Gouvernement de la Vème République : « Il y a de l’espoir avec cette équipe », selon Dr Ben Youssouf Keita

CONAKRY- Au lendemain de la formation du premier gouvernement de la Ve République, Africaguinee.com a interrogé Dr Ben Youssouf Keita, ancien président de la Commission Santé au Parlement. L’ancien député livre une analyse enthousiaste de la nouvelle équipe dirigée par Amadou Oury Bah. Interview exclusive.

AFRICAGUINEE.COM : Quelle appréciation globale faites-vous de la composition du premier gouvernement de la Ve République ?

DR. BEN YOUSSOUF KEITA : Une très bonne appréciation. Il y a de l’espoir avec cette nouvelle équipe dirigée par Amadou Oury Bah, dans une démocratie véritablement retrouvée, avec le retour à l’ordre constitutionnel, qui consacre le retour en force de la Guinée sur la scène internationale, notamment au sein des institutions internationales. Les collaborations bilatérales et multilatérales seront franches et profitables, surtout pour la Guinée. Nous avons vu la composition du gouvernement et nous en sommes satisfaits. Nous demandons que chaque membre applique à la lettre sa feuille de route afin que la Guinée amorce enfin son décollage économique.

Selon vous, ce gouvernement a-t-il répondu aux attentes nées de la transition ?

La question est trop tôt posée. C’est au pied du mur qu’on juge le maçon. Pour le moment, nous gardons l’espoir. Étant donné que certains ministres ont été reconduits, nous les avons déjà vus à l’œuvre. S’ils ont été reconduits, c’est parce qu’ils ont donné de bons résultats. Nous pensons qu’avec le sang neuf injecté, qui est aussi de bonne qualité, il y a, une fois de plus, de l’espoir. Peut-être que dans six mois, nous pourrons les évaluer. Et je pense que cette évaluation sera satisfaisante.

Comment analysez-vous l’arrivée de Mme Khaïté Sall à la tête du ministère de la Santé ?

D’abord, il s’agit d’un poste de souveraineté, si l’on peut le dire ainsi, car la santé et l’hygiène constituent un département très important, au même titre que celui de l’Enseignement supérieur, pour ne citer que ces deux exemples, aujourd’hui occupés par des femmes.

Pour nous, l’arrivée de Mme Khaïté Sall au ministère de la Santé augure de très bonnes perspectives. Je voudrais dire que le ministre n’est pas forcément le plus intelligent ni le plus instruit de son département. Il n’est ni le plus jeune ni le plus âgé. Il est avant tout un leader, chargé de conduire à bon port la politique du Président de la République, élu sur un projet de société.

Le poste de ministre n’exige pas obligatoirement une formation spécifique du secteur concerné. Un administrateur peut être ministre de la Défense, tout comme un militaire de carrière peut être nommé ministre de la Santé. Un juge peut devenir ministre des Infrastructures. Cela signifie que le ministre doit surtout savoir s’entourer d’une bonne équipe, composée de technocrates compétents.

C’est pour cette raison que dans tous les ministères existent des bureaux d’études stratégiques, où l’on retrouve des cadres pétris d’expérience, spécialistes de leurs domaines. Dans le secteur de la santé, par exemple, on y trouve des médecins titulaires de PhD ou de masters, avec une grande expérience et une solide formation.

Ce sont eux qui font le gros du travail. Le ministre est là pour les écouter, orienter, prendre les décisions et signer. Ainsi, l’arrivée de Mme Kaïté Sall est une très bonne chose. Il n’est donc pas obligatoire d’être médecin pour être ministre de la Santé. D’ailleurs, son prédécesseur, le Dr Diouhé, n’est pas médecin, mais pharmacien. Encore une fois, un administrateur, un ingénieur ou un juriste peut être ministre de la Santé, tout comme un médecin peut occuper le poste de ministre de l’Administration du territoire. L’essentiel est que le ministre sache s’entourer d’une équipe dynamique et compétente.

Pour avoir été député de la huitième législature et président de la Commission santé au Parlement, quelles doivent être aujourd’hui, selon vous, les priorités de ce département ?

Déjà, depuis l’arrivée du CNRD, le secteur de la santé a connu un coup d’accélérateur. La première chose à relever, c’est l’ouverture du CHU de Donka. Depuis lors, nous voyons des infrastructures hospitalières surgir de terre, ici et là. Nous constatons également le recrutement de nouveaux fonctionnaires de la santé.

N’oubliez pas que tous les régimes qui se sont succédé jusqu’à présent ont accordé une grande priorité à la santé. Aujourd’hui, il n’existe pratiquement aucune sous-préfecture ou commune de Guinée où l’on ne trouve soit un poste de santé, soit un centre de santé. Partout sur le territoire national, il y a une véritable décentralisation sanitaire.

Des postes de santé aux centres de santé, des hôpitaux préfectoraux aux hôpitaux régionaux, jusqu’aux CHU, sans oublier les cliniques privées qui contribuent également au maintien de la santé de la population. Le recrutement de nouveaux fonctionnaires est donc une très bonne chose.

Cela signifie que si le budget du ministère de la Santé atteint les deux chiffres, la Guinée, avec plus de 67 ans d’expérience, deviendra enviable, et aucun Guinéen n’ira se faire soigner ailleurs. Au contraire, les pays limitrophes viendront se faire soigner en Guinée. Il y a donc un grand espoir.

La priorité, c’est d’augmenter le budget du ministère de la Santé afin d’équiper tous ces postes de santé, centres de santé, hôpitaux et CHU, et de poursuivre la formation des médecins. Il faut en envoyer davantage à l’étranger pour de grandes spécialisations, puis les voir revenir avec des équipements de dernière génération.

Le nouveau gouvernement apparaît comme une équipe de continuité. Comment expliquez-vous l’absence de débauchage politique ?

Avec Mamadi Doumbouya, on ne parle pas de débauchage. Le CNRD n’est pas un parti politique. Mamadi Doumbouya est venu en tant que militaire, pas avec un parti politique. Il s’agissait d’une transition.

Aujourd’hui, on peut tout reprocher à tout le monde, mais ce qui est clair, c’est que Mamadi Doumbouya a su fédérer les Guinéens. Contrairement à ce que l’on observait sous le régime précédent, où, en langue vernaculaire, on disait « wo yaa tagui yaylan » (défroissez vos visages), ce qui traduisait un certain clivage ethnique, la situation est différente.

Cette fois-ci, il n’y a pas cela. Mamadi Doumbouya est perçu comme un Guinéen tout court. Il n’a de préférence ni pour une région naturelle ni pour une ethnie. Pour lui, les partis politiques, ce sont les Guinéens. Que vous soyez du parti A, B, C ou D, de A à Z, ce sont les compétences dont il a besoin. Le chef n’agit pas sur simple apparence. Il se renseigne, analyse et prend sa décision. Pour nous, il n’y a donc pas de débauchage. Ce sont les Guinéens dont le pays a besoin qui ont été appelés à se mettre au service de la nation, afin de travailler dans l’intérêt supérieur de la Guinée.

Quelles doivent être les priorités de cette équipe pour la première année, mais aussi pour les années à venir ?

Ils ont déjà trouvé un vaste chantier ouvert. Il s’agit donc de poursuivre dans cette dynamique : construire des infrastructures routières de qualité, des hôpitaux modernes de haut standing, ainsi que des écoles de haut niveau. Il faut également renforcer la justice et augmenter le salaire du fonctionnaire guinéen.

Il est aussi essentiel d’alléger le panier de la ménagère et de renforcer la sécurité. Car l’unité nationale existe : les Guinéens ne sont pas divisés. Tout ce qu’il faut, c’est continuer à préserver cette paix, cette quiétude et cette entente afin que la Guinée puisse réellement bénéficier de ses innombrables richesses, dont Dieu l’a dotée, aussi bien sur le plan humain que sur celui des ressources naturelles, du sol, du sous-sol et des ressources hydrauliques.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 5 février 2026 14:27

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