Dr Edouard Zoutomou Kpoghomou : « La CEDEAO est en train de jouer sa crédibilité… »

Edouard Zotomou KPOGHOMOU

CONAKRY-En Guinée, les deux dernières semaines ont été marquées par des visites à Conakry de diplomates de haut rang de puissances occidentales et de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Certains émissaires n’ont rencontré que les autorités de la transition, d’autres en revanche ont eu des tête-à-tête avec la classe politique. Que cache ce ballet diplomatique ? Analyse avec le Dr Edouard Zoutomou Kpoghomou, président de l’UDRP (Union démocratique pour le renouveau et le progrès) et vice-président de l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD).

AFRICAGUINEE.COM : Une délégation de l’organisation sous-régionale, conduite par le président de la commission de la Cedeao a séjourné à Conakry. Est-que la classe politique l’avait rencontrée ?

Dr. ÉDOUARD ZOTOMOU KPOGHOMOU : Nous n’avons pas eu d’entretien avec cette délégation. En tout cas au niveau de la classe politique, je ne suis pas informé qu’il y a eu des entretiens à d’autres niveaux.

A l’issue de son séjour en Guinée, cette délégation aurait demandé au président général Mamadi Doumbouya de jouer un rôle de leadership auprès des chefs d’Etats du Mali, du Burkina et du Niger, les trois pays qui ont formé l’AES afin de les ramener dans la grande famille CEDEAO. Que vous inspire cette démarche ?

Par rapport à cette mission qui a été confiée au président de la transition guinéenne, il y va de soi. Mais moi je crois qu’on va le juger à l’épreuve, parce que ce sont tous des panafricanistes. Toutefois, il faut faire une remarque : au moment où la délégation guinéenne était en train de supposer que la CEDEAO est devenue une CEDEAO des leaders, c’est dans ce contexte que la délégation de l’organisation sous-régionale est venue clairement dire que c’est une CEDEAO des peuples. Il y a une grosse nuance. Je pense que c’est simplement pour dire aux uns et autres de traduire ce qu’ils pensent en actes concrets.

Alors si on confie une mission au président de la transition, c’est pour qu’il aille effectivement convaincre ses pairs que l’organisation sous-régionale n’est pas une CEDEAO de l’union des leaders ou en clubs comme certains le disent mais plutôt une CEDEAO des peuples. La mission qu’on lui a confiée, aura pour rôle de mettre ce cas particulier en valeur afin qu’il aille convaincre ses pairs de retourner à la table (à la maison). Parce que unis nous sommes forts mais quand nous sommes désunis nous sommes à la portée de tout le monde.

Quelles sont les chances de réussite de cette mission pour le général Mamadi Doumbouya ?

Vous savez, feu président Ahmed Sékou Touré aimait dire que l’homme est un inconnu connu. Le président a des atouts que nous on ne connaît pas. En réalité, nous n’avons pas encore vu ce qu’il a fait dans le cadre du retour à l’ordre constitutionnel en Guinée dans un cadre apaisé. Mais s’il faut au-delà, convaincre ses pairs qui ont carrément quitté la CEDEAO, ce serait une bonne chose. Peut-être qu’il pourrait répercuter ça en Guinée.

Toutefois, cette délégation de la CEDEAO est venue à Conakry, elle ne vous a pas rencontrés et, si l’on se focalise aux propos du ministre des affaires étrangères de Guinée Dr Morissanda Kouyaté, on a l’impression que le respect du chronogramme de la transition n’était pas à l’ordre du jour, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il n’y a pas péril en la demeure. Ce que nous savons, c’est que la CEDEAO et le CNRD (Comité National du Rassemblement pour le Développement) ont concocté un chronogramme et une durée de la transition. C’est une décision entre elles, mais de là à dire que chaque fois qu’il y a une délégation de la CEDEAO qui arrive en Guinée, elle doit forcément rencontrer les acteurs politiques, ce n’est pas absolument nécessaire. Nous n’avons l’œil que sur l’accord qui a été signé entre les deux institutions. Cet accord fixe au 31 décembre 2024, la fin de la transition. Nous avons clairement dit à la CEDEAO qu’elle est en train de jouer sa crédibilité parce qu’au moment où ils signent l’accord, aucun parti politique, aucune coalition n’a été associé. Et la CEDEAO, et le CNRD, chacun doit respecter sa parole.

Nous pensons qu’en lui confiant cette mission-là, c’est dans l’esprit de voir dans quelle mesure effectivement la junte en Guinée, peut respecter la parole qui a été donnée au peuple ensuite l’accord qui a été signé sans concertation.

En revanche vous avez rencontré la sous-secrétaire d’Etat américain Uzra Zeya, la sous- secrétaire d’État à la sécurité, à la démocratie et aux droits de l’homme dans l’administration Biden qui vient aussi de boucler son séjour en Guinée. De quoi avez-vous parlé ?

La sous-secrétaire d’Etat américain avait déjà rencontré les officiels guinéens qui lui ont donné lecture de l’état de la transition en Guinée. Cela lui a permis de faire un certain équilibre en écoutant l’autre côté que nous sommes pour avoir leur version, les appréhensions de la classe politique du déroulement de la transition. Alors nous lui avons expliqué les problèmes qui sont en train de coincer effectivement l’aboutissement de la transition.

Alors, ce ne sont pas des sujets tabous, c’est autour des droits humains, du respect de la parole donnée (en référence aux engagements pris par le président Mamadi Doumbouya, ndlr) et du respect des libertés publiques. Alors, nous avons simplement pointé du doigt le fait qu’avec la fermeture des médias, on est en train d’assujettir ou agoniser carrément l’opposition, même les journalistes qui devraient être la voix aussi bien pour les formations politiques que pour gouvernement parce que s’il y a un beau travail que le CNRD est en train de faire, c’est cette presse qui va relayer cela. Donc s’il y a du travail que les gens ne jugent pas bien sur ce que les formations politiques sont en train de faire, c’est aussi cette presse qui va relayer cela auprès de l’opinion nationale et internationale. Nous avons ressorti cela, et nous avons aussi pointé du doigt le fait que toutes les tendances, tous les indices nous indiquent que le CNRD n’est pas prêt à quitter le pouvoir. On le lui a dit sans ambages parce qu’il y a des signes qui ne trompent pas. Il y a des actes qui sont posés, ils pointent directement cette possibilité.

Quand on rejette aux calendes grecs les élections qui sont supposées être la raison fondamentale d’une transition qui est un phénomène politique, c’est qu’il y a d’autres calculs qui sont derrière. Ces calculs seront découverts petit-à-petit et les intentions qui sont cachées derrière ce qui se passe.

Quelle a été la réaction de la sous-secrétaire d’Etat américain aux préoccupations que vous avez soulevées ?

Mme Uzeya Zeya a dit qu’elle a d’ailleurs rappelé à la junte de faire tout pour qu’il y ait une mouture de Constitution et que le tout soit fait dans l’esprit de l’accord qui a été signé entre le CNRD et la CEDEAO. Elle nous a dit qu’elle allait supporter les mouvements et tout ce qui allait dans ce sens. Elle nous a exhorté à travailler ensemble avec la junte pour pouvoir résoudre ces problèmes.  Mais nous lui avons tout simplement fait comprendre que ce n’est pas un manque de volonté de la part des partis politiques c’est plutôt un manque de volonté politique de la part du CNRD qui ne veut pas lâcher du lest parce qu’il y a d’autres intentions derrière tout ce qu’on est en train de voir. On a effectivement expliqué qu’il y a des intransigeances au niveau du CNRD, quand on parle de RAVEC, de RGPH-4, nous leur avons clairement dit que ces deux éléments ne sont pas indispensables à la conduite d’une transition et nous ne sommes pas d’accord sur cette démarche. Mais quand elle tient mordicus à cela, ça veut dire qu’on veut faire en sorte que l’on perdure davantage la transition on alors qu’on n’y pense même pas.

Vous avez remarqué, on ne parle même pas d’élections, en tout cas ça ne vient pas du CNRD. Nous avons simplement regretté que ce soit le premier ministre qui soit à l’heure actuelle qui s’occupe de cette publicité alors que lui-même il n’était pas là au moment où l’accord se signait puisqu’il est à la tête d’un parti politique.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 17 juin 2024 13:20

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