Guinée : Mariama Ciré Sylla détaille les grands réajustements du budget de l’État (entretien)

CONAKRY- Au terme de l’adoption du volet dépenses de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l’Assemblée nationale, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a apporté des précisions sur les principaux réajustements opérés dans le budget de l’État. Entre renforcement des dépenses sociales, maintien de la subvention sur les produits pétroliers, réaménagement des projets d’investissement et financement du déficit budgétaire, elle revient sur les choix du gouvernement et les prochaines étapes de leur mise en œuvre.

AFRICAGUINEE.COM : L’Assemblée nationale vient d’adopter la Loi de finances rectificative 2026, notamment son volet dépenses. Quel bilan faites-vous de cette adoption et quels sont les principaux ajustements apportés au budget de l’État pour cette année ?

MARIAMA CIRÉ SYLLA : Nous nous réjouissons du vote favorable de l’Assemblée nationale sur le projet de Loi de finances rectificative pour l’année 2026. Nous remercions l’Assemblée nationale, notamment son président et les honorables députés, pour ce vote de confiance, qui permet au gouvernement d’avancer avec des ajustements et des réajustements importants dans le budget national.

Ces réajustements vont nous permettre de prendre en compte l’évolution du contexte international depuis l’adoption de la loi de finances initiale, mais également les besoins urgents des populations.

Nous sommes donc satisfaits. Ce projet de loi de finances est important. Il porte les dépenses de l’État à 67 925 milliards de francs guinéens pour cette année, soit une augmentation de 5,8 %. Les recettes, quant à elles, sont portées à 60 060 milliards de francs guinéens, soit une progression de 7,5 %. Cette évolution s’explique notamment par l’augmentation des recettes intérieures collectées par l’État guinéen. C’est une tendance positive.

Ce projet prévoit également une augmentation des dépenses dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il s’agit notamment du renforcement des moyens de fonctionnement de 155 postes de santé et de plus de 2 500 centres de santé à travers le pays, de l’équipement des centres d’hémodialyse et des hôpitaux régionaux, du renforcement de la disponibilité des médicaments et des vaccins, ainsi que de l’appui au fonctionnement de l’hôpital Donka, entre autres.

Dans le secteur éducatif, cette loi prévoit également la prise en charge de 4 500 enseignants, afin de renforcer leur présence, notamment dans les écoles à l’intérieur du pays. Elle permet aussi de poursuivre le projet de construction de 1 600 points d’eau dans plusieurs localités de la Guinée. Au-delà des investissements dans les infrastructures, ce projet de loi revêt donc un visage humain. Il vise à renforcer l’accès des populations aux services sociaux de base, notamment l’éducation et la santé, mais aussi à protéger leur pouvoir d’achat.

Cette protection passe notamment par le maintien d’une subvention importante, qui avoisine les 500 millions de dollars et permet de maintenir le prix du carburant à la pompe à 12 000 francs guinéens le litre. Plusieurs pays, y compris ceux de notre voisinage, ont augmenté les prix du carburant en raison du contexte international marqué par la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur le prix du baril de pétrole.

Cette décision s’inscrit dans la droite ligne des priorités du président de la République, qui consistent à protéger le pouvoir d’achat des Guinéens et le panier de la ménagère, afin que les répercussions de cette crise internationale ne se fassent pas trop ressentir dans leur quotidien.

C’est donc un budget qui permet de soutenir les dépenses sociales, de protéger le pouvoir d’achat des Guinéens, mais aussi de poursuivre les investissements structurants à l’intérieur du pays, notamment dans les secteurs de l’agriculture, des infrastructures et de l’énergie. Ce dernier secteur est essentiel pour l’agenda du chef de l’État, le président Mamadi Doumbouya, qui ambitionne de transformer localement les ressources que nous produisons.

Nous terminons ainsi une étape importante. Désormais, l’heure est à l’exécution et à l’accélération de la mise en œuvre de nos projets à l’intérieur du pays.

Vous présentez un budget ambitieux, mais qui reste déficitaire. Comment le gouvernement compte-t-il financer ce déficit ?

Nous avons effectivement un déficit de 2,01 %, qui est d’ailleurs en baisse par rapport au déficit initialement prévu, qui était de 2,07 %. Nous disposons de plusieurs mécanismes de financement. Nous avons notamment le financement extérieur (FINEX), qui viendra en appui. Nous avons également d’autres ressources qui nous permettront d’équilibrer ce budget.

Des députés ont exprimé leurs inquiétudes concernant les faibles décaissements, voire l’absence de décaissements, dans certains secteurs, notamment l’agriculture. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

Nous avons véritablement salué les recommandations des députés, qui étaient très bénéfiques et utiles. Ils ont notamment insisté sur la nécessité d’accélérer l’exécution des projets dans plusieurs domaines, dont le secteur agricole.

Effectivement, cette Loi de finances rectificative nous a permis de réajuster les projets d’investissement. Certains projets n’étaient pas prêts à être décaissés parce que des études préalables manquaient. D’autres étaient bloqués parce qu’il fallait déplacer des personnes occupant les terrains sur lesquels les projets devaient être exécutés.

Il y avait également des difficultés liées aux emprises, notamment la nécessité de déplacer des fibres optiques ou des installations électriques. Tous ces facteurs ont occasionné des retards.

La Loi de finances rectificative nous a donc permis de prendre en compte ces réalités, afin de maintenir les projets qui sont prêts à être exécutés et susceptibles de produire des résultats à court terme, tout en prenant également en compte les projets essentiels, suffisamment avancés et susceptibles d’avoir un effet transformateur.

Nous avons retiré du budget, comme cela se fait dans le cadre des lois de finances rectificatives, les projets confrontés aux difficultés évoquées précédemment et qui ne sont pas suffisamment mûrs pour permettre des décaissements immédiats.

Nous avons également présenté les différentes réformes actuellement mises en œuvre par le gouvernement, notamment la digitalisation des marchés publics et les systèmes de digitalisation du contrôle financier. Il y a aussi « L’Œil du Trésor », qui permet d’accélérer les délais d’exécution des paiements.

Nous avons par ailleurs présenté le plan du gouvernement visant à renforcer les capacités des ministères sectoriels ainsi que celles du ministère de l’Économie et des Finances, qui joue un rôle transversal. L’objectif est de nous permettre d’absorber efficacement l’ensemble des financements et de mettre en œuvre tous les projets prévus dans le cadre du programme Simandou 2040.

C’est un programme qui a été lancé et qui est actuellement en phase de montée en puissance. Les députés ont insisté sur l’importance d’accélérer les projets. Nous partageons cette préoccupation et saluons leurs recommandations pour que les décaissements puissent suivre le rythme d’exécution des projets.

L’État consacre plusieurs milliers de milliards de francs guinéens à la subvention des produits pétroliers pour maintenir le prix du litre de carburant à 12 000 francs guinéens. Combien de temps le gouvernement pourra-t-il maintenir cet effort financier ?

Rires

Propos recueillis par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 novembre 2026 11:01

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