcher dans la même zone que nous”, déplore-t-il.

M. Camara note tout de même que les accidents en mer sont aujourd’hui moins fréquents qu’auparavant.

Un manque criard d’infrastructures sociales

L’île de Room ne dispose que d’une seule école primaire, selon notre source. Une fois admis au collège, les élèves sont obligés de poursuivre leurs études à Kassa ou à Conakry.

 

Des puits hors usages

L’école que nous avons ici s’arrête à la 6e année. Une fois admis au collège, tu es obligé de changer. Soit tu envoies ton enfant à Kassa, où il y a désormais un collège et un lycée, soit à Conakry. Mais si tu n’as personne pour accueillir ton enfant, tu es obligé d’arrêter ses études pour lui apprendre la pêche”, explique monsieur Camara.

Une dépendance qui fragilise la vie locale

À Room, il n’existe pas de réseau d’eau potable de la SEG. Pour boire, les habitants sont contraints d’acheter des sachets d’eau minérale à Kassa ou à Conakry.

Nous n’avons pas d’eau potable. Nous avons des puits, mais pendant la saison sèche, l’eau devient salée. Nous préférons aller à Conakry acheter les sachets d’eau pour nos besoins en boisson. C’est l’une de nos plus grandes difficultés, et nous demandons l’aide des autorités”, sollicite le chef de la jeunesse de l’île.

Fatoumata Camara, surnommée Saa Maré, est une habitante de longue date. Profitant de la présence des médias, elle exprime les préoccupations des femmes de l’île :

Nous souffrons beaucoup. Nous n’avons pas d’hôpital ici, pas d’électricité non plus. Surtout pour les urgences médicales, c’est très difficile : s’il y a un malade, il n’y a pas de pirogue pour l’évacuer. Nous demandons de l’aide au gouvernement pour avoir de l’eau potable, de l’électricité, un hôpital et une pirogue d’urgence. Les femmes ne peuvent même pas accoucher ici. Quand on transporte un malade vers Conakry, il arrive souvent épuisé, parfois dans un état critique. Nous voulons des soins de santé de proximité et de bons médecins”, plaide-t-elle.

Les atouts touristiques de Room

Malgré ces difficultés, l’île conserve un charme naturel et un fort potentiel touristique, comme le souligne Aboubacar Camara, alias Baabou Titi :

En plus de la belle plage, nous avons des poissons uniques que vous ne trouverez pas facilement à Conakry. Notre plage est magnifique, plus belle que celles de la capitale. C’est un endroit idéal pour passer un bon moment, loin du bruit et du stress de la ville”, lance-t-il.

Des initiatives locales porteuses d’espoir

En dépit des nombreuses difficultés, certains habitants de l’île de Room prennent des initiatives pour rendre les lieux plus modernes et plus vivables. De nouvelles constructions voient le jour, et plusieurs jeunes se lancent dans la restauration à base de produits de mer.

C’est le cas de Moussa Konkoba, diplômé en gestion hôtelière, qui a ouvert un petit restaurant il y a quelques années. Avec des moyens modestes, il emploie déjà plusieurs jeunes de la localité.

J’ai fait ma formation à Conakry. J’ai ouvert un restaurant où je revends des poissons comme le capitaine et la gamba. Ces poissons sont très bons. Il y a aussi ce qu’on appelle le barracuda, un poisson assez long. Mon restaurant est fait en paillote. La saison touristique vient de commencer et, pendant les six mois de saison sèche, les affaires marchent plutôt bien. La fréquentation augmente progressivement”, explique-t-il.

Pour ce jeune restaurateur, l’État devrait accompagner les initiatives privées en investissant dans l’immobilier et le tourisme local.

L’État peut construire des hôtels pour permettre aux spécialistes du domaine d’y travailler. Cela créerait de l’emploi et réduirait la pauvreté, parce que les gens auraient de quoi vivre. L’investissement immobilier est important ici”, préconise Moussa Konkoba.

Un lieu qui a besoin de plus pour offrir mieux

Malgré ses défis, l’île de Room reste un refuge paisible pour les Guinéens et les étrangers en quête de détente. Ce jeune étudiant guinéen, venu de Turquie pour passer la journée à la plage avec ses amis, ne cache pas son admiration :

C’est un bon endroit, très agréable. Mais il y a encore des choses à aménager. Par exemple, les roches doivent être arrangées. Mis à part cela, le climat est adorable, l’environnement est beau. J’invite les gens à venir découvrir cette plage et à y passer d’agréables moments”, témoigne Sékou Condé, étudiant.

Room, un paradis qui mérite mieux

Malgré son potentiel touristique et environnemental, elle reste en marge des priorités publiques.

Un investissement bien orienté pourrait non seulement rapporter davantage à l’État, mais aussi améliorer les conditions de vie des populations locales qui, aujourd’hui encore, se battent pour faire vivre ce coin de paradis.

Un reportage de Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 3 novembre 2025 13:05

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