Ebola et visite du président Condé aux Etats-Unis : Ce qu’en pense Sidya Touré de l’UFR (Interview)

Sidya Touré, leader de l'UFR

CONAKRY- Comment l’opposition guinéenne a-t-elle accueillie la première sortie médiatique du président Alpha Condé devant la presse locale ? Le leader de l’Union des Forces Républicaines, Sidya Touré a estimé que cette conférence n’a pas eu l’effet escompté. Depuis la Côte d’Ivoire où il séjourne depuis quelques jours, l’ancien premier ministre guinéen a aussi répondu aux accusations du président Alpha Condé sur la mal gouvernance du pays. Exclusif !!!


AFRICAGUINEE .COM : Monsieur Sidya Touré bonjour !

SIDYA TOURE : Bonjour Monsieur Souaré !

Quelle lecture faites-vous de la première conférence de presse organisée par le président Alpha Condé ?

Apparemment les questions étaient prédéterminées puisque les réponses étaient écrites. J’estime que cette conférence de presse n’a pas permis d’expliquer aux guinéens exactement la situation dans laquelle ils vivent en ce moment et quelles étaient les solutions que le gouvernement proposaient pour en sortir.

Je n’ai pas eu l’impression qu’on a fait le bilan des quatre années de gouvernance Alpha Condé. Sur les infrastructures de base, au niveau de l’économie, de l’emploi et ainsi de suite. Par rapport à la situation d’Ebola, j’estime que la Guinée n’a pas été suffisamment réactive par rapport à cette question. Il  ne faut pas oublier que nous sommes le foyer de l’épidémie Ebola. Si cela a pu s’étendre au-delà de nos frontières, c’est parce que des dispositions n’ont pas été prises à temps. A un moment donné au mois de mai, moi j’ai demandé que le gouvernement prenne immédiatement  des dispositions drastiques  pour éviter la propagation à l’époque de la maladie, simplement à l’intérieur de nos frontières.  Je ne crois pas que ce travail a été fait correctement. Maintenant, il s’agit d’un problème extrêmement grave. Nous devons rester unis sur cette question. Mais je ne comprends toujours pas comment des dispositions qui sont prises dans les pays limitrophes, ne le sont toujours pas en Guinée !

C’est un problème extrêmement dangereux ! Nous n’en maitrisons pas tous les contours et quand c’est comme ça, on est extrêmement prudent. Et quand on est prudent à ce genre de chose, on prend des dispositions drastiques pour faire en sorte que cela ne s’étende pas. Ce problème peut nous créer des situations extrêmement pénibles, en ce qui concerne la  fréquentation de notre pays et les conséquences d’une telle situation, nous la connaissons.

Au cours de cette première conférence de presse, le président Alpha Condé a qualifié sa mission aux Etats-Unis de "très positive". Êtes-vous de cet avis ?

S’il est allé aux Etats-Unis, tant mieux pour lui, mais l’idée de raconter que l’argent qui a été débloqué est dû au voyage du président de la république de Guinée, il faut vraiment ne pas savoir comment fonctionnent les institutions pour croire à de telles choses. C’est une décision du Conseil d’administration. Et je ne pense pas que c’est parce que M. Condé est arrivé là-bas. Ce sont des dispositions qui ont été prises auparavant et qui s’annoncent lors de ces réunions-là. Donc, les deux choses ne sont pas liées. Ce qu’on lui demande, c’est de faire en sorte que les guinéens soient suffisamment préparés à affronter la  situation que nous avons aujourd’hui dans notre pays. C’est ce qu’on lui demande.

Dans ses propos, le chef de l’Etat a aussi déclaré qu’il se préoccupait plus du devenir de la Guinée dans 40 ans que des questions électorales. Votre réaction ?

Ce sont des propos assez curieux. Dire que tout ce qu’il fait,  c’est dans 40 ans (…).  Nous ce qu’on lui demande, il est élu pour une période de 5 ans, c’est de délivrer des résultats au cours des 5 ans. Des résultats palpables qui peuvent être appréciés par la majorité de nos concitoyens. Des résultats qui peuvent améliorer les conditions de vie difficiles que nous connaissons aujourd’hui. Faire reculer la pauvreté, voilà les questions qu’on pose. Mais, dans 40 ans, je ne crois pas qu’il soit chargé de cela. 40 ans, ce sont des perspectives. C’est un objectif à très long terme. Aujourd’hui, les guinéens ont un problème clair et net. C’est que nous n’avons pas suffisamment de nourriture, nous n’avons pas des conditions sanitaire réunies, nous n’avons pas d’assainissement, nous n’avons pas tout ce qu’un citoyen africain à la fin de l’année 2014 peut prétendre. C’est de ça qu’il s’agit.

Les élections, forcément qu’il va y avoir des élections. Elles se feront dans des conditions de transparence que nous avons indiquées. Si ce n’est pas le cas, bien sûr que cela pourrait entrainer des perturbations que nous avions connues auparavant.

Depuis quatre années, nous parlons de la même histoire. Dans tous les pays du monde, on devrait pouvoir finir sur cette question. On ne pas continuer de discuter des problèmes électoraux en permanence; ça ne devrait pas être sujets de débats de la classe politique, du gouvernement pendant quatre ans. Ce gouvernement a été mis en place pour faire des résultats qui  ont une implication directe sur la vie des citoyens. Le gouvernement ne peut pas faire du débat politique, un débat permanent dans toute sa mandature ! Donc, Oui, nous n’avons pas fini avec ces questions, parce que c’est la volonté d’Alpha Condé de continuer à discuter de ces questions-là. Comme je l’ai dit, cela évite de poser des questions sur  le bilan.

Le bilan ce n’est pas les élections qui se sont mal passées, comme nous le savons en 2013. Le bilan, c’est : qu’a-t-on apporté de nouveau ? Qu’est-ce qui a changé positivement dans la vie des guinéens ? Aujourd’hui, je crois  que le gouvernement  est incapable de répondre à ces questions.

Au cours de cette première conférence de presse, le président Alpha Condé a encore une fois indexé les anciens premiers ministres qui sont aujourd’hui dans l’opposition, d’être responsables du retard de la Guinée. Votre réaction ?

Il n’a qu’à  nous indiquer (…).  Moi je suis resté 3 ans premier ministre, Kouyaté et Cellou ont fait moins de deux ans. Lui (Alpha Condé, Ndlr) ça fait 4 ans qu’il est là, avec un Premier ministre. Qu’il nous dise ce qu’il a fait depuis. Comme ça on comprendra ce qui a changé. Je ne comprends pas cette histoire de se comparer tous les jours à des anciens Premiers ministres alors qu’on est président de la République, la première institution du pays, donc, détentrice de tous les pouvoirs ! Ce qu’on attend, franchement, ce sont des choses concrètes. Ce débat est stérile.

 

Entretien téléphonique réalisé

Par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Créé le 13 août 2014 19:08

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