Entretien avec le Général Facinet Touré

Général Facinet Touré, Médiateur de la République
CONAKRY- Le Médiateur de la République, le Général Facinet Touré, très influent au sein de la coordination de la basse Guinée, a décidé de briser le silence ! Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction, cet ancien compagnon de feu Général Lansana Conté évoque plusieurs sujets d’actualité notamment les contours de l’accord qui avait été signé entre le RPG (parti au pouvoir) et la coordination de la basse côte lors de la présidentielle de 2010. Violences politiques, présidence de l’Assemblée Nationale et la présidentielle de 2015, sont entre autres sujets évoqués lors de cet entretien. Exclusif !!!
 
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Monsieur Touré! 
 
GENERAL FACINET TOURE : Bonjour Monsieur SOUARE !
 
AFRICAGUINEE.COM: La Guinée vient de finir ses élections législatives avec l’implication de la communauté internationale, peut-on dire aujourd’hui que notre pays est incapable de résoudre ses conflits internes sans pour autant faire appel à l’étranger ? 
 
GENERAL FACINET TOURE : Je vous remercie de venir me voir pour que je vous fasse part de ce que je pense de toute la situation que nous vivons aujourd’hui dans notre pays. Qu’il s’agisse d’élection ou d’autre chose, moi Facinet Touré je n’ai jamais accepté de bon cœur, l’intervention de l’étranger. A 50 ans d’indépendance, personne ne nous a appris à prendre l’indépendance en 1958. Nous étions noyés dans un lot de pays colonisés, mais nous avons décidé de nous-mêmes de choisir notre chemin sans compter sur personne. Après 50 ans, il est aberrant et même très gênant de constater qu’il faut qu’on nous assiste dans ce que nous faisons. Nos problèmes, nous pouvons les régler entre nous. Ce sont les approches, les méthodes qui ne convergent pas. Nous n’avons pas encore appris à nous tolérer dans la différence, à nous accepter dans la différence, et nous avons décidé de bâtir la démocratie.   
 
La démocratie sans tolérance n’est pas possible. La démocratie sans l’acceptation de l’autre n’est pas possible non plus. Nous n’avons pas encore maîtrisé tous ces concepts et nous sommes en plein dans la démocratie. Donc nous pataugeons, mais c’est sûr que quand nous allons traverser cette période, il y’aura assez d’esprits mûrs pour qu’on s’asseye et qu’on tire toutes les leçons et finalement voir comment nous pouvons voler en solo. Les autres pays qui nous assistent n’ont pas de CENI (commission électorale nationale indépendante, Ndlr) chez eux, nous en avons chez nous. Les autres pays font leurs élections, il n’y a pas d’observateurs, nous n’allons pas les observer. Eux il faut qu’ils nous observent. Ils font leurs élections, ce n’est pas nous qui leurs donnons de l’argent pour qu’ils fassent leurs élections. Mais bon Dieu, nous aussi nous pouvons trouver l’argent qu’il nous faut chez nous ici pour faire nos élections.  Jusqu’à présent on nous traite comme des tous petits. Quand je vois des choses comme ça vraiment, je suis très triste. 
 
Donc, pour en revenir à votre question, je ne suis pas du tout d’accord que l’étranger intervienne pour régler nos problèmes, que nous-mêmes, nous sommes capables de les régler si nous nous acceptions, si nous nous tolérions, et il faut qu’on en arrive à ça. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Malgré la fin des élections, les violences continuent toujours. Peut-on dire qu’il y a eu un échec de la médiation interne dans ce bras de fer qui oppose le pouvoir et l’opposition ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Médiation interne, là, il faut voir le rôle de l’Etat. Il y a des violences, il y a des assassinats, tout ça quelque part, ce sont les défaillances de l’Etat. Ce n’est pas la médiation. La médiation interne intervient quand il y a deux parties en conflit. Elle essaye de les arranger à l’amiable. Si chaque structure de l’Etat joue son rôle là où il est, la sécurité de chacun des citoyens doit être assurée jusque dans sa propre maison. Mais c’est cette sécurité là qui n’est pas assurée aujourd’hui. Mais quand il y a manifestation, il faut là aussi que les uns et les autres comprennent, que les forces  de sécurité comprennent et maîtrisent parfaitement leur rôle, parce que même si elles doivent retenir certains élans, ce n’est pas dans la violence, ce n’est pas dans l’assassinat. C’est fraternellement, amicalement, d’accord, quelques fois avec le canon à eau pour faire reculer les gens, mais pas des balles. Les balles réelles ne doivent pas intervenir dans ça, et dans le maintien d’ordre, ils l’ont appris ou ils sont sensés avoir appris ça. Les citoyens aussi qui manifestent, quand vous décidez d’organiser ville-morte, si vous ne sortez pas de chez vous c’est très bien. Vous avez obéi à votre idéal, à votre objectif. Mais s’il y a d’autres qui veulent sortir, ne les empêchez pas de sortir ! Ça aussi c’est un pan de la démocratie.  Ta liberté s’arrête là où commence celle des autres. Mais ici, celui qui dit moi je ne sors pas ne veut pas non plus que quelqu’un d’autre sorte. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Donc c’est une responsabilité partagée ?  
 
GENERAL FACINET TOURE : Ça ce n’est pas normale. Les manifestants lapident et finalement les forces de l’ordre, par méconnaissance ou complètement traquées, réagissent en tirant avec de vraies cartouches. Ce qui ne se doit pas ! Dans le maintien d’ordre, il ne doit pas y avoir de cartouches. 
 
La médiation interne, je ne sais pas ce que vous entendez par là, en tout cas s’il s’agit de moi, je suis le Médiateur de la République. Mais le Médiateur de la République est un recours de l’administré et un conseiller de l’administration. 
 
Les conflits sociaux internes, externes, le médiateur ne peut s’en mêler que s’il est requis par le Président de la République, par l’Assemblée ou par le gouvernement. Cela n’a jamais été le cas ici. Et puis, ce que vous oubliez ou que vous ne prenez pas en considération, c’est que le médiateur de la République une fois installé, pour qu’il fonctionne, il faut qu’il prête serment devant le Président de la République. Est-ce que vous m’avez vu encore prêter le serment devant le président de la République ? Depuis que je suis là, je cherche des locaux pour avoir des bureaux. Vous avez vu combien de fois j’ai déménagé, j’envoie des gens en formation, j’équipe avec le budget qu’on me donne. Je fais tout pour que les gens soient dans les normes et dès qu’on aura prêté serment qu’on démarre sur les chapeaux de roues. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Parlant toujours de politique, que pensez-vous de la décision du chef de l’Etat de réserver la présidence de l’Assemblée Nationale à un cadre originaire de la région forestière ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Je pense que ce n’est pas un mal en soi. Il vous souviendra qu’à notre temps aussi (Comité Militaire pour le Redressement National dirigé à l’époque par le Colonel Lansana Conté, Ndlr) on avait voulu que chaque préfecture de l’intérieur soit dirigée par un de ses fils. (…) C’était très joli au départ, mais finalement ça a échoué. Parce qu’au lieu que ça créé une certaine émulation, pour que chaque préfet soit jaloux de sa préfecture et la développe en fonction des moyens qu’il obtenait, ça a été tout à fait autres choses. Des préfets subissaient beaucoup plus l’autorité parentale que l’autorité du pouvoir central. Donc, c’est ce qui les a rendus inefficace. Alors si maintenant le président veut lui aussi expérimenter en partageant, à priori gardons nous de dire que c’est mauvais, attendons  de voir les résultats. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Mais est-ce que tout n’est pas parti des accords qui avaient été signés en 2010 entre le parti du président Alpha Condé et certaines coordinations régionales ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Certainement, ça peut être ça, mais l’accord qu’on a signé était un accord qui prévoyait un partage du pouvoir. Si on mène le combat ensemble, et bien on gère ensemble, on partage le pouvoir. C’est tout à fait normal en politique. Mais j’estime que ça, c’est fait. Si maintenant le Président veut toujours persister sur cette lancée là, parce que de toute façon l’accord qui avait été signé n’a pas été respecté à la lettre.  L’accord de 2010 n’a pas été respecté à la lettre, loin s’en faut. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qui n’avait pas été respecté par exemple ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Beaucoup de choses. On avait onze points dans notre accord, jusqu’à présent que je n’ai pas publié. Je me garde d’abord de le faire. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Pensez-vous disposer toujours de moyens de pressions sur le président Alpha Condé avec notamment l’effritement au sein de la coordination de la base Guinée ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Vous vous voyez ça de l’extérieur, mais nous qui sommes dedans, c’est de l’épiphénomène. Les associations que vous voyez par ci par là, ce ne sont pas des associations. C’est tout simplement un reflexe d’état d’âme. Je suis allé à tel endroit, je n’ai pas eu ce qui me plais, je réunis deux ou trois personnes, je dis c’est moi qui fais ceci, c’est moi qui fais cela. Mais la majorité sait où elle va, sait comment ça se passe. De toute façon, dans toute communauté, on ne peut éviter les brebis galeuses.  Il faut un peut du tout pour faire une société. Mais la Basse Guinée n’est pas du tout fragilisée. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce que vous pensez que la primature va toujours vous revenir après le changement de ce gouvernement ?  
 
GENERAL FACINET TOURE : J’ai bon espoir. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce qu’on peut s’attendre à ce que votre coordination soutienne encore le président Alpha Condé lors des prochaines consultations électorales malgré que l’accord que vous aviez signé avec lui en 2010 n’ait pas été respecté ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Ecoutez, n’allez par trop vite en besogne. Je ne m’engage pas pour le Président de la République, je m’engage pour la Guinée. Chaque fois que je sais que quand j’interviens là, ça peut être utile à la Guinée, je ne calcule pas. J’y vais, mais comme il faut aller avec quelqu’un, c’est ça. Mais moi, mon objectif c’est la Guinée. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Quelle est votre stratégie pour 2015 ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Attendons d’abord de sortir de ce brouillard là d’abord. On dit que quand tu ne vois pas très loin, si tu ne marches pas sur la pointe des pieds, mieux vaut t’arrêter jusqu’à ce que tu voies  loin. L’horizon est pour le moment bouché, il serait présomptueux de se prononcer pour 2015 d’abord. 
 
AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qu’il faut selon vous pour éviter des violences dans le pays ?
 
GENERAL FACINET TOURE : Comme je vous l’ai dit, il faut qu’on cesse de se considérer comme des ennemis. Il faut qu’on réalise qu’on est des enfants d’une même mère et d’un même père, nous sommes de la même case. La Guinée que nos devanciers nous ont laissé en héritage, notre devoir c’est de la développer, l’embellir, la renforcer. Notre devoir n’est pas de la déchiqueter. La Basse Guinée ne peut pas aller sans la moyenne Guinée, et la moyenne Guinée sans la forêt et la forêt ne peut pas aller sans la haute Guinée. Il faut que nous soyons ensemble. C’est pourquoi moi je n’ai jamais accepté qu’on dise que la Guinée se divise en quatre régions naturelles. Je dis que la Guinée se compose, je préfère ça, parce que les trois ne peuvent pas se mettre ensemble sans la quatrième. Une ne peut pas être seule sans les trois. Il faut que nous soyons ensemble. Il y a cette interpénétration, ce brassage ethnique depuis la nuit des temps par le biais des mariages. Je ne sais pas qui peux dire aujourd’hui, crâner, se  taper sur la poitrine, en disant moi je suis soussou, moi je suis malinké, moi je suis Peulh. Nous sommes tellement mélangés que si tu gonfles tes poumons, tu cries je suis peulh pure, parce que ton père est peulh ta mère est peule, mais c’est que tu n’auras pas regardé du côté de ta mère. Peut être qu’elle a un père qui n’est pas peulh ou une mère qui n’est pas peulh, ainsi de suite. Alors donc, il faudrait que cette diversité qui est loin de nous diviser, c’est celle-ci qui doit nous unir. Parce que tout ce qu’on fait aujourd’hui c’est pour la prospérité. Il y a combien d’enfants guinéens aujourd’hui issus de deux ethnies, de trois ethnies quatre ethnies en Guinée ?  Beaucoup ! Et c’est leur bonheur que nous sommes en train de construire comme ça. Il faut que les guinéens, et du pouvoir, et de l’opposition sortent des querelles des clochers, sortent de cette animosité.
 
   Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou 
   Pour Africaguinee.com
   Tél. : (+224) 664 93 51 31
 
Créé le 15 décembre 2013 19:52

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