Disparition de Foniké Mengué et Billo Bah : « Ce n’est pas au gouvernement de répondre », tranche Ousmane Gaoual Diallo
CONAKRY – À moins de trois semaines du deuxième anniversaire de la disparition des activistes Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, et Mamadou Billo Bah, enlevés selon leurs proches le 9 juillet 2024 par des hommes cagoulés, Africaguinee.com a interrogé le porte-parole du gouvernement sur ce dossier. Face à nos questions, Ousmane Gaoual Diallo a estimé qu’il n’appartenait pas à l’exécutif de communiquer sur une procédure judiciaire en cours, renvoyant ce rôle vers les autorités judiciaires et les avocats des familles.
AFRICAGUINEE.COM : Le 9 juillet prochain, cela fera deux ans que les activistes Foniké Mengué et Billo Bah sont portés disparus. Est-ce que le gouvernement a du nouveau à leur sujet ?
OUSMANE GAOUAL DIALLO : Acceptez une chose : tout un gouvernement ne peut pas être interrogé sur une procédure judiciaire en cours. Le porte-parole du gouvernement n’a ni la légitimité ni la possibilité de répondre sur un dossier en cours d’instruction. C’est pourquoi je dis systématiquement : si vous voulez connaître l’évolution des dossiers en cours, adressez-vous aux juges, aux avocats, aux parties concernées ou aux familles.
Ce sont eux qui peuvent vous apporter des éclaircissements. Si, à chaque fois, on demande à un ministre ce qu’il sait d’une procédure judiciaire, même lorsqu’il dispose d’informations, il n’a pas vocation à s’exprimer sur un processus judiciaire en cours. Notre devoir est simplement de rappeler que la justice s’est saisie du dossier et qu’elle a ouvert une enquête.
Tout citoyen qui veut connaître l’évolution de cette enquête doit suivre cette voie. C’est ce principe qu’il faut respecter. Il y a des disparitions, des morts, des victimes, des délits et des crimes dans tous les pays du monde. Mais je ne crois pas que, lorsqu’un dirigeant étranger s’exprime, les journalistes lui demandent systématiquement où en est telle ou telle procédure judiciaire. Vous prenez l’exemple de la France : il y existe des procédures pendantes devant les juridictions concernant d’anciens responsables.
Il y a aussi des disparitions tous les jours, plusieurs milliers chaque année en France. Pourtant, personne ne demande systématiquement aux ministres où en est chaque enquête. Il faut distinguer le rôle du pouvoir judiciaire de celui de l’exécutif. Bien sûr, il arrive que le gouvernement réponde sur certains sujets, et cela s’est déjà produit. Mais on ne peut pas interroger systématiquement le gouvernement sur des procédures judiciaires en cours. Il faut que la presse fasse la part des choses.
Sinon, cela donne l’impression que le gouvernement détient des informations mais refuse de les communiquer. Or, ce n’est pas au gouvernement d’informer sur des procédures judiciaires en cours ; c’est à la justice de le faire. Tout citoyen qui souhaite savoir où en est une affaire peut donc s’adresser à la chaîne judiciaire. Ce n’est pas au gouvernement de répondre systématiquement. Il existe de nombreuses procédures devant les juridictions de notre pays.
Pourquoi, par exemple, ne demandez-vous pas au gouvernement où en sont les dossiers des personnes poursuivies pour viol ou pour assassinat ? Même si nous disposons d’informations, nous n’avons pas à nous exprimer publiquement sur ces affaires. Les médias doivent respecter cette séparation. Aucun ministre ne peut répondre systématiquement sur des procédures judiciaires en cours. C’est un principe qui devrait être compris.
Oui, Monsieur le ministre, mais le gouvernement est aussi chargé de protéger les populations. Lorsqu’il y a des disparitions de citoyens, et qui plus est de personnalités connues comme des activistes ou des journalistes, il est légitime de se demander si les autorités disposent d’informations et si elles peuvent rassurer l’opinion publique sur ces dossiers…

Je ne suis pas d’accord avec vous. Le gouvernement a effectivement l’obligation de protéger les citoyens, je ne dis pas le contraire. Mais il n’a pas l’obligation de rendre compte quotidiennement d’une procédure judiciaire. Pour cela, il existe une chaîne judiciaire.
Il est légitime de poser des questions lorsqu’il y a des victimes ou des disparitions. Dans ces cas-là, il est du devoir de l’État d’ordonner, par l’intermédiaire de la justice, l’ouverture d’enquêtes afin d’établir les responsabilités. C’est cela, le rôle de l’État.
En revanche, il n’appartient pas à un ministre d’expliquer quotidiennement où en est une procédure judiciaire. Ce n’est pas son rôle. Les gouvernements ne tiennent pas des conférences de presse pour commenter systématiquement les dossiers en cours.
Nous pouvons évoquer un sujet lorsque nous sommes interrogés et dire ce que nous savons. Mais même lorsque nous avons connaissance de l’évolution d’un dossier, nous n’avons pas la légitimité de nous exprimer tous les jours devant les journalistes sur son état d’avancement. Sinon, toute personne impliquée dans une affaire judiciaire pourrait demander au porte-parole du gouvernement où en est son dossier. Ce n’est pas son rôle.
C’est pourquoi je répète que ces questions, aussi légitimes soient-elles, doivent être adressées à la chaîne judiciaire de notre pays. Il existe suffisamment d’acteurs habilités à répondre. Les avocats des familles peuvent également organiser des conférences de presse pour informer l’opinion sur l’évolution des dossiers concernant leurs clients. Cela relève aussi de leur responsabilité.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 10 juin 2026 18:33Nous vous proposons aussi
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