Dr Faya Millimouno : « Le premier succès d’un leader, c’est de préparer son successeur »
CONAKRY – Candidat investi par le Bloc Libéral (BL) pour la présidentielle du 28 décembre 2025, le Dr Faya Millimouno a créé la surprise en annonçant simultanément qu’il quittait la présidence de son parti après 12 ans de leadership. Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, l’ancien président du BL explique le sens de son geste qu’il traduit comme un message de rupture face à la culture de l’immobilisme et du culte de la personnalité. Il critique vivement l’héritage des précédents régimes, défend son successeur, et promet d’être le président (s’il est élu) qui mettra fin à la déception historique des Guinéens.
AFRICAGUINEE.COM : Vous venez de quitter la tête du Bloc Libéral. Quel message avez-vous voulu envoyer aux Guinéens ?
DR. FAYA MILLIMOUNO : Le message que j’ai voulu envoyer, c’est que nous sommes tous éphémères, nous sommes de passage. Nous ne sommes pas en permanence les plus intelligents ou les mieux indiqués pour être chef. Il faut savoir passer la main. Je trouve qu’en matière de leadership, la première réussite d’un leader, c’est la préparation de ses successeurs.
Quand vous n’avez pas préparé des gens capables de faire autant, sinon mieux que vous, vous compliquez la vie de tout le monde. L’histoire de la Guinée en est la preuve. Le premier président, c’est seulement quand Dieu l’a rappelé qu’il a laissé un pays saccagé. Pour Lansana Conté, c’était pareil.
Quand ils étaient au pouvoir, les gens autour d’eux, qui souvent manquaient de compétence, n’ont eu de cesse de leur dire qu’ils étaient les plus beaux, que seuls eux pouvaient assurer le bonheur des Guinéens. Tout ce qu’ils leur disaient, c’était juste pour se protéger eux-mêmes. C’est pourquoi chacun d’eux a laissé la Guinée presque en ruine.
Et ceux qui les ont ainsi flattés ont vite compris qu’ils n’ont construit que des édifices en carton qui n’ont pas résisté, même au plus petit vent. La preuve, aucun de ces régimes n’a duré plus d’une semaine après la mort de son chef.
Ce message-là est aussi adressé aux Guinéens – d’autant plus que je suis investi candidat le même jour.
Si vous avez souffert par le passé, si vous avez compté des morts, des blessés, des destructions, et si les Guinéens se sont affrontés parce que quelqu’un ne voulait pas quitter, cela n’arrivera pas avec le prochain président, si vous faites de ma modeste personne ce président-là. C’est le message de rupture que nous avons voulu envoyer. Quand certains disent que ce n’est pas bon de savoir qui va nous succéder, eh bien, on ne meurt pas, même quand on connaît son successeur, surtout quand on l’a préparé.
Comment avez-vous préparé votre successeur ?
Je l’ai préparé, comme je l’ai fait avec beaucoup de jeunes. Parmi eux, il y en a un qui fait aujourd’hui aussi la fierté des Guinéens, celui que j’appelle affectueusement mon jeune frère, Aliou Bah, qui est aujourd’hui en prison. Ce n’est pas la place qu’il mérite. Il devait être là, en train de se battre pour la démocratie, la liberté, et le bonheur du peuple de Guinée.
Alors, mon successeur, est-il parfait ? Non, il ne l’est pas. Personne ne l’est d’ailleurs. Mais ce que je sais, c’est qu’à mes côtés, il a connu la Guinée. Nous avons fait le tour du pays près de sept fois ensemble. Il a participé à tous mes voyages à l’intérieur. Il sait si une route est bonne ou mauvaise. Il connaît l’état de nos écoles, de nos centres et postes de santé. Il connaît ce que les Guinéens attendent. À chaque fois, ce ne sont pas les grands rassemblements qui nous ont intéressés, mais plutôt de rencontrer des Guinéens en petits groupes et surtout de les écouter.
Nous avons touché du doigt les difficultés de nos agriculteurs, ceux qui auraient pu nous donner à manger en abondance, pour que nous n’ayons pas à importer ce que nous mangeons. Il a appris tout cela à mes côtés. Il était au rendez-vous de toutes mes rencontres avec les Guinéens. De plus, il connaît les structures du parti, car c’est lui qui était le technicien lors de mes prises de parole. Il est le plus connu, parmi tout mon entourage, par nos militants et sympathisants à l’intérieur du pays. Il a aussi le sens de la loyauté.
Le fait de céder la tête du Bloc Libéral me donnera plus de temps pour faire le travail que je sais le mieux faire : enseigner. Je vais leur apprendre, à lui et à l’équipe élue à ses côtés. Je vais les accompagner, les conseiller et les encourager. J’accomplirai également toute autre mission qu’ils voudront bien que j’accomplisse, au nom de notre parti.
Si vous n’êtes pas élu à l’issue de la présidentielle, raccrocherez-vous à la politique ?
Non, non, je ne raccroche pas à la politique. Le Bloc Libéral a une vision. Il faut parfois joindre l’acte à la parole, car un acte vaut mille mots. Nous voulons que les Guinéens aient une autre image d’un parti politique. Dans un parti politique, il y a un gestionnaire à la fois – j’ai été le gestionnaire du Bloc Libéral pendant 12 ans. Mais dans un parti, il y a plusieurs leaders. À chaque veille de compétition majeure, nous donnerons la possibilité à ces leaders de s’exprimer pour briguer l’investiture. C’est pourquoi j’ai dit aux Guinéens que je ne serai plus le président du Bloc Libéral.
J’ai précisé ce jour que cela ne veut pas dire que je ne pourrai pas, dans les prochaines années, demander à nouveau l’investiture du Bloc Libéral pour l’élection présidentielle ou toute autre élection. Donc, je ne raccroche pas. Je serai là et je continuerai à travailler avec les amis. Je vais simplement jouer différents rôles.
Vous êtes investi candidat du Bloc Libéral. Qu’est-ce que les Guinéens pourraient s’attendre de vous si vous êtes élu ?
Ce que les Guinéens peuvent attendre de moi, s’ils font de moi le prochain président, c’est que je serai le président qui ne vient pas pour faire pleurer ou pour faire peur aux Guinéens. Je serai là pour travailler avec eux dans la sincérité, dans le respect, et dans la dignité, pour qu’ensemble nous construisions ce pays au potentiel si important.
Nous avons un programme pour cela, une équipe pour cela, et un courage à toute épreuve.
Ce que les Guinéens peuvent s’attendre de nous, c’est ce à quoi ils ont toujours rêvé, mais qu’ils n’ont malheureusement pas eu. Vous vous rappelez, lorsque le CNRD est arrivé, les Guinéens avaient repris à rêver. Le Guinéen veut vivre une vie de vérité, de transparence, d’amour. Mais à chaque fois que le Guinéen a applaudi, ceux qui venaient l’ont déçu les semaines et les mois qui ont suivi. Avec moi, il y aura une rupture totale.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 28 octobre 2025 13:00Nous vous proposons aussi
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