Échec des négociations avec le gouvernement : Pépé Balamou dévoile le « plan B »de l’intersyndicale (Entretien)

CONAKRY – Les négociations entre l’inter-centrale de l’éducation (SLECG–SNE–FSPE) et le gouvernement se sont soldées par un échec ce mardi 16 décembre 2025. La partie syndicale, qui s’attendait à des propositions « concrètes » sur ses revendications, s’est retrouvée face à une position jugée ferme de la délégation gouvernementale. Le secrétaire général du Syndicat national de l’Éducation (SNE), Michel Pépé Balamou, ne cache pas sa déception. Entretien.

AFRICAGUINEE.COM : Que peut-on retenir des négociations du mardi 16 décembre auxquelles le gouvernement vous a conviés ?

MICHEL PÉPÉ BALAMOU : Le gouvernement nous avait promis de revenir vers nous vendredi, samedi et dimanche afin de discuter essentiellement de trois points : les indemnités de logement et de transport, les primes de fonction des hauts cadres du système éducatif guinéen, ainsi que l’engagement des enseignants contractuels non retenus, notamment ceux de Conakry. À notre grande surprise, le gouvernement ne nous a pas contactés durant tout le week-end. C’est plutôt un communiqué qui a été publié dans la soirée du jeudi, annonçant la mise en congé de tous les élèves et étudiants de Guinée à compter du lundi 15 décembre 2025.

Pensez-vous que ces congés exceptionnels aient été accordés pour briser l’élan de vos revendications ?

À l’analyse de ce communiqué, nous sommes arrivés à la conclusion que le gouvernement est dans une fuite en avant, en déplaçant la crise au lieu de la résoudre.

Malgré tout, vous avez répondu à l’invitation. Dans quel objectif ?

Pratiquement, nous ne nous attendions à rien. Derrière ce congé anticipé, décidé de manière stratégique, se cachait une mauvaise volonté politique de faire face aux points que nous avions soulevés. Du vendredi au dimanche, nous n’avons reçu aucun appel. C’est finalement le lundi que le président du Conseil national du dialogue social (CNDS), qui faisait office de médiateur dans cette négociation, nous a contactés pour nous informer que le rendez-vous était maintenu pour le mardi 16 décembre à 14 heures.

Qu’est-ce qui s’est réellement passé au ministère de la Fonction publique ?

Nous nous sommes rendus au ministère du Travail et de la Fonction publique. La partie gouvernementale, représentée par M. Aboubacar Kourouma, secrétaire général dudit ministère, a clairement indiqué que le dossier des enseignants contractuels est déjà réglé dans le protocole d’accord signé le 2 décembre 2025 avec le SLECG et un syndicat de l’enseignement technique. Selon lui, il n’est plus question de revenir sur ce dossier : il s’agit du concours, rien que du concours. Les enseignants contractuels doivent donc, à l’en croire, se préparer à passer ce concours.

S’agissant du deuxième point, relatif aux primes de fonction des cadres et des responsables déconcentrés des trois ministères sectoriels de l’éducation, le secrétaire général, également président de la commission de négociation côté gouvernement, a été tout aussi clair. Il a expliqué que le décret n°0269 du Président de la République, qui attribue des primes de fonction aux hauts cadres de l’État, ne concerne pas les cadres des départements ministériels régis par des statuts particuliers. Cette question, a-t-il précisé, ne peut donc pas être débattue. Il a toutefois reconnu que le gouvernement ne dispose pas encore d’une structure détaillée des postes et services de ces trois départements, ce qui empêche une évaluation précise des primes existantes et des possibilités d’amélioration.

À ce niveau, nous avons estimé qu’il s’agissait d’une moquerie, dans la mesure où un gouvernement est censé connaître l’organisation de ses propres ministères. Nous y voyons un manque de volonté politique. La partie gouvernementale a néanmoins indiqué qu’elle allait s’employer à recenser les différents postes et services existant au sein du ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, du ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, ainsi que du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation.

Enfin, concernant les indemnités de logement et de transport, le secrétaire général du ministère du Travail et de la Fonction publique a précisé que ces indemnités sont transversales, c’est-à-dire qu’elles concernent l’ensemble des fonctionnaires. Il n’est donc pas question, selon lui, d’un traitement spécifique pour le secteur de l’éducation et de la formation. Toutefois, des simulations seraient en cours afin d’examiner la possibilité de revaloriser ces indemnités pour tous les agents de l’État.

Comment avez-vous analysé les réponses de la partie gouvernementale ?

Nous avons compris qu’à ce niveau, il s’agit d’un manque total de volonté politique de la part du gouvernement. Nous sommes restés véritablement bouche bée dans la salle. Toutefois, le SLECG, à travers sa secrétaire générale Kadiatou Bah, qui faisait office de présidente de la commission de négociation côté syndical, a pris la parole pour exprimer son indignation face à ce comportement du gouvernement.

Pour notre part, au niveau du Syndicat national de l’Éducation (SNE) et de la Fédération syndicale professionnelle de l’Éducation (FSPE), nous n’avons pas été surpris. Avant même d’entrer dans la salle, nous savions que le gouvernement viendrait avec zéro proposition. En anticipant les congés scolaires, il a déjà montré qu’il n’était prêt à négocier sur aucun point et qu’il a préféré mettre les élèves en congé pour contrecarrer une grève susceptible de reprendre à partir du lundi 5 janvier 2026. En réalité, le gouvernement ne fait que reporter la crise et la déplacer, sans jamais la résoudre.

Et vos camarades du SLECG qui ont pris la parole ?

S’agissant de nos camarades du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), nous avons également compris qu’ils ne jouent pas franc jeu. Le SLECG s’accroche mordicus au protocole d’accord signé le mardi 2 décembre 2025, lequel prévoit notamment la prime de documentation, de préparation et de craie. Or, ce protocole exclut les chefs d’établissement et l’ensemble des responsables du système éducatif guinéen de ces avantages, tout en exigeant la tenue de concours.

Pourtant, tout le monde sait en Guinée que ces concours ont souvent servi à « amuser la galerie », et les enseignants contractuels refusent de se plier à cette exigence. Dans leur écrasante majorité, les enseignants rejettent ce qu’ils considèrent comme le protocole de la discorde, de la honte et de l’exclusion, ainsi que le comportement de nos camarades du SLECG.

Sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute vu la vidéo du président du SLECG, Aboubacar Soumah, m’accusant d’avoir reçu, des mains du ministre Mory Condé, la somme d’un milliard cinq cents millions de francs guinéens dans le cadre du traitement des dossiers des anciens contractuels communaux. Vous avez également constaté les publications des communicants du SLECG faisant la promotion du protocole du 2 décembre.

Tout cela nous conforte dans l’idée que le SLECG poursuit une démarche visant à saboter la grève et les négociations, sans vouloir apporter la moindre valeur ajoutée à un protocole d’accord largement décrié par les enseignantes et enseignants de Guinée. Dans ces conditions, nous ne sommes plus disposés à nous asseoir autour d’une même table de négociation avec le SLECG, et encore moins avec le gouvernement.

Que comptez-vous faire maintenant ?

Dans les jours à venir, nous allons convoquer une grande assemblée générale à la Bourse du travail, au cours de laquelle nous donnerons la parole aux enseignants afin qu’ils définissent eux-mêmes la conduite à tenir, que ce soit en ce qui concerne la poursuite du processus de négociation ou le déclenchement de la grève. Nous avons également saisi le mouvement syndical guinéen, à l’origine de la rencontre avec le ministre du Travail et de la Fonction publique, M. Faya François Bourouno, qui s’était personnellement déplacé à la Bourse du travail pour nous assurer que toutes les discussions étaient possibles, qu’aucun sujet ne serait tabou et que le gouvernement était disposé à tout faire pour sauver l’année scolaire.

Par ailleurs, nous avons informé le Conseil national des organisations de la société civile de Guinée (CONOSG) afin de lui faire comprendre que les efforts fournis par la société civile en faveur de l’apaisement et de la suspension de la grève n’ont pas été respectés par la partie gouvernementale. Nous avons tenu à préciser que, le moment venu, l’ensemble du mouvement syndical, avec ses treize centrales, se montrera solidaire, sur les plans professionnel et syndical, avec la FSPE et le SNE. La société civile accompagnera également cette dynamique, dans la mesure où ces deux entités ont consenti d’importants efforts pour nous ramener à la table des négociations et nous amener à suspendre le mot d’ordre de grève.

Tous les journalistes présents ce jour-là ont bien compris que les enseignants ne souhaitaient pas la suspension de la grève, mais plutôt des négociations menées dans la grève. Toutefois, face à la main tendue du gouvernement et à l’implication du CONOSG, de la société civile et du mouvement syndical, nous avons fait preuve de bonne foi en suspendant le mot d’ordre de grève.

Cette suspension est aujourd’hui mal interprétée par certains enseignants, mais nous estimons qu’elle relevait d’un choix stratégique. Elle nous a permis de dépolitiser la grève, alors qu’elle faisait l’objet de tentatives d’instrumentalisation politique visant à faire croire que nous étions soutenus par des acteurs cherchant à empêcher la tenue de l’élection présidentielle. Nous avons ainsi démontré que nous ne sommes pas manipulés politiquement.

Enfin, cette suspension est intervenue au moment opportun. À défaut, la grève se serait de toute façon interrompue d’elle-même, puisque le gouvernement avait prévu, dès le lundi 15 décembre, de fermer les écoles pour une période de vingt jours. Cela confirme, selon nous, que la suspension du mot d’ordre de grève était opportune.

Envisagez-vous de lever la suspension de la grève à la reprise des cours, début janvier 2026 ?

Aujourd’hui, alors que certains estimaient que la grève n’était pas opportune à l’approche de l’élection présidentielle, nous considérons qu’à partir du 5 janvier 2026, elle le devient pleinement. C’est dans ce contexte que nous appelons les enseignants à rester mobilisés, déterminés et rassemblés autour de la FSPE et du SNE pour mener ce combat.

Il s’agit d’un combat impersonnel, un combat pour la restauration de la dignité et de l’honneur de l’enseignant guinéen. Ce n’est pas le combat d’Aboubacar Soumah, de Michel Pépé Balamou, de Kadiatou Bah ou d’Algassimou Barry. C’est le combat de l’enseignant guinéen face à la précarité et à la misère.

Face à cette situation, nous sommes prêts à nous engager pleinement afin que les enseignantes et enseignants de Guinée puissent retrouver leur dignité et contribuer efficacement à la construction d’un avenir meilleur pour leurs enfants et pour la prospérité de la nation.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 18 décembre 2025 18:00

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