Du journalisme en Guinée à la Garde Nationale américaine : le destin fulgurant de Mariama Sy

CHICAGO – Née en 1987 à Doghora, Labé, Mariama Sy, 38 ans en 2025, incarne la bravoure et la détermination. Après avoir fait ses preuves dans le journalisme et l’humanitaire en Guinée, le destin l’a menée aux États-Unis via la DV Lottery. Six ans après son arrivée, elle réalise une nouvelle prouesse en rejoignant la Garde Nationale américaine. Africaguinee.com s’est entretenu avec cette femme au parcours inspirant.

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Mariama Sy ! Votre parcours est singulier. Après une belle ascension en Guinée, vous vous retrouvez aux USA et, six ans plus tard, vous intégrez la Garde Nationale. Comment analysez-vous cette accélération du destin ?

MARIAMA SY : Bonjour AOB ! C’est vrai, les choses se sont vite accélérées pour moi. Après divers domaines en Guinée, un bon matin on m’annonce gagnante de la DV américaine que je n’ai pratiquement jamais jouée. Quelqu’un l’a fait à ma place, et par la force du destin, je suis là depuis 2019.

J’étais destinée à donner des cours de français après l’ISSEG de Lambanyi, mais j’ai vite choisi le chemin de la presse [Radio Soleil FM, Nostalgie] et de l’humanitaire [Inter News, Tinkisso Antenna, puis l’OIM]. C’est là que la nouvelle m’est parvenue.

Mariam Sy, au studio de la radio nostalgie

Je banalise cette chance, alors que c’est un rêve pour tout le monde ! C’est une collègue, et surtout la représentante de l’OIM, qui m’a encouragée en me disant que c’était la meilleure chose à faire pour ma carrière internationale. J’ai même raté mon premier rendez-vous à l’ambassade des USA à Dakar tellement j’étais peu intéressée ! Heureusement, on m’a donné un second rendez-vous, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Mon interview a duré moins de trois minutes. J’ai obtenu le visa séance tenante. Je suis arrivée sur le sol américain le 3 avril 2019.

L’armée a-t-elle été votre première option à votre arrivée à Chicago ?

Non, l’esprit était ailleurs au début. Venant d’un pays francophone, ma priorité était d’apprendre vite l’anglais, de m’intégrer, de me conformer à la culture et de m’adapter. Je voulais continuer au sein des Nations Unies, mais la barrière de la langue me faisait défaut.

Avant d’appliquer pour l’armée en juin 2025, j’ai fait beaucoup de choses, des petits boulots : la restauration, le nettoyage, j’ai travaillé dans les maisons de retraite où je prenais soin des personnes âgées. J’étais déjà habituée à l’endurance en Guinée. À côté, ma priorité restait mes cours. Je tenais à faire des études sérieuses.

Qu’est-ce qui a provoqué le changement d’avis en faveur de l’armée ?

C’est dans une maison de retraite qu’un capitaine de l’armée est venu me parler de l’intérêt d’y servir. J’ai d’abord rejeté sa proposition, car j’étais concentrée sur mes cours d’infirmerie. Mais il n’a cessé de me démarcher, m’expliquant tous les avantages. Je croyais que c’était un travail trop difficile physiquement et mentalement. Il m’a dit : « Ton courage actuel te permet d’être apte à tout. » J’ai fini par accepter. Encore une fois, comme la DV Lottery, c’est quelqu’un qui a poussé pour moi !

Vous avez intégré l’armée en juin 2025. Comment s’est passée l’intégration et cette première formation de base ?

J’ai introduit mon dossier au premier trimestre 2025. Comme j’étais à l’école, ils m’ont permis de terminer mon semestre. J’ai quitté ma maison le 23 juin pour l’armée, sans beaucoup de tracasseries, grâce à mon recruteur.

Les premiers pas n’ont pas été faciles, surtout à cause de l’âge. Je suis dans la trentaine, et je suis avec des jeunes de 17 ou 18 ans. Mentalement, vous vous trouvez dans un monde où tout est différent…

Pour ma part j’ai eu des formateurs flexibles, j’ai eu 3 formateurs, une femme et 2 hommes. Les trois n’ont pas le même tempérament encore moins le même état d’âme. Ils ne sont pas méchants mais ils vous apprennent à avoir une attitude qui forge à être militaire. Avec mes premiers pas j’ai eu mal partout mais j’ai supporté vraiment avec courage pour remonter les pentes.

La première difficulté physique que j’ai rencontrée, c’était d’avoir très mal aux genoux et aux pieds à cause des bottes lourdes et des longs efforts. Pendant plus d’un mois, je ne pouvais pas marcher correctement, encore moins courir. Quand on disait de courir, je venais toujours en dernière position. J’étais du lot des personnes qu’on ne croyait jamais tenir la suite de la formation. J’étais constamment à l’hôpital. Les médecins m’ont dit : « Tu n’as pas l’habitude de subir une telle pression sur ton corps, à la longue, tu vas t’y habituer. »

Les longues marches avec des charges étaient-elles les plus dures ?

Absolument ! Imaginez, on vous fait marcher des kilomètres avec un poids de 15 kg et plus dans le dos, des sacs qui pèsent lourd, sans compter les bottes. En plus, vous ne marchez pas sur un terrain plat, mais vous grimpez des montagnes et des collines. C’est une façon de nous préparer à toutes les éventualités. Les premières semaines ont été difficiles, mais tout est rentré dans l’ordre.

Y a-t-il une limite d’âge pour la Garde Nationale ?

C’est un message que j’adresse à tout le monde : il y a des limitations pour l’armée régulière, mais dans la Garde Nationale ou dans la Réserve, vous pouvez aller jusqu’à 40 ou 44 ans. Dans mon bataillon, le plus âgé avait 43 ans. J’ai 38 ans et j’ai choisi la Garde Nationale pour disposer d’un peu de temps pour ma famille.

Quel est votre grade et quel sera votre rôle ?

Je me suis engagée pour un contrat de six ans d’abord, renouvelable. J’ai obtenu un grade de Spécialiste dans la Garde Nationale. Mon diplôme de français de quatre ans, plus l’anglais que j’ai appris ici, ont boosté ma classification.

Nous avons terminé la formation de base (l’endurance physique et mentale). Nous sommes actuellement en voyage vers le Missouri pour suivre la Formation Avancée pendant deux mois. C’est après cette phase que chacun choisira ce qu’il compte faire dans l’armée : la spécialisation, apprendre un métier comme le transport, la logistique, la cuisine, ou l’administration.

Comment votre famille en Guinée a-t-elle réagi à cette décision ?

J’ai pris du temps pour leur annoncer. Je ne voulais pas les mettre dans une situation d’inquiétude. Vous connaissez nos familles, surtout quand on annonce vouloir faire l’armée en étant femme. Quand j’ai finalement annoncé la nouvelle, ils étaient contents, mais aussi anxieux. Leurs prières ont été de dire : que Dieu me protège. Ils redoutent que quelque chose m’arrive. Je ressentais leur joie, mais aussi leur inquiétude : l’armée américaine, c’est une institution qui passe avant tout.

Merci Mariama Sy pour ce témoignage inspirant !

Merci à vous AOB et à Africaguinee.com.

Entretien réalisé par Alpha Ousmane Bah pour Africaguinee.com

Tel:  (+224) 664 93 45 45

Créé le 6 octobre 2025 19:33

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , ,