Déguerpissement à Hamdallaye 1 : « Des bandits ont profité de cette situation pour voler nos biens »
CONAKRY- Le déguerpissement se poursuit dans plusieurs zones situées aux alentours de la décharge de Dar-es-Salam et à Hamdallaye 1. Pour les familles concernées, cette opération est synonyme de détresse, d’incertitude et d’insécurité. Contraints de quitter leurs habitations dans la précipitation, plusieurs citoyens affirment avoir été surpris par l’arrivée des équipes chargées de la démolition. Certains disent avoir eu très peu de temps pour mettre leurs biens à l’abri. Une situation qui, selon eux, aurait favorisé les vols et les pertes de biens.
À Dar-es-Salam, le déguerpissement intervient alors que les populations restent encore profondément marquées par le drame survenu le week-end dernier au niveau de la décharge, où un éboulement a fait plus d’une trentaine de morts, selon les témoignages recueillis sur place.
« Les bandits ont profité de cette situation pour voler beaucoup de nos biens »

Mariama Loulou Diallo fait partie des citoyens directement touchés par l’opération. Visiblement éprouvée par la situation, elle explique que les familles n’auraient pas bénéficié d’un délai suffisant pour organiser leur départ.
« C’est notre concession qui est en train d’être démolie. Mais nous n’avons aucune information sur la situation. Ils sont simplement venus nous dire de déguerpir. Donc, on a cherché à faire sortir nos biens dans la précipitation. Les bandits ont profité de cette situation pour voler beaucoup de nos biens. »
Pour cette habitante, le problème ne se limite pas à la destruction des maisons. Elle estime que les conditions dans lesquelles les familles sont contraintes de partir les exposent davantage à l’insécurité.
« Ils sont simplement venus nous sommer de déguerpir. Nous, c’est ici que nous sommes nés. Nos parents qui ont construit ici sont décédés. Nous aurions aimé que les autorités nous donnent le temps de rassembler nos affaires pour éviter que les bandits ne s’en mêlent. Malheureusement, ils nous ont mis dans cette situation de détresse. »
Des familles sans solution de relogement

Au-delà de la démolition des habitations, une autre préoccupation revient dans les témoignages : le manque d’informations sur la suite des événements. Les victimes disent ne pas savoir où aller ni quelles dispositions sont prévues par les autorités pour les accompagner.
Certaines affirment également avoir entendu parler de l’absence de dédommagement, sans toutefois disposer d’une communication officielle suffisamment claire sur la question. Mariama Loulou Diallo appelle ainsi les autorités à clarifier la situation.
« Nous disons aux autorités : s’il y a des choses à faire pour nous, informez-nous. Mais s’il n’y a rien à faire aussi, dites-le-nous. Parce que nous avons entendu dire qu’il n’y a pas de dédommagement. Donc, nous souhaitons que les autorités nous fournissent des éclaircissements. »
Camara Bangaly : « On se remet à Dieu »

À Hamdallaye 1, la situation est tout aussi préoccupante. Camara Bangaly, citoyen victime du déguerpissement, affirme que sa famille n’a pas eu suffisamment de temps pour se préparer. Selon lui, une partie de ses biens a dû être confiée à des voisins, faute de solution immédiate.
« Depuis 1980, mon papa avait construit le premier bâtiment. Et le deuxième, c’est moi-même qui l’ai construit en 2012. Subitement, ils sont venus directement et ont mis la croix sur ça, sans même nous avertir. Ils nous disent maintenant de quitter d’un coup. Au moins, si nous étions avertis, on allait prendre des dispositions. On les a plaidés, plaidés, fatigués, mais vraiment ils n’ont pas accepté. »
Face à cette situation, l’homme dit ne plus savoir vers qui se tourner.
« Là, on confie tout à Dieu. On se remet à Dieu, vraiment. Nous avons confié nos bagages à nos voisins là-bas et c’est là-bas que nous avons passé la nuit. Vraiment, on ne sait pas où aller. Nous avons des enfants, les enfants sont là, les femmes sont là, ils sont tous là chez nos voisins aussi. »
Son appel est adressé directement aux autorités de l’État.
« L’État est toujours la priorité. On ne peut rien par rapport à ça. Ce que nous pouvons dire, si l’État peut quand même venir au secours, au moins pour nous soulager un peu, qu’il le fasse. »
Souleymane Diallo : « Je n’ai pas l’habitude de m’exprimer comme ça »

Parmi les personnes rencontrées figure également Souleymane Diallo, fils de Thierno Souragata Diallo. Étudiant, il dit avoir du mal à contenir son émotion face à la situation de sa famille. Très affecté, il lance un appel au président de la République afin que les autorités prennent en compte la situation des familles touchées.
« Bon, c’est dur. Même si vous me regardez, je n’ai pas l’habitude de m’exprimer comme ça. J’ai envie de pleurer où je suis, ça fait mal. Mais ce que nous pouvons dire au Président aujourd’hui, c’est de regarder la situation de sa population. Nous sommes là depuis notre naissance. On ne fait rien aujourd’hui. Ils nous ont déstabilisés. »
L’étudiant explique également se retrouver dans une situation où il ne sait plus comment poursuivre normalement ses études et ses projets.
« Étant étudiant, qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui ? Qu’est-ce que je peux apporter avec ma situation là ? Je suis sur une voie de devenir infirmier. C’est dur. Regardez la situation de la famille aujourd’hui, on vient nous déguerpir. »
Selon lui, le manque de préavis aurait aggravé la situation des familles.
« Tous ceux qui sont par là, personne n’a été alerté. C’est hier à 11 heures. Aujourd’hui, nous sommes à quelle heure ? Ils sont en train de démolir. Ça n’a même pas atteint 24 heures. Qu’est-ce qu’on a pu faire avec ça ? Rien. »
« Aujourd’hui, nous n’avons pas où rester »

Le jeune étudiant affirme que sa famille ne dispose désormais d’aucune solution de logement.
« Donc aujourd’hui, vous n’avez pas là où aller ? Nulle part. Le ministre qui est chargé de venir démolir tout ça, le ministre de l’Habitat, là où il est, s’il était à ma place, il allait pleurer comme moi. C’est dur, en fait. Je ne peux rien dire. »
La précipitation du départ aurait également exposé les familles au vol, selon son témoignage.
« Hier, on a fait sortir nos trucs. Ils sont venus voler tout le monde. Tout, tout. Aujourd’hui, on n’a pas où rester. On n’a rien. Même mes habits de rechange que j’ai l’habitude de porter pour aller travailler aujourd’hui… »
Un appel à l’arrêt des démolitions

Face à ce qu’il décrit comme une situation de détresse, Souleymane Diallo demande une intervention des plus hautes autorités de l’État.
« Tout ce que nous pouvons dire au Président aujourd’hui, c’est d’arrêter ce qu’il est en train de faire. Il nous a fait ça à nous. On veut que ça se limite ici, que ça ne continue pas. »
À Dar-es-Salam comme à Hamdallaye 1, les témoignages recueillis font ressortir une même inquiétude : celle de familles désormais sans toit, exposées aux intempéries et à l’insécurité, et qui disent ne pas connaître les mesures prévues par les autorités pour leur accompagnement.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
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