Décrispation des tensions entre Conakry, Monrovia et Freetown : Ouf de soulagement en Guinée Forestière

NZEREKORE– Au lendemain du sommet tripartite de Conakry réunissant les présidents guinéen, libérien et sierra-léonais, l’heure est au soulagement en Guinée Forestière. Dans cette région frontalière où les liens familiaux et commerciaux transcendent les limites étatiques, les citoyens et leaders d’opinion saluent l’initiative diplomatique ayant permis de désamorcer les tensions récentes. Reportage.

Dans cette partie de la Guinée, les souvenirs douloureux des conflits passés sont encore présents dans les esprits. Suite à la décrispation des tensions transfrontalières qui minaient les relations de bon voisinage entre la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, les habitants interrogés ce mardi 17 mars 2026 par un reporter d’Africaguinee.com, appellent à une implication des communautés locales pour garantir une paix durable dans l’espace de l’Union du fleuve Mano. Ils ont salué de passage la rencontre tenue la veille à Conakry entre les trois chefs d’État pour désamorcer la crise.

Pour Étienne Kpoghomou, acteur de la société civile, les tensions récentes ont eu des conséquences directes sur les populations qui vivent de part et d’autre des frontières. Selon lui, les relations sociales, culturelles et économiques entre les communautés des trois pays sont étroitement liées. Il rappelle que de nombreuses familles sont réparties entre les différentes frontières et que les échanges commerciaux constituent une source importante de revenus pour les habitants des zones concernées.

« Quand il y a des difficultés liées à la délimitation des frontières, cela impacte directement le vivre-ensemble et la mobilité humaine. À Guéckédou par exemple, certaines personnes sont mariées au Libéria et vice versa. La fermeture des frontières affecte aussi le commerce transfrontalier », explique-t-il.

Selon lui, les localités comme Yomou, Diéké, Guéckédou ou encore Nongoa dépendent fortement des échanges commerciaux avec les pays voisins. La fermeture des frontières décidée après les incidents a ainsi perturbé l’approvisionnement de certains produits et ralenti les activités économiques.

Étienne Kpoghomou estime toutefois que la rencontre organisée lundi 16 mars 2026 à Conakry entre les présidents des trois pays constitue une initiative importante pour trouver une solution durable à la crise. Mais pour lui, la résolution des conflits frontaliers ne peut pas se limiter aux décisions administratives prises au sommet.

« La gestion des conflits transfrontaliers doit se faire avec l’implication des communautés locales. Les grandes décisions peuvent être prises à Conakry, mais sans initiatives locales, elles sont difficiles à appliquer sur le terrain », souligne-t-il.

L’acteur de la société civile appelle ainsi l’État guinéen, les partenaires internationaux et l’organisation régionale de l’Union du fleuve Mano à soutenir davantage les initiatives locales de paix. Il insiste également sur la nécessité d’une meilleure sensibilisation des populations sur les limites frontalières héritées de la colonisation afin d’éviter de nouveaux incidents.

D’autres citoyens interrogés à Nzérékoré ont pour leur part appelé à la retenue et à la préservation des relations fraternelles entre les peuples de la région. Pour Mamadou Saliou Barry, il est important que la situation ne dégénère pas.

« Nous prions Dieu pour que cela ne dépasse pas là où l’incident s’est produit. Nous avons confiance en l’armée guinéenne pour défendre notre territoire, mais nous demandons aussi que tout soit réglé à l’amiable entre les pays voisins », affirme-t-il.

Le citoyen invite également les populations à rester calmes et à éviter toute réaction susceptible d’aggraver la situation. « Nous sommes des voisins, nous sommes même comme une seule famille. Il faut laisser les autorités et les militaires gérer la situation », ajoute-t-il.

Bangaly Camara, autre citoyen rencontré, partage le même avis. Pour lui, la gestion de cette crise doit rester du ressort des autorités étatiques. « Il faut laisser le problème dans les mains des autorités. Nous avons confiance en elles pour gérer la situation. Si cela se transforme en conflit entre citoyens, cela pourrait créer quelque chose de grave », explique-t-il, saluant le déploiement des forces de défense et de sécurité dans les zones concernées.

Pour lui, cette mesure peut contribuer à prévenir toute escalade. « Quand les militaires sont partis sur le terrain, cela nous a rassurés. C’est aussi une manière de protéger notre territoire tout en évitant que la situation ne dégénère », dit-il.

De son côté, l’activiste Justin Haba rappelle que les conflits armés ont déjà eu par le passé des conséquences lourdes pour les populations de la région. Il cite notamment les périodes de guerre dans les pays voisins qui avaient affecté la préfecture de Guéckédou, autrefois considérée comme un important centre commercial sous-régional.

« La guerre n’apporte jamais de victoire. Elle ne laisse que des conséquences négatives. Nous avons déjà vécu ces situations dans la région et nous ne voulons plus que cela se reproduise », insiste-t-il.

Justin Haba se dit toutefois rassuré par les initiatives diplomatiques engagées par les dirigeants des trois pays et appelle les populations à soutenir les décisions prises pour préserver la paix. « Nous souhaitons que les accords issus de la rencontre entre les trois présidents soient respectés afin que les populations puissent continuer à vivre ensemble dans la paix », conclut-il.

À Nzérékoré, comme dans plusieurs villes de la région forestière, l’espoir demeure que le dialogue engagé entre les autorités de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone permettra de désamorcer durablement les tensions et de préserver la stabilité dans cet espace où les peuples partagent depuis longtemps les mêmes liens historiques, culturels et économiques.

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le 17 mars 2026 16:46

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