États-Unis: Plusieurs guinéens arrêtés par la police…

NEW YORK – La situation des sans-papiers aux États-Unis devient critique. Partout dans le pays, les arrestations menées par les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) se multiplient.  Même des personnes s’étant engagés dans des procédures de régularisation ne sont pas épargnées. De nombreux guinéens ont été arrêtés. Pour la communauté guinéenne, le climat est à la peur et à l’incertitude, a appris Africaguinee.com. (Image d’illustration).

La menace est désormais omniprésente. Que ce soit à New York, au Texas ou à Buffalo, les services de l’immigration ont intensifié leurs opérations avec pour  objectif d’arrêter au moins 3 000 sans-papiers par jour sur l’ensemble du territoire américain. Désormais, avoir un rendez-vous devant un juge ou disposer d’un permis de travail ne semble plus garantir de protection.

Un durcissement radical des procédures

Elhadj Mamadou Saliou Sow, consultant spécialiste des questions d’immigration basé à New York, décrit un phénomène d’une ampleur inédite. Selon lui, le changement de doctrine administrative a bouleversé les règles du jeu.

« Ils sont des centaines à être arrêtés. Habituellement, dès que vous obteniez votre permis de travail et un rendez-vous chez le juge, vous pouviez circuler librement en attendant votre procès. Mais l’administration actuelle a changé la donne : toute personne entrée par les frontières est désormais considérée comme illégale, sans tenir compte de la procédure en cours », explique-t-il.

M. Sow décrit un virage radical inquiétant : les migrants passés par les frontières terrestres ne sont plus seulement vus comme des citoyens en situation irrégulière, mais sont souvent qualifiés de « criminels » par les services de contrôle.

Des témoignages qui illustrent l’angoisse quotidienne

« Ils sont des centaines à être arrêtés. La chasse se poursuit. L’un de mes neveux en fait partie. Il faut dire que presque tout le monde a un proche dans cette situation. Habituellement, la procédure est simple : dès que vous obtenez votre permis de travail et un rendez-vous avec le juge, vous êtes libre de circuler en attendant votre passage au tribunal. Mais l’administration Trump a tout changé. Désormais, ils considèrent que toute personne entrée sur le territoire américain par les frontières est illégale. Ils ne tiennent donc plus compte des procédures en cours.

C’est le nouveau principe de l’immigration aux USA : ceux qui sont passés par les frontières ne sont plus seulement considérés comme des sans-papiers, on les qualifie de « criminels ». Mon neveu, par exemple, a été cueilli devant un magasin Walmart alors qu’il sortait avec un ami. Ils ont été pris sur place et sont en détention depuis dix jours.

Récemment, un ami installé aux États-Unis depuis 30 ans en a aussi été victime. Il n’avait pas de papiers, mais sa femme a entrepris des démarches pour le régulariser. Alors qu’il se présentait à son entretien pour engager sa procédure, on lui a posé un bracelet de localisation. Il a porté ce bracelet un bon moment, mais comme si cela ne suffisait pas, ils l’ont attendu au retour de la prière de l’aube pour l’arrêter. Il a été transféré au Texas il y a deux mois. Là-bas, l’État a mis à disposition d’immenses terrains où des hangars de détention ont été installés à perte de vue.

À Buffalo, la ville où je vis, au moins 13 jeunes Guinéens sont détenus. Deux ont été libérés, mais les onze autres sont toujours sous les verrous. Hier, j’ai reçu un appel de New York m’informant que des doyens de la communauté, présents ici depuis plus de 30 ans, ont également été arrêtés. Dans un cas, c’est l’épouse qui avait déposé le dossier de régularisation pour son mari. Lors de l’entretien, on lui a demandé de revenir deux semaines plus tard pour les résultats, et c’est à son retour qu’il a été arrêté. Un autre a été interpellé après avoir été convoqué par l’ICE. Tout cela se passe actuellement à New York », a détaillé M. Sow.

Le spectre de la déportation vers l’Ouganda

L’une des nouvelles les plus préoccupantes concerne un pacte récemment signé entre les États-Unis et l’Ouganda. Ce pays africain se serait engagé à recevoir les expulsés que les États-Unis ne parviennent pas à renvoyer dans leur pays d’origine. Désormais, lors des audiences d’asile, le gouvernement peut introduire une motion pour demander l’ajournement du jugement afin de déporter le citoyen vers l’Ouganda.

« L’avocat du demandeur d’asile dispose de 10 à 15 jours pour contester cette position. Si le juge est convaincu, le procès se poursuit. Sinon, la déportation vers l’Ouganda est décidée. Même si l’appel reste possible auprès du BIA (Board of Immigration Appeals), ce service est totalement débordé par l’afflux de dossiers », explique M. Sow.

Face à cette offensive, la vie sociale des Guinéens aux États-Unis tourne au ralenti. Les mouvements sont limités au strict nécessaire. « Présentement, nous avons tous peur. Même ceux qui disposent de papiers s’inquiètent, car la liberté de circuler n’est plus garantie. Tout le monde s’en remet à Dieu », confie le consultant.

A suivre!

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 19 décembre 2025 20:46

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