Dialogue, prochaines manifestations, CNRD: les confidences d’Abdoul Sacko…

CONAKRY-A quel niveau se situent les préparatifs liés aux prochaines manifestations ? Pourquoi les forces vives ont-elles décidé de claquer la porte de la médiation initiée par les religieux ? Abdoul Sacko, un des leaders des forces vives de Guinée a répondu aux questions d’Africaguinee.com. Dans cet entretien, cet acteur de la société civile a abordé d’autres points liés à la gestation de la transition par le CNRD (comité national du rassemblement pour le développement). Interview.


AFRICAGUINEE.COM : Les forces vives de Guinée ont décidé de claquer la porte de la facilitation initiée par les religieux et ont annoncé une série de manifestations. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

ABDOUL SACKO : Aujourd’hui, tout guinéen qui aspire au bien collectif ou qui est conscient, sait que dans le pays, ça ne va pas. Or, c’est le respect de la diversité, la compréhension collective de la gestion de la chose publique qui peut nous permettre de sortir de cette situation. Ça ne va pas parce que les autorités de la transition considèrent ceux qui veulent leur réussite et qui osent dire haut ce qui se bourdonne en bas, comme des adversaires.  C’est ce qui est déplorable.

Si les entités qui composent les forces vives du pays étaient écoutées depuis le départ, les conseils qu’ils ont donnés, les propositions qui ont été faites, la transition guinéenne allait être la transition la mieux organisée elle aurait mobilisée beaucoup plus l’opinion nationale mais aussi la communauté internationale vers une sortie heureuse de la situation. Je me demande comment nous pouvons continuer à faire les jeux d’enfants, si après deux ans, nous ne savons pas où nous allons en réalité.

C’est maintenant là, alors que le gouvernement a eu un an et quelque de bonus gratuitement et après quatre mois du début du compte à rebours des deux ans du chronogramme pour retour à l’ordre constitutionnel, qu’ils nous disent qu’ils réfléchissent sur comment combien on doit mobiliser. Encore une fois, comprenez la consternation et toutes les difficultés que les forces vives de la Guinée ont aujourd’hui.

Quand vous voyez la souffrance au quotidien des populations, vous voyez les crises qui s’annoncent çà et là, les forces vives ne peuvent pas se permettre d’être complices de l’enlisement de la crise, on ne peut pas se permettre d’être complices de cette situation de pilotage à vue où personne ne sait où on va. Voilà la situation à laquelle nous faisons face et qui interpelle tout le monde aujourd’hui au-delà des intérêts personnels, au-delà des CV qu’on peut construire avec le CNRD, mais l’intérêt de la nation est en danger.

Nous sommes interpelés devant l’histoire et devant notre conscience patriotique mais aussi devant notre ambition de construire une société où chacun en fonction de ses potentialités, de ses besoins peut s’épanouir tranquillement.

Pourtant, à chaque rencontre au centre islamique de Donka, les religieux disaient que les lignes bougent…

Quand les religieux disaient que les lignes ont bougé ou ce qui était impossible à un moment donné est rendu possible, dans une certaine limite du possible, ils ont raison. Parce que les forces vives du pays après avoir décliné l’offre du premier ministre à présider le cadre du dialogue qui est une partie du débat, ont fini par accepter le principe. Alors, les lignes ont bougé lorsque les forces vives ont accepté de reporter trois fois d’affilée les manifestations qu’elles ont programmées malgré toutes les difficultés interne. Parce que les sympathisants et les membres des forces vives n’étaient pas pour qu’on reporte les manifestations. Il a fallu prendre une décision impopulaire pour accepter la demande faite par le gouvernement à travers les religieux. Mieux encore ils ont raison, les lignes ont bougé parce que nous avons accepté le moratoire sur toutes formes de manifestation pendant le carême et le Ramadan. Donc, il y a eu des avancées, mais de quel côté ? Du côté des forces vives.

Mais de l’autre côté, il faut préciser quelque chose parce qu’on est en train de manipuler l’information dans ce pays. Les forces vives de Guinée ne sont jamais et ne seront jamais du côté de l’impunité, ce que nous demandons c’est le respect des procédures, la réparation des droits. Vous imaginez qu’en Guinée, on vous arrête d’abord pour chercher les raisons de votre arrestation. Il y a aussi des acteurs sociopolitiques qui ont été mis sous contrôle judiciaire tout simplement parce qu’ils ont soutenu la liberté d’appeler à la manifestation.

Voyez-vous quelle mauvaise image cela peut envoyer vis-à-vis de notre démocratie ? C’est par rapport à tout ça que nous avons demandé libérer les acteurs sociopolitiques que le CNRD a arrêté pour leurs opinions et de respecter la charte de la transition qui dit qu’aucune raison ou qu’aucune situation, aucune exception ne justifierait la violation des libertés. Les autres qui sont arrêtés, emprisonnés pour délits ou prétendus délits économiques ou faits assimilés, lorsqu’ils sont déjà emprisonnés au-delà du délai normal de la détention provisoire, nous demandons de les mettre en liberté et les placer sous contrôle judiciaire et qu’ils continuent de répondre devant la justice en attendant que vous ayez tous les éléments de preuve. Si on ne peut pas respecter ces principes, alors il faut dissoudre la charte de la transition, retirer la Guinée de toutes les conventions auxquelles la Guinée est partie.

Nous sommes demandeurs de la transparence, mais regardez comment la transition est gérée. Les gouvernants actuels font preuve de quelle transparence ? De quelle moralité ? Exemple : En 2022 les compagnies minières et consorts ont versé leurs fonds aux collectivités où sont ces fonds ? Comment ces fonds sont gérés pendant que les communautés tirent le diable par la queue ? Les marchés qui sont passés çà et là, dites-nous vous avez vu des appels d’offre où ?

Nous avons fait près de deux mois en train de discuter. Je rappelle que c’est le 6 mars qu’on a engagé les démarches à travers les religieux.  Durant deux mois, pendant que ça crève par-là, ça crie par-ci et par-là, on ne comprend rien à tous les niveaux. Pensez-vous qu’on va se permettre le luxe de continuer à porter des boubous, des vestes et à faire des cocktails alors que rien ne bouge ? Ce n’est pas responsable. Donc, puisque le gouvernement ne parvient pas à faire bouger les lignes d’un iota de leur côté malgré toute la volonté que le pauvre premier ministre a exprimé devant nous dans les rencontres, nous avons décidé de prendre nos responsabilités.

Le premier ministre vous a quand même demandé un peu plus de temps lors de la dernière séance. Pourquoi le lui refuser ?  

Je rappelle que cela a été demandé le mercredi 26 avril et ça fait plus d’une semaine maintenant et nous ne sommes pas encore descendus dans la rue. Nous avons tout simplement dit qu’à l’allure-là si nous n’avons rien, nous sommes en train d’explorer les pistes de recourir à notre dernier rempart  qui se trouve être les manifestations. S’il y a le sérieux je pense que pendant une semaine des actes auraient été faits. Hélas, ce n’est pas le cas.

Est-ce qu’avant de claquer la porte vous avez alerté les leaders religieux ?

Avant la dernière rencontre, ce qui a été dit, ce que le vendredi, c’est-à-dire le jour de la fête de ramadan qu’on aurait connu tout ce que gouvernement avait en termes des prédispositions et de volonté par rapport au dialogue. Mais il est important de rappeler aux guinéens qu’on n’a même pas commencer le dialogue d’abord, nous sommes au niveau des préalables. On est passé deux mois à discuter de ça sans avancer. C’est extraordinaire dans une transition. C’est maintenant que j’ai compris les sympathisants et les membres des forces vives qui nous considéraient comme des gens peureux ou des gens qui sont trop accommodants et que c’était une perte de temps. J’ai honte devant ces gens qui avait compris que le CNRD cherchait à gagner assez du temps dans les privilèges du pouvoir.

Le premier ministre disait qu’il y avait certains préalables qui vont être réglé sur la table et d’autres sous la table. N’est-ce pas une bonne option ?

Quelque soit la manière de résoudre les préalables, nous résumons qu’il n’y a pas de volonté sinon cela ne demandait absolument pas du temps. Vous voyez aujourd’hui l’arrogance avec laquelle ils gèrent la transition pendant que les citoyens peinent à avoir deux repas par jour. Regardez au niveau du CNT, ils sont en train de faire le sport pour nous dire qu’ils ont tellement mangé qu’ils ont besoin de se dégraisser un peu par le sport, c’est trop enfantin. Organisé des séances des sports pour les membres du CNT rime à quoi ? Est-ce que cela va pousser les citoyens à faire le sport ? Quelle est vraiment l’importance ? Ils nous montrent que tout va bien chez eux. Il faut être modeste, humble, chaque parole qu’un responsable prononce, chaque acte qu’un responsable pose doit se conformer au contexte. Les propos et les actes de celui qui gouverne doivent avoir un lien avec ce qui vit sa population.

Vous avez annoncé la reprise des manifestations. Où vous en êtes dans les préparatifs ?

Vous savez, nous avons eu beaucoup de mal à reporter les manifestations de rue à trois fois d’affilée. Donc, il y a plusieurs niveaux de concertations. D’abord au sein des entités membres et à ce niveau, notre retrait a été unanimement salué. Nous sommes dans les discussions de savoir comment organiser les manifestations, quel va être leur ampleur ? Nous allons voir comment encadrer, sensibiliser pour que nos manifestations soient respectueuses de la charte, des lois et des conventions.

Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, le Ministre Mory Condé a dit que les manifestations vont davantage crisper la situation et empêcher le déroulement normal du chronogramme. Que répondez-vous ?

J’apprécie bien cette prise de conscience ou peut-être cette appréciation du ministre de l’administration du territoire. Il a raison, on a toujours dit que la transition, c’est la rareté des ressources mais ceux qui disent aussi que nous avons nos potentialités, nos mines, nous n’avons pas besoin des partenaires, nous ne pouvons pas ramper pour demander tel ou tel, je pense qu’il est très bon de prendre conscience que le monde est interdépendant. Et dans une transition on a besoin de l’apport extérieur et des partenaires.

Quelques soient les enveloppes que vous allez faire circuler à des petits diplomates, les partenaires et les bailleurs sont vigilants, ils savent qui représente quoi dans le pays, ils savent quelles sont les entités auxquelles le peuple s’identifie. Si ces entités ne sont pas autour de la table, si ces entités ne sont pas impliquées dans la gestion de la transition, envoyer de l’argent équivaut à le jeter par la fenêtre. C’est le refus du vrai dialogue, le refus de la recherche du consensus, c’est l’orgueil, le recours à la force qui est plutôt en train de nous entraîner vers des glissements peut être voulus. Mais la loi ne peut pas consacrer quelque chose et vous dites que ça c’est contre le développement ou le progrès. Ce n’est pas possible.

A suivre…

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo &

Dansa Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le 4 mai 2023 12:29

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