De Kankan à Timbo : L’incroyable épopée des forgerons de Hamdallaye…
MAMOU – Nichée dans le district de Soumbalako Maoudé, relevant de la sous-préfecture de Dounet, la forge de Hamdallaye défie le temps. Quatre siècles après sa création, cet antre incandescent ne se limite pas à la simple fabrication d’outils métalliques. Dans cette localité où la forge cohabite harmonieusement avec une mosquée bâtie par les artisans eux-mêmes, les maîtres des lieux exercent des activités qui transcendent le travail de l’acier : santé, rituels, sacrifices et prières rythment le quotidien de cet atelier devenu un véritable sanctuaire pour les personnes en détresse.

C’est une histoire qui s’écrit au rythme des coups de marteau sur l’enclume, une tradition transmise de génération en génération. Oumar Condé, un des doyens et gardien de ce temple artisanal, remonte le temps pour raconter la genèse singulière de cette forge, considérée comme la toute première de la préfecture de Mamou.
Une odyssée de Kankan à Timbo, les forgerons aux mains d’or
L’histoire de la forge de Hamdallaye est avant tout celle d’une migration interrompue par la reconnaissance du talent.

« Ce sont nos arrière-grands-parents qui ont commencé avec cette forge », raconte le vieux Oumar Condé, l’œil brillant de fierté. « Ils avaient quitté Kankan pour Timbo. Leur objectif initial était de poursuivre leur route pour se rendre en Basse-Côte. Mais, les sages de cette localité ont eu vent de leur réputation de bons forgerons et ont décidé de les retenir. Quand on leur a demandé ce qu’ils savaient faire exactement, pour toute réponse, ils ont grillé des pierres pour en extraire du fer. Avec ce fer, ils ont commencé à fabriquer des aiguilles, des lames, des houes, des couteaux, des machettes, des coupe-coupe et même des fusils », se remémore-t-il.

Le patriarche souligne également la dimension profondément altruiste qui caractérisait leurs ancêtres à l’époque : « Quand ils travaillaient pour les gens, ils ne fixaient pas de prix et ne demandaient pas d’argent. Ils se contentaient de prendre tout ce que les villageois leur offraient en guise de remerciement. Avant, c’est ici même que les populations venaient s’approvisionner. Aujourd’hui, les temps ont changé et nous envoyons nos produits dans les différents marchés hebdomadaires de la région. »

Au-delà du métal, un sanctuaire
Si la maîtrise du feu et du fer force le respect, c’est une autre facette de la forge qui attire les foules. À Hamdallaye, le forgeron revêt aussi les habits de guérisseur et de médiateur spirituel. Les lundis et les vendredis, l’atelier se transforme pour accueillir des malades, des femmes en quête de maternité, et des citoyens venus solliciter des sacrifices ou des prières.

Oumar Condé lève le voile sur ces pratiques ancestrales qui se perpétuent loin des regards indiscrets.« L’eau qui sort lors de l’arrosage des fers chauds possède des vertus. Nous l’utilisons pour traiter des cas liés à la sorcellerie ou aux mauvais esprits. On fait des prières pour les gens, on assiste les femmes qui éprouvent des difficultés à avoir une progéniture, ainsi que des personnes confrontées à des problèmes complexes que je ne saurais tous lister. Nous faisons ces pratiques exclusivement les lundis et les vendredis. Et pourtant, il faut le préciser, nous ne sommes pas des marabouts. C’est le pouvoir de la forge qui nous permet de faire toutes ces choses-là. C’est un savoir mystique que nous avons appris à travers nos ancêtres », explique-t-il.

Le péril de l’exode, un patrimoine menacé de disparition
Autrefois passage obligé pour de nombreux forgerons de la région qui y ont fait leurs armes avant d’ouvrir leurs propres ateliers à travers le Fouta, la forge de Hamdallaye fait aujourd’hui face à son plus grand défi : le désintérêt de la nouvelle génération.

Le doyen Condé ne cache pas son amertume face à la désertion des apprentis : « À une certaine époque, les gens venaient ici en très grand nombre dans le cadre de l’apprentissage. Mais récemment, avec l’évolution des choses, rares sont ceux qui sollicitent encore ce métier. Même nos propres enfants ne veulent plus le pratiquer. Ils estiment que les revenus sont trop faibles, alors ils choisissent de se tourner vers d’autres secteurs. Aujourd’hui, ce sont nous, les personnes âgées, accompagnées de quelques rares jeunes, qui restons ici. D’autres apprennent les rudiments et partent très vite en ville pour trouver d’autres boulots, ne revenant travailler que sur des programmes ponctuels. Nous refusons que ce métier disparaisse dans ce village, c’est pour cette raison que nous tenons bon et que nous sommes toujours là. »

Un appel à l’aide pour sauver l’héritage
Face à la rareté de la matière première et à la vétusté de leurs équipements, les artisans de Soumbalako Maoudé lancent un cri du cœur aux autorités et aux personnes de bonne volonté. Mody Oumar Diallo, un autre pilier de la forge, tire la sonnette d’alarme :

« On veut que l’État nous vienne en aide pour trouver du matériel de travail adéquat et nous approvisionner en quantité suffisante de fer pour assurer le bon fonctionnement de l’atelier. Aujourd’hui, nous sommes conscients que si nous ne nous battons pas, et si nous ne sommes pas soutenus, cette forge ne durera plus très longtemps ici. Pourtant, c’est l’héritage sacré de nos devanciers, un patrimoine de 400 ans que nous n’avons pas le droit de laisser mourir. »

Entre fierté d’un passé glorieux et incertitudes du lendemain, les forgerons de Hamdallaye continuent de battre le fer. Jusqu’à quand ? La réponse dépendra en grande partie de l’oreille attentive que les autorités prêteront à ces artisans qui, depuis quatre siècles, forgent l’histoire et l’âme dans cette localité de Mamou.

Un reportage de Habib Samaké
Correspondant régional d’Africaguinee.com à Mamou
Créé le 21 avril 2026 11:52Nous vous proposons aussi
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