Hoore-Dimma : faute de centre de santé, des enseignants cèdent leurs logements
LABE– À Hoore-Dimma, localité nichée à la source du fleuve Gambie, la réalité quotidienne des habitants est un paradoxe amer. Alors que le village se sacrifie pour préserver un patrimoine hydrique dont bénéficie toute une région, ses propres citoyens croupissent dans un dénuement extrême. Entre manque d’eau, un poste de santé de fortune aménagé dans les anciens logements d’enseignants et une école portée à bout de bras par la communauté, le district semble oublié par l’État. Plongée au cœur d’une communauté résiliente qui, entre promesses non tenues et enclavement géographique, réclame le droit élémentaire à la santé et à l’éducation. Reportage.

District de la commune rurale de Tountouroun, Hoore-Dimma cumule les manques. Ici, l’accès aux soins de santé relève d’un parcours de combattant, a constaté sur place Africaguinee.com. Elhadj Boubacar Diallo, septuagénaire et ancien président du district de Hoore-Dimma a vu le temps passé mais pas le développement. Ce matin nous l’avons trouvé au poste santé contiguë à l’école du village :
« Ce poste de santé pour ne pas dire qu’on en n’a pas du tout mais c’est de nom. Compte-tenu de la distance entre le centre et nous, il fallait y penser. Sinon rien n’est prévu dans ce sens. C’est le logement des enseignants qui est réquisitionné ici. Nous avions fait la demande avant, on nous a promis un agent de santé au cas où on trouve un bâtiment pour servir de poste de santé. Si c’est un cas grave nous sommes contraints d’aller ailleurs.

Les besoins sont énormes à Hoore-Dimma. Les aides et les actions de développement manquent beaucoup ici. Tout se limite à nos moyens. Nous entendons beaucoup d’annonces et de promesses mais aucune n’a jamais été concrétisée. L’école qui est là aussi, tout vient de nous et de nos ressortissants. La main du gouvernement n’est pas là encore. Le paradoxe est qu’on protège la source d’eau, beaucoup de pays vivent du fleuve mais nous rien. On se prive de tout pour la survie du fleuve, mais c’est d’autres qui en bénéficient. On souhaiterait bénéficier aussi des avantages du fleuve Gambie », a-t-il témoigné.
Neene Aissatou Diallo, quinquagénaire, est patiente. Elle est venue prendre des injections après une consultation. Comme toutes les autres femmes du village, elle sollicite une meilleure structure de santé :

« Pour le moment, on se débrouille avec le poste de santé que vous voyez là. Mais on veut toujours mieux pour une meilleure qualité de soins. Nous recevons les soins ici avec les moyens de bord. Nous sollicitons auprès des bailleurs la construction d’un poste de santé. Ce sont les enfants et les femmes qui fréquentent plus ici. Si on n’y trouve pas les soins appropriés, nous sommes obligés d’aller à Tountouroun ou à Labé. Le mieux pour nous c’est d’avoir tout sur place. Le déplacement est difficile, à l’aller comme au retour. C’est une souffrance énorme pour les patients. Vivement l’amélioration des conditions de soins et du travail sur place. On m’a prescrit des injections je suis venue pour prendre la dernière.»
Docteur Thierno Saliou Bailo Diallo est l’infirmier en service à Hoore-Dimma. Il y est affecté par la direction préfectorale de la santé de Labé depuis 2013 pour appuyer le village parce que l’accès aux soins constitue un véritable problème :

« Je suis là au service de la communauté. Les patients viennent de temps en temps. Le président de district, les sages et les femmes œuvrent pour la participation de tous. On travaille dans des conditions plus ou moins difficiles, les besoins sont là. L’accès pose problème, on fait ce qu’on peut mais dès qu’il y a une référence on l’oriente vers Tountouroun Centre et les engins ne sont pas nombreux pour le transport. On traite ici les IRA (infection respiratoire aigüe), la toux ; les cas de paludisme. On suit les femmes en état de famille, les CPN et les accouchements mais pour des cas compliqués on les transfère au centre de santé de Tountouroun. Mais l’environnement de travail n’est pas adapté. On a besoin d’un poste de santé digne d’être équipé. C’est un logement qui est transformé en poste de santé ; c’est exigu » se plaint l’infirmier Dr Bailo Diallo.

L’école du village compte 5 salles de classes aussi construites par la Communauté et la plupart des enseignants constituent un poids pour les parents d’élèves. Un seul enseignant est pris en charge par l’Etat, les autres sont des contractuels communautaires. C’est l’an dernier que 3 titulaires ont été affectés à Hoore-Dimma, maintenant ce sont 2 sur les 5 qui sont payés par les parents d’élèves.
Alpha Ousmane Bah
De retour de Hoore-Dimma
Pour Africaguinee.com
Tel. (+224) 664 93 45 45
Créé le 29 janvier 2026 13:36









