Dr Faya Millimouno parle: « Pourquoi nous avons renoncé à saisir la Cour suprême… »
Alors qu’il dénonce des irrégularités ayant émaillé le scrutin présidentiel du 28 décembre 2025, le Dr Faya Lansana Millimouno, crédité d’un score officiel de 2,04 % annonce qu’il ne saisira pas la Cour suprême. Pourquoi ce choix? Le candiat du Bloc Libéral est-il prêt à collaborer avec Mamadi Doumbouya, le candidat élu? Entretien sans concession.
AFRICAGUINEE.COM : Vous avez dénoncé le processus électoral du 28 décembre, mais vous décidez de ne pas contester les résultats auprès de la Cour suprême. Pourquoi ?
DR FAYA LANSANA MILLIMOUNO : Écoutez. Le dernier acte que le Bloc libéral a posé devant la Cour suprême a été de lui demander de constater que le Code électoral est illégal, parce qu’il est en porte-à-faux avec la Constitution. Si la Cour n’a pas posé un acte, ce n’est pas à nous de lui dire ce qu’elle doit faire.
Donc, vous vous résignez ?
Ce qui s’est passé dans ce pays lors de ces élections, je crois qu’il y a des dimensions qui ne sont apparues nulle part. Vous ne pouvez être témoin d’une élection que lorsque les répertoires des bureaux de vote qu’on vous a fournis sont véritablement fonctionnels. C’est-à-dire que les centres et bureaux qu’on vous indique existent réellement : tel centre de vote se trouve à Tombolia ou à tel autre endroit. Mais si vous ne pouvez pas repérer les bureaux de vote là où le scrutin doit se tenir, qu’est-ce que vous pouvez revendiquer ? Cela devient impossible. Donc, nous avons pris tous ces éléments en compte et nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas nous battre contre un mur.
Avec un score de 2,04 %, certains observateurs estiment que la défaite est tellement cuisante que vous n’avez pas trouvé d’autre option. Le concédez-vous ?
Pas du tout. Cela ne nous affecte pas. Pourquoi ? Parce que tout le monde sait qu’il existe aujourd’hui de nombreuses localités dans ce pays où la légitimité du Bloc libéral n’a plus besoin d’être prouvée. Nous avons participé, avant les dernières élections, à d’autres scrutins par le passé où nous avons même battu le RPG Arc-en-ciel. Si l’on nous dit que nous avons eu zéro là-bas, cela signifie que nous n’avons plus besoin de prouver notre légitimité sur le terrain.
Sauf que le contexte n’est plus le même, Dr Faya.
Aucun temps n’a changé. Je vous donne l’exemple d’une préfecture comme Lola : clairement, nous avons la légitimité à Lola. Nous avons la légitimité à Yomou, à N’Zérékoré, à Macenta, à Guéckédou et dans beaucoup d’endroits du pays. Que ce soit en Moyenne Guinée, en Haute Guinée ou en Basse-Côte, nous avons aujourd’hui la légitimité. Mais tout a été organisé pour imposer le prochain président de la Guinée.
Reconnaissez-vous tout de même votre défaite et comptez-vous féliciter le président Mamadi Doumbouya ?
Non, nous ne reconnaissons pas notre défaite et nous ne féliciterons personne.
Dans les prochains jours, si les résultats définitifs sont proclamés et confirmés, il y aura sans doute l’investiture du président élu Mamadi Doumbouya. En cas d’invitation, allez-vous y prendre part ?
Nous ne prendrons part à rien. Si nous avons pris part à l’investiture d’Alpha Condé en 2020, c’est parce que nous avions ce que nous considérions comme des amis en prison, mais qui se sont révélés être des ennemis.
Si demain le président Mamadi Doumbouya vous faisait appel pour diriger la prochaine équipe gouvernementale, seriez-vous disposé à accepter ?
Nous ne répondrons à aucune question hypothétique.
Dr Faya, certains estiment qu’il y a des candidats à l’élection présidentielle, comme vous, qui ne seraient que des figurants, voire à la solde du régime en place. Qu’en dites-vous ?
Je crois que vous avez suivi notre campagne, comme celle de tous les candidats qui ont participé à cette élection. Le Bloc libéral a été le seul parti à dire clairement aux Guinéens pourquoi il fallait tourner la page de Mamadi Doumbouya et son équipe. Nous ne l’avons pas fait à huis clos, mais au grand jour. Vous avez toutes nos communications, de Dabola à Kouroussa, en passant par Kankan, Mandiana, partout où nous sommes passés. Nous avons exprimé clairement ce que nous pensions.
Nous ne sommes pas dans des deals opportunistes. Nous sommes en politique pour nous battre pour des valeurs et pour des principes. Et je crois qu’à travers nos interventions sur la télévision nationale, ainsi que toutes les communications que j’ai moi-même faites partout où je suis passé en Guinée, les Guinéens savent que nous nous battons pour des valeurs qui les concernent et pour des principes qui les concernent. Le reste, nous laissons à chaque Guinéen le soin d’en faire sa propre appréciation. Mais nous sommes convaincus que le candidat que je suis a offert la meilleure alternative au peuple de Guinée.
Une alternative qui, apparemment, n’a pas su convaincre suffisamment les électeurs. N’est-ce pas ?
Non, cela n’a pas été le cas. Je refuse de reconnaître cela. Parce que dire que cela n’a pas été suivi, ce serait reconnaître que ce qu’on nous a présenté est vrai, or ce n’est pas le cas. Je le répète encore : tout Guinéen intelligent et intègre a suivi mon message, a suivi mon programme, a suivi le rêve que j’ai pour la Guinée. Je suis convaincu que la majorité des Guinéens qui m’ont écouté sont avec moi (…).
Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 3 janvier 2026 12:27Nous vous proposons aussi
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