Guinée: Des militaires inculpés encore sous la protection du Gouvernement ?

Moussa Dadis Camara chef du CNDD et certains militaires inculpés dans le massacre du 28 septembre 2009

CONAKRY-Dix années après l’horreur de la journée du 28 septembre 2009 au cours duquel au moins 157 personnes ont été tuées au stade du même nom, les blessures peinent à se cicatriser. Victimes et parents de cet effroi, qui s'opposaient à la candidature de Moussa Dadis Camara à la présidentielle, attendent toujours un procès dont la date n’est pas dévoilée. Pourtant une dizaine de militaires a été inculpée puis renvoyée devant le tribunal criminel de Dixinn.

Quels sont-ils ?

Moussa Dadis Camara, ex chef de la junte au pouvoir à l’époque, le Général Mamadouba Toto Camara, ex numéro 2 du CNDD, le commandant Toumba Dikité, les colonels Moussa Thiegboro Camara, actuel patron des services spéciaux, Jean Claude Pivi alias Coplan ministre en charge de sécurité présidentielle tombé en disgrâce, Abdulaye Chérif Diaby, ancien ministre de la Santé du CNDD, Blaise Gomou, actuel procureur du Tribunal militaire, sont entre autres les grandes figures de l’armée inculpées dans ce massacre. Exceptés Toumba Diakité et Marcel Guilavogui, tous les autres sont aujourd’hui en liberté.  Mieux, les colonels Thiegboro, Blaise Gomou et Claude Pivi servent encore dans l’administration. Mais pourquoi ?

Sont-ils protégés par le Gouvernement ?

Un défenseur des droits de l’homme que nous avons interrogé souligne que le constat est sans équivoque. Selon lui, dès lors que ces personnes ont bénéficié d’une promotion ou d’un décret présidentiel avec tous les avantages liés au poste, il est indéniable qu’il y a effectivement une protection tacite de la part du gouvernement.

‘’ Il faut rappeler que lors du conseil des droits de l’Homme en 2017, l’une des recommandations qui avait été faite à l’endroit du gouvernement guinéen était de mettre en congé provisoire tous les présumés auteurs ou tous les accusés pour crimes contre l’humanité dans le dossier du 28 septembre. Malheureusement cette recommandation n’a jamais été appliquée par le gouvernement guinéen. Donc tacitement nous estimons que c’est une mesure protectionniste dont bénéficient ces gens. D’ailleurs je vous rappelle que dès lors que les crimes ont été requalifiés de crimes ordinaires, ce qui nous choque et choque les victimes également, nous estimons que ces personnes pourraient bénéficier de peines minimales. Pour des cas de coups et blessures volontaires, de cas de tentatives d’assassinat (…), et il sera très difficile pour les juges d’établir réellement qui est l’auteur des tirs dans ce brouhaha du Stade du 28 septembre.  Or, si on était dans un schéma de crime contre l’humanité comme l’ont mentionné les Nations-Unies dans leur rapport, il y aurait eu une responsabilité hiérarchique qui aurait été établie parce qu’il y a ce qu’on appelle la responsabilité de commandement au niveau du droit pénal international. Malheureusement là,  nous tombons sur le coup du droit interne et du droit guinéen et nous connaissons que les juges guinéens n’ayant jamais fait face à des crimes de masse ne seront pas en mesure d’établir les responsabilités et de prononcer des peines maximales’’ a regretté Boussiriou Diallo, Chargé de communication de la coalition guinéenne pour la Cour pénale Internationale (CPI).

Ne comprenant pas pourquoi certains inculpés sont en liberté tandis que d’autres sont en prison, ce défenseur des droits humains dénonce aussi une politique de deux poids-deux mesures. ‘’ La justice doit être équitable et indépendante vis-à-vis de toutes les parties. Elle doit fonctionner selon les règles de Droit. Dès lors qu’il y a des personnes qui sont en prison depuis 2010 (…), nous ne comprenons pas pourquoi d’autres officiers militaires devraient continuer à bénéficier des largesses du pouvoir. Bien entendu entre autres, il s’agit du Colonel Claude Pivi de la garde présidentielle, du Colonel Moussa Tiegboro, secrétaire d’Etat de la lutte Anti-drogue  et également du colonel Blaise Gomou qui est de surcroit le procureur du Tribunal militaire. Imaginez qu’un accusé de crime contre l’humanité soit commis à de telles fonctions ! Nous estimons que c’est une entrave grave réellement pour les intérêts des victimes. Malgré elles, ces victimes continuent à être narguées par les bourreaux qui sont là qui bénéficient des moyens logistiques et administratifs très importants. Cela ne peut que développer le traumatisme chez les victimes qui, il faut le rappeler sont dans un état d’abandon total de la part de l’Etat’’, a fustigé Boussiriou Diallo.

Le 28 septembre 2009, des milliers de militants de l’opposition ont déferlé vers le stade de Conakry  pour réclamer une élection présidentielle sans le chef de la junte Moussa Dadis Camara, qui, contrairement à ses engagements lorsqu’il avait pris  le pouvoir en décembre 2008, a changé de langage en  envisageant désormais de se présenter. En quelques mois, l’espoir suscité par le coup d’Etat du capitaine Dadis après la mort du Général Lansana Conté a fondu comme de la neige sous le soleil. Le rassemblement de l’opposition le 28 septembre pourtant interdit par les autorités, est un succès dans son volet mobilisation. Mais la manifestation a viré à un bain de sang. Plus de 157 personnes tuées, une centaine  de femmes violées, des portés disparus, un millier de blessés, des handicapés à vie, selon les conclusions menées par des experts de l’ONU.

La clôture de l’instruction du dossier intervenue au mois de juillet 2019 a fait naître un vent d’espoir chez les victimes, malgré certains obstacles qui restent encore à franchir avant d’aboutir à un procès. Le bouclage du budget, la construction de la salle d’audience, etc. En fin d’année, la Cour Pénale Internationale sortira un rapport sur la Guinée. Boussouriou Diallo avertit que la Guinée est jusqu’à présent placée sous examen préliminaire au bureau du procureur de la cour pénale internationale. Ceci étant, cette cour pourrait intervenir en cas d’incapacité ou de manque de volonté politique de la part des autorités guinéennes d’apporter une réponse claire à ces crimes qualifiés par les Nations-Unies comme étant des crimes contre l’humanité.

Dossier à suivre…

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tel: (+224) 655 31 11 13

Créé le 27 septembre 2019 10:48

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