Dialogue politique, législatives, cas Cellou, Sidya, Main tendue de Mamadi Doumbouya: Mohamed Nabé brise le silence…

CONAKRY – Au lendemain de leur face-à-face avec le Premier ministre Amadou Oury Bah, Mohamed Nabé, président de l’Alliance pour le Renouveau et le Progrès (ARP), s’exprime pour la première fois. Arrivé quatrième lors de la présidentielle du 28 décembre 2025, le jeune leader politique revient sur les dessous de la rencontre au Palais de la Colombe. Entre la préparation d’un mémorandum collectif des candidats, son analyse de la reconduction du gouvernement et son plaidoyer pour le retour des leaders en exil, Mohamed Nabé livre un entretien sans concession à Africaguinee.com.

AFRICAGUINEE.COM : Le mercredi 18 février, vous et les sept autres candidats malheureux avez rencontré le Premier ministre, à sa demande. De quoi était-il question ?

MOHAMED NABE :  Comme vous le savez, le Premier ministre est, sur le plan constitutionnel, garant du dialogue social et politique dans notre pays. C’est à ce titre qu’il a adressé, il y a quelques jours, des lettres d’invitation pour des échanges avec les huit candidats ayant pris part à l’élection présidentielle et déclarés non vainqueurs.

C’est donc dans ce cadre qu’il nous a reçus au Palais de la Colombe, à la Primature, en présence de ses conseillers et de cadres de l’institution. Après les civilités, il nous a fait part de son intention — ainsi que de celle du gouvernement — de favoriser un dialogue constructif dans notre pays. Il a exprimé son souci permanent de mettre en place un cadre politique apaisé et inclusif. Il nous a également informés de sa rencontre avec les anciens Premiers ministres, toujours dans cette dynamique. Selon lui, ce processus vise principalement à créer un climat de confiance pour le bien-être des populations guinéennes.

Nous étions tous les huit présents. À l’issue de son intervention, la parole a été donnée à notre porte-parole, Mme Hadja Makalé Camara, présidente du FAN, qui s’est exprimée au nom du collectif. Elle a salué la démarche entreprise par le Premier ministre.

Il nous a également transmis le message du président de la République, évoquant une « main tendue » qu’il a qualifiée de sincère. Le gouvernement, selon lui, tient véritablement à l’apaisement du climat politique. Notre porte-parole a accepté cette main tendue au nom des huit candidats, dans le strict respect des principes et des visions de chacun. Je pense que la réunion s’est déroulée dans de bonnes conditions.

Le Premier ministre a par ailleurs indiqué qu’il envisageait la mise en place d’un cadre de dialogue, permanent ou ponctuel. Il souhaite que nous puissions nous retrouver régulièrement pour échanger sur les questions d’intérêt national et contribuer à un climat politique apaisé.

Face à cette initiative du Premier ministre, allez-vous répondre d’une seule voix ou chacun exprimera-t-il sa position ?

Nous avons décidé de parler d’une seule voix. Notre porte-parole a réitéré que nous avons pris acte de la démarche et que nous la saluons. Nous nous retrouverons dans les prochains jours afin d’analyser la situation et d’en tirer les enseignements.

Nous avons également décidé d’adresser un mémorandum au Premier ministre pour lui faire part de notre position sur les différentes questions soulevées. Notre réponse sera donc collective et non individuelle.

Candidat à la présidentielle du 28 décembre au compte de l’APR, vous avez été crédité de 0,83 % des voix, vous classant quatrième sur les neuf candidats en lice. Quelle expérience retenez-vous de cette participation ?

La première chose, c’est de rendre grâce à Dieu. Il faut reconnaître que l’ARP n’a que trois ans et demi d’existence. Participer à une élection présidentielle après seulement trois ans et demi d’existence n’est pas une chose aisée. Cela a été une très belle expérience, très exaltante. Elle nous a permis de découvrir le pays, d’aller à la rencontre des populations guinéennes et de mieux comprendre leurs attentes et leurs aspirations. Nous avons sillonné le pays de long en large, parcourant près de 9 000 kilomètres à travers les quatre régions.

Nous avons eu la chance de visiter 31 préfectures sur 33, ainsi qu’une dizaine de grandes sous-préfectures. Nous avons été à l’écoute et nous nous sommes rendu compte que les préoccupations et les besoins des populations restent les mêmes partout : l’accès à l’eau potable, aux routes, à une éducation de qualité et à des soins de santé performants. Ce fut donc une expérience enrichissante, qui nous a permis d’être proches des populations et de mieux cerner leurs besoins.

Vous leur avez proposé votre projet de société pour améliorer les choses, mais au regard des résultats, certains estiment qu’ils n’ont pas été convaincus, puisque vous êtes arrivé en quatrième position. Est-ce que vous partagez cet avis?

Je ne dirais pas forcément qu’ils n’ont pas été convaincus. Disons plutôt qu’un autre projet les a certainement davantage convaincus que le nôtre. Nous avions des propositions intéressantes, mais vous savez qu’une élection est une compétition. Les populations guinéennes ont décidé d’accorder leur confiance au candidat du GMD.

Comment jugez-vous les premiers pas du président élu Mamadi Doumbouya, notamment la formation du gouvernement ?

La formation d’un gouvernement relève du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État. Ils ont certainement estimé qu’il fallait s’inscrire dans une logique de continuité et de stabilité institutionnelle. Il faut reconnaître que la plupart des membres du gouvernement sont en place depuis quatre ans ; ils se connaissent et maîtrisent les rouages de l’État. On peut considérer qu’il existe une certaine continuité dans le fonctionnement.

Par ailleurs, des échéances importantes se profilent à l’horizon : les élections communales et législatives au suffrage direct, ainsi que les élections sénatoriales et la mise en place des conseils régionaux au suffrage indirect. Il est probable qu’ils aient privilégié la stabilité gouvernementale afin d’aborder ces échéances dans un climat institutionnel maîtrisé.

Et vous, en tant que leader politique, comment comptez-vous aborder ces futures échéances électorales ?

Nous sommes en train d’affûter nos armes. Nous avons mis en place des commissions chargées d’évaluer notre participation à la présidentielle afin d’identifier nos forces et nos faiblesses : ce qui a fonctionné et ce qui doit être amélioré. Nous allons également déployer des missions sur le terrain pour remercier nos militants et les populations qui nous ont fait confiance. En parallèle, nous poursuivrons l’implantation, la structuration et l’organisation du parti afin d’être prêts pour les prochaines échéances, qui sont très importantes.

L’ARP compte-t-elle y prendre part ?

Bien entendu. Un parti politique se doit de participer aux échéances électorales. Nous comptons donc y prendre part.

Certains estiment que des acteurs politiques validés pour la présidentielle de 2025 auraient conclu des accords avec le régime en place pour donner une certaine légitimité au scrutin. Que leur répondez-vous ?

Chacun est libre d’avoir son opinion, mais je trouve cela infondé. On ne crée pas un parti politique pour autre chose que la conquête du pouvoir. Créer un parti implique d’importants investissements financiers, matériels et humains. Il serait incohérent de consentir autant d’efforts pour ensuite conclure un quelconque arrangement. En ce qui concerne l’ARP, nous n’avons conclu aucun accord avec qui que ce soit. Nous n’avons été approchés par personne. Nous avons participé à cette compétition avec l’ambition de briguer la magistrature suprême. Dieu et les populations guinéennes en ont décidé autrement.

Aujourd’hui, l’essentiel pour nous est de tirer les leçons de cette expérience afin de mieux préparer les prochaines échéances, qu’elles soient présidentielles, communales ou législatives, et d’améliorer significativement nos performances électorales.

En quoi l’ARP représente-t-elle une alternative crédible pour les prochaines législatives et autres ?

Il faut reconnaître que, cette fois-ci, il ne s’agit pas uniquement de la vision globale du parti. Les élections communales sont des élections de proximité. Nous aurons des candidats ancrés dans leurs circonscriptions. Mais ce que je sais, et ce que j’ai toujours réitéré, c’est que l’ARP est un parti pragmatique et visionnaire. Nous avons un projet de société avant-gardiste, axé sur les besoins réels des populations guinéennes, notamment l’éducation, la formation et la création des conditions favorables à l’emploi des jeunes.

Nous voulons que les jeunes Guinéens aient accès à une éducation de qualité et à un emploi décent, et que les femmes bénéficient de meilleures conditions pour leur autonomisation. Nous avons posé des actes concrets avant même d’être au pouvoir. Les Guinéens croient en l’ARP parce que c’est un parti différent. Ce n’est pas un parti de discours creux, mais un parti d’actions.

Le dialogue peut-il être crédible et inclusif sans des leaders comme Sidya Touré, Cellou Dalein Diallo ou Lansana Kouyaté ?

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J’ai toujours dit qu’il est essentiel, pour un pays, d’avoir un climat social et politique apaisé afin de favoriser un développement harmonieux. Je pense que le gouvernement doit poursuivre la dynamique déjà amorcée, notamment en tendant la main à tous les acteurs de la vie politique, afin de parvenir à un cadre de dialogue réellement inclusif. Par ailleurs, j’en appelle également aux leaders qui ne sont pas présents. Il est important qu’ils acceptent de venir autour de la table et d’assouplir certaines conditionnalités ou préalables, afin que des concessions mutuelles puissent être faites. Le dialogue suppose des compromis de part et d’autre. Je regrette leur absence. Ceux qui ont la possibilité de rentrer au pays devraient le faire, car la politique guinéenne doit se faire en Guinée.

Concernant les partis suspendus, je lance un appel aux autorités et aux responsables concernés afin que les griefs soient examinés avec attention, que les documents demandés soient régularisés et que toutes les parties fassent preuve d’ouverture. Ces acteurs comptent dans le débat politique national et doivent pouvoir participer à la compétition démocratique.

Le président Mamadi Doumbouya a pris part au 39ᵉ sommet de l’Union africaine, marquant le retour de la Guinée après quatre années de suspension consécutives au coup d’État du 5 septembre. Que vous inspire cet événement ?

Je pense que c’est une très bonne chose. Je félicite le Président de la République et la diplomatie guinéenne pour la maturité et le professionnalisme dont ils ont fait preuve. J’étais moi-même présent à Addis-Abeba, et j’ai ressenti une grande fierté en voyant notre chef d’État s’exprimer devant ses pairs. Son discours était profond et porteur de sens. La désignation de la Guinée pour abriter le Centre africain pour le développement minier est également un signal fort. Notre pays était en compétition avec plusieurs autres États. Cela témoigne d’un certain leadership.

Ce n’est pas parce que nous sommes adversaires politiques que nous ne devons pas reconnaître les avancées positives. Au final, c’est la Guinée qui compte. Et, sur ce point, je félicite le chef de l’État pour avoir contribué au retour de la Guinée dans le concert des nations africaines.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com 

Créé le 20 février 2026 08:14

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