Étudier à la KAUST en Arabie Saoudite : Marwane Diallo dévoile des opportunités de bourses allant jusqu’à 45 000 dollars

CONAKRY- De Lélouma aux laboratoires de pointe de l’Arabie Saoudite, le parcours de Marwane Diallo est celui d’une excellence guinéenne qui s’exporte sans frontières. Ingénieur spécialisé en microélectronique et nanotechnologies, il évolue aujourd’hui au cœur de la KAUST (King Abdullah University of Science and Technology), l’une des universités les plus prestigieuses et les mieux dotées au monde. Africaguinee.com l’a reçu dans ses locaux.

Dans cet entretien exclusif, il nous ouvre les portes de son univers scientifique, revient sur les opportunités d’études méconnues dans le Golfe et livre un regard sans complaisance sur les défis du système éducatif guinéen. Découvrez le témoignage d’un intellectuel qui veut jeter un pont entre son pays d’origine et les nouvelles technologies de demain.

AFRICAGUINEE.COM : Pourquoi avez-vous quitté la Guinée ?

MARWANE DIALLO : Je suis né à Lélouma, où mes deux parents travaillaient. J’ai grandi à Labé, où j’ai fait une partie de mes études primaires, le collège et le lycée. Ensuite, je suis venu à Conakry avant de quitter la Guinée. Je suis allé en France pour des études d’ingénierie. De là, je suis parti au Canada pour faire un baccalauréat en génie électrique. Puis je suis retourné en France pour un master en ingénierie physique, spécialisé en semi-conducteurs, afin de travailler sur les composants microélectroniques qui participent au fonctionnement des satellites, des téléphones, des ordinateurs, etc. Après cela, je suis retourné au Canada, où j’ai travaillé dans le même domaine.

Comment êtes-vous arrivé en Arabie Saoudite ?

Actuellement, je travaille à la King Abdullah University of Science and Technology (KAUST). Avant cela, j’ai travaillé au Canada, puis en Belgique, en Wallonie, précisément à Namur. De la Belgique, je suis venu en Arabie Saoudite, où je vis depuis maintenant une quinzaine d’années. Je travaille aujourd’hui à KAUST, qui est la première université arabe depuis trois ans selon le Times Higher Education Ranking. Créée fin 2009, cette université progresse remarquablement depuis une dizaine d’années. Ce classement international montre son excellence, puisque KAUST figure parmi les 500 meilleures universités au monde.

En termes de publications et de qualité de la recherche, c’est une université axée sur la recherche appliquée. L’objectif est de contribuer à réorienter l’économie du pays : passer du pétrole vers les nouvelles technologies. Il s’agit de développer des brevets, produire des recherches innovantes et créer des start-up qui deviendront ensuite des entreprises capables d’évoluer localement, régionalement et à travers le monde. À ce jour, certaines de ces entreprises opèrent même jusqu’au Mexique depuis une dizaine d’années.

Comment vous êtes-vous retrouvé au sein de cette université ?

Au fait, c’est à la fois complexe et simple. Lorsque j’ai entendu parler de cette opportunité, j’étais en Belgique. Je travaillais avec des collègues qui évoluaient dans le même domaine que moi. En échangeant avec eux, j’ai appris que l’institution venait d’être créée. Une équipe est venue nous rencontrer pour savoir si nous serions intéressés à déménager en Arabie Saoudite pour y travailler. C’est ainsi que l’opportunité s’est présentée. Je suis arrivé début 2011 et les choses ont commencé à se mettre en place. Je travaillais alors dans le domaine des nanotechnologies et, depuis quelques années maintenant, je travaille davantage sur le pétrole et les énergies renouvelables, même si ce n’était pas mon domaine initial. Mais je continue toujours à collaborer autour des mêmes axes : microélectronique, nanotechnologies, énergies renouvelables, pétrole, ainsi que tout ce qui touche aux minéraux et à la géologie. Cela fait maintenant 15 ans.

Monsieur Marwane Diallo est-il marié ?

Je suis marié à une femme d’origine guinéenne, née et grandie en France. Je suis également père d’un enfant qui aura six ans au mois de janvier.

Est-ce qu’il vous arrive souvent de recevoir des étudiants guinéens dans l’université où vous enseignez ?

Actuellement, non. À ce jour, je suis le seul Guinéen — à part ma femme et mon enfant — à y évoluer. C’est une université tournée vers les nouvelles technologies, créée pour contribuer à la réorientation de l’économie du pays. Vous avez certainement entendu parler du projet NEOM. Beaucoup de nos collègues faisaient partie de l’équipe initiale de ce grand projet estimé à 1500 milliards de dollars. L’université a été créée sur ce qu’on appelle un “endowment”, c’est-à-dire un fonds de financement de 26 milliards de dollars. C’est ce budget qui fait tourner l’université. Les moyens sont donc énormes. Certains de vos collègues venus en 2023 ont d’ailleurs pu le constater.

Dans un seul laboratoire, comme celui où je travaille, il y a plus de 240 millions de dollars d’investissements en équipements. Cela montre l’échelle. Pour ce qui est des étudiants guinéens, j’ai déjà essayé par le passé d’en faire venir quelques-uns, mais ce n’est pas évident. Il y a des barrières, notamment la langue. Beaucoup ne parlent pas anglais ou ne font pas suffisamment d’efforts pour y accéder, malgré les énormes avantages que l’université offre.

Par exemple, un étudiant en Master bénéficie d’une bourse. Contrairement à la plupart des universités où l’on paie pour étudier, là-bas on te paye pour étudier. Un étudiant en Master reçoit environ 20 000 dollars, plus un logement et un billet aller-retour. S’il a une famille, une compensation supplémentaire peut être prévue, mais il bénéficie toujours d’un très bon cadre de vie. Un étudiant au doctorat (PhD) commence entre 40 000 et 45 000 dollars par an. C’est carrément un salarié, mieux payé que dans beaucoup de pays occidentaux.

Les étudiants disposent également d’énormes opportunités. Par exemple, un doctorant bénéficie généralement de six mois de stage aux États-Unis, dans les dix meilleures universités comme Harvard, Stanford ou Berkeley. Cela leur ouvre énormément de portes et, une fois diplômés, ils trouvent facilement du travail, soit ailleurs, soit même dans le pays d’accueil. Donc, les étudiants guinéens sont les bienvenus. Mais la barrière de la langue reste un obstacle, et certains ne sont tout simplement pas informés. Il faut faire des recherches, aller plus loin que les réseaux sociaux, et s’ouvrir.

Le plus souvent, les étudiants guinéens qui partent étudier en Arabie Saoudite et d’autres pays arabes s’intéressent davantage aux études théologiques, alors qu’il existe aussi des filières techniques. Comment analysez-vous cela ?

Je dirais que soit les gens sont mal informés, soit l’on te donne simplement ce que tu demandes. Tu ne peux pas demander à étudier la théologie et qu’on t’oriente en informatique. En général, on te donne la filière que tu sollicites. Le problème, à mon avis, c’est que l’information n’est pas suffisamment vulgarisée. Beaucoup pensent encore que ceux qui ont fait le franco-arabe sont automatiquement destinés à aller en Arabie Saoudite uniquement pour des études religieuses, alors que le champ est très large.

Récemment, j’ai rencontré un jeune Gambien très ambitieux, qui était initialement inscrit en théologie. Une fois sur place, il a lui-même entrepris les démarches pour se réorienter en informatique. Donc il existe bel et bien des possibilités d’intégrer les filières techniques. C’est même mieux à mon avis. D’ailleurs, j’ai entendu dire que désormais, ceux qui arrivent sont encouragés à associer leurs études islamiques à une formation technique. Par exemple, un étudiant en théologie peut être orienté vers l’informatique ou l’électronique. Cela permet, une fois diplômé, d’intégrer rapidement le marché de l’emploi et d’apporter une réelle contribution à la société.

Quel regard portez-vous sur le système éducatif guinéen de ce moment ?

Je ne suis pas directement impliqué dans le système éducatif guinéen, même si je connais certaines personnes qui y travaillent, dont mon grand frère par exemple. Mais vu de l’extérieur, il y a encore énormément de travail à faire. Il reste un long chemin à parcourir. Mon constat, c’est qu’en comparant la période où j’étais moi-même au collège ou au lycée avec la génération actuelle, le niveau a considérablement baissé. Il arrive même de rencontrer ici des enseignants ou des cadres guinéens qui ont du mal à s’exprimer correctement ou à formuler une analyse structurée (…).

Quand on sollicite votre apport, est-ce que vous êtes disposé à coopérer ?

Tout à fait. Je suis entièrement ouvert, et je n’ai aucun intérêt personnel derrière cela. Celui qui m’approche, ou lorsqu’on identifie un besoin auquel je peux contribuer, je suis prêt à apporter ma part. D’ailleurs, je le fais déjà dans certains cadres.

A suivre !

Entretien réalisé par

Siddy Koundara Diallo & Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 décembre 2025 20:00

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