Bataillon de la sécurité présidentielle : Deux anciens dirigeants de la sécurité de Conté font des révélations…

CONAKRY-La dissolution du Bataillon de la Sécurité Présidentielle,  par le colonel Mamadi Doumbouya, a défrayé la chronique en Guinée. L’ampleur des spéculations autour de cette décision présidentielle a poussé le chef d’état-major général des armées,  le Général de brigade Sadiba Koulibaly à faire une mise au point.

Quelle est la genèse de la création de cette unité d’élite de l’armée Guinéenne ? Comment a-t-elle évolué ? Deux anciens responsables de la garde de feu Général Lansana Conté ont décidé de briser le silence. Sous anonymat, ces officiers ont apporté des précisions de taille sur cette unité d’élité créée en 1985 après le coup manqué de Diarra Traoré.

Explications !

« L’unité qui vient d’être dissoute a été en 1985 après le coup d’Etat raté de Diarra Traoré. L’unité d’élite qui était là, c’était le BATA (bataillon autonome des troupes aéroportés). C’est en quelque sorte le camp des parachutistes. Il était très résistant à l’époque, mais il n’était pas totalement dépendant de la présidence. Donc, le gouvernement a pensé créer une unité de contrepoids qui sera entièrement à la dévotion du président de la République. Cette unité a porté le nom de Bataillon autonome de la sécurité présidentielle (BASP). Cette unité n’avait de compte à rendre qu’au président de la République.

Ce qu’il faut comprendre, l’unité a existé certes avec les différents présidents, mais chacun a remplacé les hommes qui y étaient pour mettre les siens. Chaque groupe a résisté à tout pour protéger le président qui les a mis là. Avec le Coup d’Etat du 5 septembre, ceux qui étaient là ont résisté, c’est pourquoi certains sont tombés. S’il n’y avait pas eu résistance, personne n’allait mourir. Ceci dit, les nouvelles autorités sont venues aussi avec leurs hommes. Que ça soit par coup de force, que ça soit par élection, chaque président qui vient va améliorer à sa façon, en mettant ses hommes de confiance, mais l’unité est restée.

Feu Lansana Conté et ses gardes du corps

A l’image de tous les autres présidents, quand le CNRD est venu, ils ont muté tous les hommes qui étaient sur place vers l’intérieur du pays et dans d’autres services. Les hommes d’Alpha Condé et ceux du camp Koundara (actuel camp Makambo) ont été mutés. Ces derniers temps, je ne sais qu’est-ce qui se passe, si c’est les mentalités qui ont changé pour se précipiter à dissoudre l’unité (…).

Ce que je ne sais pas maintenant, c’est si Sarmoroya relève toujours de la garde présidentielle comme avant. Si c’est toujours le cas, peut-être, ça peut être la cause de la dissolution du BSP pour ne pas que ceux-ci croient qu’ils relèvent toujours de la présidence alors que les hommes du pouvoir actuel viennent exclusivement des forces spéciales, une unité d’élite à part qui tient le pays.

Peut-être que la décision est une façon de mettre  fin à  la mission du BSP au profit des FS (forces spéciales) devenues plus fortes et très répandues sur le continent avec une formation adéquate et plus expérimentée, plus apte aux opérations et aux ripostes.

Notre génération, après le régime du Général Conté, nous avons été ramenés au BATA pour la forme. Après l’arrivée des Konaté et autres, nous avons été désignés pour aller au BQG (bataillon du quartier général). Nous étions là avec le Général Idi Amin, les Nouhou Thiam et d’autres militaires bien connus de ce pays » confie S.A, ancien membre de la garde présidentielle du général Conté.

Un autre haut gradé qui a été membre influent de la sécurité présidentielle de Conté de 1998 à 2005 a aussi tenu à préciser comment cette unité a fonctionné jusque-là. A.C indique que la destitution de l’unité ne constitue aucun évènement pour ceux qui connaissent le rôle et la constitution d’une garde présidentielle.

 » Au début sous le régime de Conté, c’était le BASP.  Ensuite, l’unité a été rebaptisée BSP au temps d’Alpha Condé. J’ai assuré des responsabilités de 1998 en 2005. La différence est que nous, à notre temps, on fonctionnait en impliquant tous les corps du bataillon autonome de la sécurité présidentielle. Notre unité était composée de gendarmes, de policiers, il y avait des militaires qui formaient les membres de la sécurité présidentielle. Le même groupe assurait la sécurité du président, des domiciles et de sa famille. Le commandant que le président désignait avait aussi ses hommes de confiance.

C’est élémentaire de dire que ce n’est pas tout le monde qui est appelé à être de la sécurité présidentielle. En matière de garde présidentielle, c’est au président de choisir ses éléments. Il n’y a aucune opinion ou un débat, il revient au président de choisir ceux qui doivent assurer sa sécurité parce qu’il prend son cœur il donne à des hommes. Et il ne choisit pas n’importe qui pour garnir sa sécurité, ce qui est plus important, c’est la loyauté. Donc, ce choix est exclusif à lui, il compose sa garde lui-même et les remplace selon les besoins. Comme dans un match de foot, on corrige au fur et à mesure, les faiblesses constatées tout est soigné à tout moment.

Donc, avec le changement opéré par le colonel Doumbouya, il a tout fait raison, c’est une chose qu’il ne négocie avec personne. En réalité, le BSP ne relevait pas de son groupe. L’unité bien qu’elle n’existe plus en tant que telle, avec les racines elle était loyale à Alpha Condé. Habituellement, on remplace les hommes qui sont dans l’unité pour les vantiler dans les régions, mais le nom est resté auparavant. Alpha a enlevé le A dans le BASP pour garder le BSP seulement. Doumbouya ne connait pas ces hommes-là très bien. Ils ont servi avec l’ancien président, lui (Doumbouya) il est des forces spéciales.

En fait, la suppression de cette unité a même retardé sinon, dès le lendemain de la prise du pouvoir par le CNRD, le président devrait le faire aussitôt pour le recomposer directement pour maintenir les forces spéciales. A ce niveau, aucun débat n’a lieu d’être pour la sécurité du président.

Après la transition aussi, vous allez voir, le président qui va arriver ne prendra aucun risque de laisser sa tête dans les mains d’un groupe dont il n’a pas le contrôle. Il va aussi choisir ses hommes, composer sa garde sans autre forme de procès. Il va confier son cœur à un commandant digne de confiance auquel il va laisser les soins de garantir sa sécurité. C’est un code interne quand on dit prendre son cœur pour confier à un commandant. Doumbouya a déjà un bataillon, une compagnie avec lui avec lequel il est venu. Donc, il n’y aucune raison que l’ancienne unité reste.

Et, ce qui est important de comprendre, ce n’est pas la sécurité actuelle du président qui est supprimée, sa garde est encore sur place, c’est l’ancienne unité qui a joué le même rôle dans les temps qui est dissoute. Il ne faut pas penser que c’est la sécurité actuelle du président qui est dissoute, ceux-là sont là et avec lui. C’est une précision de taille qu’il faut apporter pour que les gens comprennent. C’est l’ancienne version qui est renvoyée. Ce n’est pas la garde de Doumbouya qui est renvoyée. Les forces spéciales sont là, c’est son unité ça.

Les gens en parlent mais la question de sécurité est très complexe surtout pour un président. On prend tous les risques pour ta vie. Suivre un président partout, ses rentrées, ses sorties, ses mouvements. Pour ce faire, il faut être loyal, intègre. Imaginez quand un président vous demande est-ce que c’est bon je peux sortir ? En tant que commandant vous dites Oui. Vous avez toute la responsabilité entre vos mains, tant que le président ne rentre pas vous n’êtes pas tranquilles. Tout ce que lui arrive, on estime que vous n’avez pas jouer votre rôle pleinement. Donc, avant dire oui imaginez les travaux à faire, les hommes sur le terrain pour vérifier tout et confirmer son passage. C’est après que tu vas monter dire au président que nous sommes prêts, cette phase sera longue. Après avoir lâché cette phrase, c’est une autre étape.

C’est un autre monde à part, donc on ne badine pas avec la sécurité du Président.  Un président doit changer les choses pour éviter les conflits de compétences et autre autour de lui. Quand ceux qui sont là vous sont inconnus, on les dissout ou on les remplace afin qu’ils sachent officiellement qu’ils ne sont plus de la sécurité présidentielle. A un moment aussi, le président peut sortir sans consulter le commandant de la garde, mais il se trouve qu’il est toujours avec les hommes de protection. Là aussi, c’est une autre situation que je ne vais expliquer ici.

Après nous, Dadis avait son groupe, Sekouba avait à son tour son groupe, Alpha a composé le sien. L’actuel aussi a son groupe avec lequel il est venu aux affaires. A notre temps, nous étions 8 compagnies, il y avait même les hommes à chevaux à Kindia appelée la cavalerie, la compagnie nautique à Kassa, la compagnie d’intervention de la sécurité des bâtiments de l’Etat, la protection à Tombo, le bataillon de commandement, le groupement d’intervention rapide à Km 36.

Sarmoreya relevait de la garde présidentielle avant. En cas de problème ou situation difficile, Samoroya ralliait Conakry. Mais au temps de Conté, c’était bien organisé. Ils venaient rarement ou on les faisait appel rarement. C’était l’arrière base. Le plus souvent, ils venaient aux défilés avec les chevaux », explique A.C

Propos recueillis par

Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 mai 2023 17:08

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