Déguerpissement à Dar-es-Salam et Hamdallaye : le député Abdoulaye Kourouma interpelle le Gouvernement (entretien)

CONAKRY- Après le drame survenu à la décharge de Dar-es-Salam, l’opposition parlementaire appelle les autorités à renforcer la prévention et à revoir la gestion des situations d’urgence. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com ce jeudi 27 août 2026, le leader du Rassemblement pour la Renaissance et le Développement (RRD) et président du groupe parlementaire « Alliance patriotique », dénonce l’absence de centres d’accueil prévisionnels et les déguerpissements engagés en pleine saison des pluies. Tout en saluant certaines mesures prises par le gouvernement, Abdoulaye Kourouma pointe des failles. Entretien exclusif !!! Première partie.

AFRICAGUINEE.COM : L’éboulement survenu à la décharge de Dar-es-Salam, qui a fait 34 morts et 22 blessées selon les informations disponibles, a profondément marqué l’opinion. Quelle est votre réaction face à ce drame ?

ABDOULAYE KOUROUMA : D’abord, nous adressons nos condoléances au président de la République et aux familles éplorées. Nous disons que gouverner, c’est prévenir, anticiper pour ne pas subir. La décharge de Dar-es-Salam aurait dû être déplacée depuis longtemps. Je ne sais pas si c’est une question de gouvernance ou de négligence qui fait qu’on n’est pas arrivé à la remplacer jusqu’à maintenant. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que le gouvernement est en train de prendre des dispositions. Le groupe que je dirige, le groupe parlementaire Alliance patriotique, nous avons rendu visite aux déplacés et aux sinistrés, avec 30 sacs de riz, 30 bidons d’huile et 5 sacs d’oignons. Tout cela constitue un geste de soutien aux actions du gouvernement, parce que nous sommes une opposition de contribution et de proposition.

Mais nous avons relevé certaines situations qu’il faut signaler, voire dénoncer. À chaque fois que nous sommes confrontés à des situations d’urgence, ce sont souvent des écoles qui sont réquisitionnées comme centres d’accueil, alors que le gouvernement n’a pas encore pris de dispositions pour créer de véritables centres d’accueil prévisionnels.

Par exemple, nous sommes à presque un mois de la rentrée scolaire. Aujourd’hui, nous avons plus de 700 familles déplacées au niveau de l’école primaire de Dixinn. Si nous avions des centres d’accueil, pour moi, nous n’aurions pas à nous soucier de savoir comment les reloger ou comment gérer la question de la rentrée scolaire.

Donc, nous interpellons le gouvernement, parce que les catastrophes ne préviennent pas. Ce genre de situation ne prévient pas. Même si nous compatissons, il faut que l’État prenne aussi ses responsabilités. Il nous faut vraiment des centres d’accueil en matière de sinistres. On verra ce qu’on peut réellement signaler dans ce cas précis.

Envisageriez-vous l’ouverture d’une enquête parlementaire sur ce drame ?

Non. En fait, ce sont des catastrophes naturelles, s’il faut le dire comme ça. Parce que je sais qu’il y avait des risques. C’est ce que je dis : gouverner, c’est prévenir, anticiper. Il y a peut-être eu de la négligence ou un problème de politique qui a empêché cela, parce que, quand vous prenez par exemple la gestion des catastrophes ou des urgences, il y a un dysfonctionnement au niveau des départements concernés. Vous allez voir qu’il y a beaucoup de choses qui relèvent du ministère de l’Environnement, telles que la gestion des catastrophes et autres, et vous verrez que c’est une direction du ministère de l’Administration du territoire qui intervient également dans cette gestion. Donc, cela fait qu’il y a un problème politique qu’il faut régler à ce niveau. Il est difficile de situer les responsabilités, non seulement politiques, mais ce qui est arrivé relève d’une catastrophe naturelle.

Et donc, l’opposition parlementaire n’envisage-t-elle pas de demander l’ouverture d’enquêtes, sachant que ce n’est quand même pas le premier cas ?

Vous savez, dans notre pays, la population est en avance sur le gouvernement. C’est le seul pays où c’est la population qui s’installe d’abord, avant que le gouvernement ne cherche à faire venir la route, l’eau et l’électricité. Contrairement à d’autres pays où il faut d’abord viabiliser les zones avant que les populations ne s’y installent, c’est-à-dire construire les routes, installer l’eau et l’électricité, prévoir les marchés, les lieux de culte et les décharges, en Guinée, c’est le contraire. Les populations s’installent d’abord et, après, le gouvernement cherche à mettre en place tout ce que je viens de citer.

Mais le développement, ce n’est pas une course de vitesse, c’est une course de fond. Je pense qu’au fur et à mesure que nous affrontons des problèmes et des situations pareilles, cela doit nous instruire. La victoire instruit, l’échec instruit ; il faut simplement en tirer les leçons. Ce qui est arrivé doit donc nous permettre de prendre des dispositions. Quand vous prenez, par exemple, l’éboulement qui s’est produit à Coyah, où il y a eu beaucoup de pertes en vies humaines, cela devrait permettre à l’État de créer des centres d’accueil.

Il y a eu près de 800 familles qui étaient logées au camp de Kouamé-Kourouma. Elles y ont passé presque huit mois et vingt jours, parce qu’il y avait eu des déplacés et que la zone avait été sécurisée pour permettre de déplacer certaines personnes. Après un autre drame de ce genre, on ne devrait plus envoyer les gens se loger dans les écoles, quand même ! Nous devons véritablement aller vers la prévention le plus tôt possible.

Il ne faut pas attendre. C’est ce que je dis : lorsqu’en matière de gouvernance, il n’y a ni prévision ni anticipation, on subit les conséquences. Et c’est ce que nous sommes en train de faire. Mais je pense que le président de la République note ce qui se passe au fur et à mesure et prend des dispositions pour améliorer la gestion de ce type de catastrophes.

Entre-temps, des opérations de déguerpissement ont été lancées aux alentours de la décharge. Des familles en détresse affirment que la décharge les as trouvés sur place. Quelle est votre réaction ?

Ce sont des réactions spontanées. Ce sont des choses que nous sommes en train de dénoncer. Je suis en train de vous dire que la population est en avance sur le gouvernement. Je vous ai donné l’exemple : dans d’autres pays, avant de vous installer quelque part ou de commencer à construire sur un terrain, vous trouvez qu’il y a déjà la route, l’électricité et l’eau. Il y a un endroit prévu pour jeter les ordures, un marché, ainsi que des lieux de culte.

Ici, en Guinée, c’est le contraire. Soit les gens s’installent d’abord et le gouvernement cherche ensuite comment construire la route, soit ils s’installent et, après, on se demande où mettre les déchets. Est-ce que ce sont les immondices qui ont trouvé les populations déjà installées ? Ou est-ce la population qui a trouvé les immondices ? Et quelles ont été, avant le gouvernement de Mamadi Doumbouya, les actions menées par les gouvernements précédents ? Il y a toutes ces questions qu’il faut se poser.

C’est quand même une question de vision et de stratégie de gouvernance. Pour moi, ce qui est arrivé, il faut le condamner et le déplorer. Mais cela doit aussi permettre de prendre des mesures. Les actions que les autorités sont en train de mener aujourd’hui, notamment ces déguerpissements spontanés en pleine saison des pluies, montrent que nous n’avons pas été suffisamment visionnaires dans la gestion et la prévention de cette crise.

Alors, à votre avis, que faut-il désormais faire pour anticiper ou prévenir ce genre de drame ?

Vous savez, nous sommes aujourd’hui mieux placés pour interpeller le ministre afin qu’il nous présente la stratégie qu’il a mise en place. Je pense que, dans les mois à venir, notamment au mois d’octobre, le ministre viendra nous présenter son budget et son plan d’action. Peut-être que ce sont des questions que nous réserverons pour lui.

Nous attendons donc le gouvernement à pied ferme sur cette question. Il faut le noter, parce que nous avons relevé beaucoup de défaillances en matière de politiques publiques dans la gestion de ces situations.

Je viens de le dire : aujourd’hui, les populations déplacées sont hébergées dans des écoles. Si nous avions des centres d’accueil prévus à l’avance — même si nous ne souhaitons évidemment pas qu’il y ait des catastrophes, il faut tout de même les anticiper — nous aurions pu éviter cette situation.

Maintenant, dans quelques semaines, ce sera la rentrée scolaire. Qu’est-ce qu’il faudra faire ? C’est justement ce manque de vision qui nous a conduits à loger les personnes déplacées dans des écoles et à transformer ces établissements en centres d’accueil.

Nous y reviendrons !

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 28 août 2026 11:27

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