CS Wanindara : MSF clôture 18 ans d’appui et transmet la prise en charge du VIH aux autorités sanitaires
CONAKRY– Après près de deux décennies d’un partenariat exemplaire, Médecins Sans Frontières (MSF) a officiellement passé le relais aux autorités sanitaires guinéennes pour la poursuite de la prise en charge du VIH au Centre de santé de Wanindara, ce mercredi 21 janvier 2026. Cette cérémonie de passation, marquée par une vive émotion, consacre 18 années d’appui constant à la prise en charge du VIH dans la commune de Matoto.

Si ce départ témoigne de la maturité et de l’autonomie acquises par le personnel local, il ouvre également une phase exigeante pour les autorités sanitaires, notamment le maintien de la gratuité des soins et le suivi spécifique des enfants et adolescents séropositifs. Cette transition historique marque la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle ère pour la santé communautaire dans cette zone de la capitale Conakry.

« Ce n’est pas un départ, c’est un jour de fête » (Julien Matter, MSF)
Prenant la parole à cette occasion, Julien Matter, Directeur Pays de Mission Médecins Sans Frontières en Guinée, a rappelé le long chemin parcouru depuis 2007, début de l’intervention de MSF.
« Aujourd’hui est un grand jour. Depuis 2007, Médecins Sans Frontières appuie le centre de santé de Wanindara. Dix-huit ans, ce n’est pas rien. À l’époque, les conditions étaient très différentes : il fallait parfois envoyer des échantillons à l’étranger pour obtenir des résultats biologiques », a-t-il expliqué.
Selon lui, le retrait progressif de MSF est le fruit d’un processus concerté avec les autorités sanitaires, appuyé par des comités de pilotage impliquant des responsables à haut niveau, afin de garantir la continuité des soins.

« Ce qui a été fait ici pendant 18 ans, c’est un appui en infrastructures, en laboratoires, en intrants et en formations du personnel. Il y a aujourd’hui une équipe extrêmement motivée et bien formée, avec une direction solide, centrée sur le patient », a-t-il souligné.
Julien Matter a insisté sur l’importance de la prise en charge précoce du VIH, rappelant que tout retard augmente non seulement les risques pour les patients, mais aussi les coûts pour l’État.
« MSF ne se retire pas parce que le niveau baisse, mais parce que le niveau est là, consolidé. Nous sommes confiants de laisser cette structure entre de bonnes mains », a-t-il affirmé, tout en attirant l’attention sur la nécessité de maintenir la gratuité des soins contre le VIH et d’assurer une rémunération adéquate du personnel de santé pour préserver les acquis.

« MSF a été bien plus qu’un partenaire » (Dr Kadiatou Cissé)
De son côté, Dr Kadiatou Cissé, Cheffe du Centre de santé de Wanindara, a exprimé une profonde reconnaissance à l’endroit de MSF.
« C’est avec une vive émotion et une immense satisfaction que je prends la parole pour dire merci à MSF pour son accompagnement constant depuis 2007 », a-t-elle déclaré.
Dr Cissé a rappelé les nombreux acquis du partenariat, notamment la fourniture des médicaments contre les infections opportunistes, le dépistage, la prise en charge médicale et psychosociale, la prévention de la transmission mère-enfant, le suivi biologique, ainsi que le renforcement des capacités du personnel, aujourd’hui devenu autonome et même mentor au niveau national.

« Grâce à MSF, des vies ont été transformées, des défis autrefois insurmontables ont trouvé des solutions durables », s’est-elle réjouie, tout en prenant l’engagement de pérenniser les actions mises en place et de continuer à défendre la dignité des personnes vivant avec le VIH.
Des inquiétudes pour les enfants et adolescents vivant avec le VIH
Malgré la satisfaction générale, des voix ont exprimé des préoccupations, notamment pour la prise en charge des enfants et adolescents. Mme Kadiatou Bodjé Baldé, Présidente de du Réseau Guinéen des Associations de Personnes Vivant avec le VIH (REGAP+), a fait part de ses craintes :

« Le départ de MSF suscite une forte inquiétude, surtout pour les enfants et adolescents séropositifs. Ils ont besoin d’un accompagnement psychosocial et nutritionnel adapté. Sans cela, même avec les médicaments, les résultats seront compromis », a-t-elle alerté. Elle a lancé un appel à l’État guinéen et aux partenaires techniques et financiers afin qu’une attention particulière soit accordée à cette catégorie vulnérable.
L’État rassure sur la continuité des soins
Pour sa part, Dr Sidibé Hawa, Responsable de cabinet du secrétariat exécutif du Comité National de Lutte contre le VIH, a tenu à rassurer :« MSF travaille avec l’État guinéen sur le vih depuis plus de 20 ans. Aujourd’hui, cette passation marque une nouvelle ère pour le centre de santé de Wanindara. L’État s’engage à poursuivre l’offre de soins, la dispensation des médicaments et le suivi des patients avec des soins de qualité », a-t-elle assuré.

Une page se tourne, mais les acquis demeurent
La passation du relais au Centre de santé de Wanindara symbolise la fin d’un cycle, mais aussi la maturité d’un système de soins renforcé, capable de poursuivre la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Si MSF se retire progressivement, l’héritage laissé – infrastructures, compétences, valeurs humanitaires – reste profondément ancré au cœur de la communauté de Wanindara.

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 21 janvier 2026 20:00Nous vous proposons aussi
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