Dégagement des logements précaires : des familles inquiètes face à la menace de démolition de leurs concessions

CONAKRY– Le dégagement des emprises de la décharge de Dar-es-Salam a débuté ce lundi 24 août 2026, lendemain de l’éboulement qui a tué 30 personnes, selon un bilan provisoire officiel. Sur le terrain, cette initiative des autorités suscite de nouvelles inquiétudes chez des habitants installés depuis plusieurs années.

Dans le secteur 3, précisément à Concasseurs, des familles disent craindre pour leurs concessions. Rencontré sur place ce lundi 24 août, Diallo Mamadou, qui habite les lieux depuis 2001, affirme avoir appris auprès de délégués du ministère de l’Habitat que les concessions situées autour de la clôture du château de la SEG pourraient être ciblées.

« Nous sommes concernés par ce déguerpissement-là, parce que notre concession est là. D’après les informations que j’ai reçues aujourd’hui auprès des délégués du ministère, après les cabarets, ils vont entamer les concessions », explique-t-il.

Selon son témoignage, les instructions évoquées par les agents porteraient notamment sur les habitations situées aux abords de la clôture du château. « On lui a demandé quelles sortes de concessions étaient concernées et quelles instructions il avait reçues au niveau du ministère de l’Habitat. Il a dit que l’instruction qu’il a reçue, c’est de prendre la clôture du château et de déguerpir tout ce qui se trouve autour », rapporte Diallo Mamadou.

« Nous habitons ici depuis 2001 »

Pour cet habitant, l’éventualité d’une démolition est d’autant plus préoccupante que sa famille occupe les lieux depuis près de 25 ans. « Moi, j’habite ici à peu près 20 ans, parce que depuis 2001, nous habitons ici. La maison a été construite par mon père », témoigne-t-il.

Diallo Mamadou dit toutefois ne pas savoir avec précision si sa concession sera effectivement concernée par l’opération. Une incertitude qui, selon lui, alimente l’inquiétude au sein des familles. « C’est cette inquiétude que nous avons actuellement. Parce qu’il a dit “à l’entour du château”. Nous, on est liés avec ça, parce que notre concession est au niveau de la clôture du château », poursuit-il.

Des ordures qui ont progressivement envahi la zone

Au-delà de la question du déguerpissement, l’habitant pointe également du doigt l’accumulation des déchets dans cette partie de la capitale. Il affirme qu’à son arrivée dans la zone, l’environnement était très différent. « En 2001, ça existait déjà, mais pas comme ça. Ici, il y avait une route, une voie publique qui menait de Carrefour-Boston à Dar-es-Salam. Il y avait une route bien faite, bien rasée. Il n’y avait pas ces dépotoirs-là. C’était à plat », se souvient-il.

Avec le temps, poursuit-il, l’accumulation des déchets aurait profondément transformé le paysage. « Ce que vous voyez aujourd’hui, ce sont des montagnes. On dirait vraiment des montagnes », déplore-t-il. Pour lui, cette situation interpelle également les structures chargées de la gestion des déchets. « S’il y a des concessions comme ça, il ne faut pas pousser les ordures jusqu’à ce que ça prenne une telle ampleur. Ça devient comme des montagnes. C’est ce qui tue », estime Diallo Mamadou.

« Nous n’avons pas où aller »

Face à la perspective d’un déguerpissement, cet habitant lance un appel aux autorités, notamment au ministère de l’Habitat, afin qu’une solution soit trouvée pour les familles concernées. « Pour le moment, nous n’avons pas où aller. Nous n’avons pas où aller. Donc, on lance un appel, surtout au ministère de l’Habitat, de voir notre position et de vouloir nous donner, même si c’est un coup de main, où aller nous loger », plaide-t-il.

Il évoque notamment la possibilité de recourir aux logements sociaux pour accompagner les familles qui seraient effectivement contraintes de quitter leurs habitations. « S’il y a des logements sociaux et ainsi de suite, qu’on puisse nous aider. Mais déguerpir pendant la saison des pluies, une famille entière ou des familles entières, démolir leurs maisons et les laisser comme ça, les bras croisés, ça fait mal », déclare-t-il.

« Nous ne sommes pas auprès du drame »

Interrogé sur le lien éventuel entre l’opération et les drames liés aux éboulements de déchets enregistrés dans la zone de Dar-es-Salam, Diallo Mamadou tient à faire une distinction. « Nous ne sommes pas auprès du drame. L’éboulement de ces ordures-là, c’est à Dar-es-Salam. Ici, c’est secteur 3, Concasseurs », précise-t-il.

Selon lui, la zone où se trouve sa concession ne serait donc pas directement concernée par les accidents évoqués. « Ici, ça ne fait pas partie de Dar-es-Salam. Ici, c’est Hamdallaye, secteur 3, Concasseurs. L’éboulement s’est fait de l’autre côté, à Dar-es-Salam », insiste-t-il.

Il affirme également qu’aucun accident, incendie ou décès lié à ces éboulements n’aurait été enregistré dans son secteur. Alors que les opérations de dégagement des emprises se poursuivent dans plusieurs zones de la capitale, les habitants concernés restent dans l’attente de précisions sur les concessions effectivement ciblées et sur les éventuelles mesures d’accompagnement prévues par les autorités.

Pour Diallo Mamadou, l’urgence est désormais d’éviter que des familles installées depuis de longues années ne se retrouvent sans solution de logement. « Nous demandons simplement aux autorités de voir notre situation et de nous aider à trouver où aller si nous devons quitter les lieux », conclut-il.

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com

Créé le 24 août 2026 14:40

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