Suppression annoncée du CEE : Aboubacar Soumah s’exprime…

Aboubacar Soumah Secrétaire Général du SLECG

 

 

CONAKRY – L’année scolaire 2024-2025 s’est achevée avec la publication des résultats des examens nationaux. Le taux de réussite est de 58,64 % au Certificat d’Études Élémentaires (CEE), 54,16 % au BEPC, et 32,34 % au Baccalauréat unique, selon le ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation. Alors que le département envisage la suppression de l’examen d’entrée en 7ᵉ année, Africaguinee.com a rencontré Aboubacar Soumah, président du SLECG, pour recueillir son analyse sur les résultats, la rigueur dans le système et les réformes envisagées.

AFRICAGUINEE.COM : L’année scolaire 2024-2025 vient de se terminer avec la proclamation des résultats des examens nationaux. Quelle appréciation faites-vous du déroulement de ces évaluations ?

ABOUBACAR SOUMAH : Bon, moi je suis revenu pratiquement pendant la période de correction. J’étais à la Mecque, donc tout le processus s’est déroulé en mon absence. Je me suis seulement rendu au lycée Matam le dernier jour des corrections, pour une visite.

Donc je ne peux pas dire avec précision comment les choses se sont passées. Mais d’après ce que j’ai appris de mes responsables, aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays, on m’a rapporté que tout s’est bien déroulé. Ceux qui ont tenté de frauder ont été éliminés, aussi bien parmi les candidats que parmi les surveillants. Globalement, d’après les comptes rendus qui m’ont été faits, les examens se sont bien passés.

Les résultats ont été rendus publics par le ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire. En tant qu’acteur du secteur éducatif, quel constat dressez-vous ?

Je pense que les résultats reflètent fidèlement le niveau réel des élèves cette année. Il y a eu un sérieux dans l’organisation et dans les différentes évaluations. On ne peut pas dire que les examens ont été bâclés ou entachés de largesses. Le niveau de rigueur appliqué a permis de révéler les valeurs intrinsèques des enfants. À mon avis, les résultats publiés sont conformes à la réalité du terrain.

S’il devait y avoir des améliorations à apporter, selon vous, à quels niveaux faudrait-il intervenir ?

D’abord, il faut motiver les enseignants. En tant que syndicaliste, je ne cesserai jamais de plaider pour cela. Un enseignement de qualité commence par un enseignant bien formé, bien encadré et bien rémunéré. C’est essentiel pour qu’il puisse transmettre correctement le savoir aux élèves.

Ensuite, il faut agir sur les infrastructures. Il faut construire davantage de salles de classe pour réduire les effectifs pléthoriques. Quand un enseignant a devant lui plus de 60, voire 90 élèves, il est très difficile d’assurer une bonne maîtrise pédagogique. Cela nuit inévitablement à la qualité de l’enseignement.

Sur le plan pédagogique, il est impératif de former et d’informer les enseignants, de leur offrir les outils nécessaires pour être efficaces. Il faut également de la rigueur. Les évaluations dans les classes intermédiaires doivent être sérieuses, strictes. Et les enseignants qui les encadrent doivent eux aussi faire preuve de discipline. Un enseignant laxiste n’est pas un bon enseignant. L’éducation nécessite de la rigueur, et c’est cette rigueur qui nous permettra d’améliorer la qualité de notre système éducatif..

Pendant que vous insistez sur la rigueur dans les évaluations, le ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation évoque une éventuelle suppression de l’examen d’entrée en 7ᵉ année (CEE). Quelle est votre position sur cette annonce ?

C’est une décision qui mérite une réflexion approfondie. L’éducation est une affaire nationale. Ce n’est pas à un seul département ministériel de décider unilatéralement de supprimer un examen aussi important que celui de l’entrée en 7ᵉ année. Une telle décision doit impliquer tous les acteurs du système : les syndicats, les associations de parents d’élèves, les experts en éducation, les institutions parlementaires… Il faut organiser de véritables états généraux de l’éducation pour en débattre sérieusement.

D’ailleurs, dans les pays qui ont supprimé cet examen, cela ne s’est pas fait au hasard. Ils ont pris en compte plusieurs paramètres, notamment la qualité de la formation des enseignants, les méthodes pédagogiques, et les mécanismes d’évaluation internes. En ce qui nous concerne, je pense que nous n’avons pas encore atteint ce niveau. Ni sur le plan pédagogique, ni en termes de formation des enseignants, nous ne sommes prêts à franchir ce cap. À mon avis, vouloir supprimer cet examen maintenant serait prématuré.

Selon vous, une suppression précipitée du CEE pourrait entraîner quelles conséquences ?

Une catastrophe, tout simplement. Cela pourrait encore plus affaiblir notre système éducatif. Si les choses ne sont pas bien préparées, cette suppression pourrait entraîner un passage automatique des élèves du primaire au collège, sans réelle évaluation de leur niveau. Or, même avec les évaluations actuelles, nous constatons qu’il y a des élèves au collège qui ne savent ni lire ni écrire correctement.

Nous corrigeons souvent des copies d’élèves qui ne maîtrisent pas les bases. Imaginez ce que cela deviendrait si l’on supprimait l’unique filtre qu’est le CEE ! C’est pourquoi je dis qu’avant toute décision dans ce sens, il faut mettre en place des mécanismes sérieux pour garantir que les évaluations soient faites avec rigueur jusqu’à la 6ᵉ année. Sans cela, on court vers une dégradation encore plus grave du système.

Pour conclure cet entretien, quelles recommandations particulières avez-vous, Monsieur le président du SLECG ?

Comme je le disais tantôt, il ne s’agit pour l’instant que d’une proposition. Ce n’est pas encore une décision arrêtée, et c’est d’ailleurs une bonne chose qu’ils aient lancé le débat pour permettre aux différentes parties prenantes de réagir. À ce stade, ma principale recommandation est la suivante : ne pas se précipiter dans la suppression d’un examen aussi important. Il faut d’abord créer les conditions nécessaires — en matière de formation, de pédagogie, d’infrastructures et de rigueur dans les évaluations — avant d’envisager une telle réforme.

 

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 2 août 2025 10:30

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