Crise politique en Guinée : Mohamed Tall le porte-parole de l’UFR s’exprime ! (Exclusif)

Mohamed Tall, porte-parole de l'UFR          Photo-Africaguinee.com

CONAKRY- A l’Union des Forces Républicaines, formation politique dirigée par l’ancien Premier Ministre Sidya Touré, on croit de plus en plus à une alternance en 2015. Le porte-parole de l’UFR, Mohamed Tall, a dans cette interview exclusive accordée à notre rédaction, décrit la situation sociopolitique de son pays marquée par une crise profonde née d’un bras de fer entre pouvoir et opposition. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Tall !

MOHAMED TALL : Bonjour Monsieur Souaré !

Au terme d’une réunion qui s’est tenue à Conakry l’opposition guinéenne a décidé de boycotter sa participation au Parlement et dit ne plus reconnaître l’institution électorale. Pensez-vous que ces différentes mesures pourront faire fléchir le Gouvernement et la mouvance présidentielle ?

L’opposition pendant de longs  mois a préféré dialoguer pour aplanir  les différends qui l’opposaient au pouvoir. Mais comme vous le savez  ça n’a jamais été possible, depuis le mois de Novembre nous butons sur la fixation d’un ordre du jour, un ordre du jour qui a été proposé par l’opposition et qui n’a jamais été entériné. Jusqu’ici nous attendons le retour du ministre de la Justice pour nous dire quand est-ce qu’on pourrait se retrouver autour de la table. Toujours rien, nous avons espéré pendant longtemps qu’on allait tenir l’ordre des choses en ce qui concerne l’organisation des élections. A notre grand étonnement au mois de février, alors que la CENI devait se retrouver à Kindia pour élaborer un programme qu’elle allait partager avec les autres acteurs, à notre grande surprisse nous apprenons maintenant que  tout a changé, on commence désormais par la présidentielle. Nous ne pouvons pas accepter parce que cela confirme la volonté du pouvoir de mettre en place un dispositif de fraude, ça confirme que le pouvoir cherche à préserver l’illégalité en permanence, puisque les mandats des maires et autres sont arrivés à échéance. Le mandat présidentiel est en cours alors que celui des conseils communaux a expiré depuis belle lurette. Il faut donc mettre fin à cette illégalité. Troisième chose, c’est que ça met fin à la politique de décentralisation dans la mesure où en mettant en place ces délégations spéciales qu’on veut pérenniser, le pouvoir centralise tout à son niveau, de manière indirecte tous les pouvoirs qui devaient revenir aux représentants de l’Etat, mais également  le pouvoir qui devait revenir aux collectivités décentralisées. C’est pour toutes ces raisons que l’opposition ne peut pas accepter l’inversion du calendrier électoral.

Est-ce qu’on peut dire que l’opposition soupçonne le pouvoir en place de vouloir organiser des fraudes lors de la présidentielle à travers ces différentes délégations spéciales ?

Mais bien sûr on n’en est pas à notre première expérience électorale. Les mairies et les chefs de quartier jouent un rôle assez important dans le processus électoral , lorsqu’il s’agit d’identifier  l’emplacement des bureaux de vote, lorsqu’il s’agit  de stocker le matériel du bureau de vote , lorsqu’il s’agit de l’enrôlement dans la mesure où c’est le chef de quartier qui délivre un document important qui est le certificat de résidence et parfois même  quand le dépouillement n’est pas fini c’est entre les mains du chef de quartier , bref  ils sont au cœur du dispositif. C’est à ce titre  que nous ne pouvons pas continuer à accepter  que des autorités totalement illégitimes désignées par le pouvoir central continuent  à prendre en otage le processus électoral, donc c’est à raison que nous accusons le pouvoir de vouloir frauder les élections.

L’opposition récuse le calendrier électoral, elle demande également une nouvelle recomposition de l’institution électorale. Ne pensez-vous pas que cette opposition exige trop du pouvoir en place ?

Non, ce sont les dérapages qui sont nombreux. Ce n’est pas l’opposition qui est excessive dans ses revendications mais c’est plutôt le pouvoir en place qui s’éloigne des normes et de la légalité. Si vous prenez la CENI, un des principes de base de la CENI c’est l’équilibre dans la représentation de l’opposition et de la mouvance. Aujourd’hui il n’y a aucune contestation entre le fait que cet équilibre est totalement rompu en défaveur de l’opposition au sein de cette institution nous n’avons pas plus de trois commissaires qui peuvent veiller  à ce que nos intérêts soient un temps soit peu préservé au niveau de la CENI. Avant cet entretien je vous ai dit que la CENI est devenue une direction nationale  des élections dont il faut en sortir.  Mais il faudra aller plus loin qu’une simple recomposition pour la bonne et simple raison que la recomposition n’est pas la solution puis que dans les deux précédentes CENI  au départ il y avait un équilibre. Il faut aller au-delà  en permettant à la prochaine CENI d’avoir des techniciens  indépendants dont la rémunération ou le mode de rémunération sera fixé pour que cette indépendance ou cette autonomie soit garantie de manière à ce que ces techniciens se chargent des opérations techniques qui doivent être accomplies par   la CENI. Tous les départements techniques de cette commission doivent être  gérés désormais par des techniciens qui recevront des orientations et des directives des représentants des partis politiques et aux quels les techniciens rendront compte. C’est cette conception de la CENI qui permettrait de sortir de ce cycle infernal de rupture d’équilibre systématique. Si on en arrive là alors il est évident qu’il n’y aura pas trop d’intérêt pour les représentants de l’opposition de se retrouver dans la mouvance dès lors qu’ils ne serviront pas à manipuler  les opérations, mais simplement à donner des directives et à rendre compte à leurs bases.

Pensez-vous que c’est logique de récuser une institution dans laquelle vous-même vous avez des représentants ?

On a sur la base des lois qui a créé la CENI désigné des représentants, mais la loi veut comme je l’ai dit  que l’équilibre existe. S’il n’existe plus la CENI  devient quoi ? A partir de ce moment il faudrait penser à une nouvelle CENI.  Alors saisissons cette occasion pour  aller au-delà de cette recomposition  qui ne nous mettra pas à l’abri d’un déséquilibre futur. C’est pour cela il faudrait à l’interne réviser l’organisation et le fonctionnement même de la CENI tel que je viens de le décrire. Nous ne sommes pas des contestataires pour la forme, nous contestons ce qui mérite d’être contesté. L’idée qui a prévalu  au moment de la mise en place de cette institution au terme de longs mois de discussions de décider de retirer la responsabilité de l’organisation des élections des mains du ministère de l’intérieur pour créer une structure indépendante , c’était de faire en sorte que l’Administration à qui on ne faisait plus confiance ne soit pas seule à organiser les élections, faire en sorte que l’opposition soit intégrée dans le processus et qu’elle puisse participer de manière active au déroulement du processus. Aujourd’hui avec ce déséquilibre-là cela n’est plus possible. C’est pour cela on a toutes raisons de remettre en cause cette CENI.

Est-ce que tout ce processus est possible dans les délais légaux notamment pour l’organisation de la présidentielle?

Nous sommes sortis des élections législatives il y a un an et demi, pendant tout ce temps rien n’empêchait d’aller de l’avant. Pourquoi on a perdu tout ce temps-là ? On ne peut pas dire à l’opposition de sacrifier la CENI, de sacrifier les communales comme la date des présidentielles approche il y a tellement de choses  à faire allons-y. Non, nous n’accepterons pas ça, nous ne pouvons pas faire les frais des manquements, des faiblesses du Gouvernement. Si on a perdu assez de  temps, le Gouvernement doit en assumer toutes les responsabilités et s’il y a des conséquences à subir ce serait de son côté, pas de celui de l’opposition nous n’en sommes pour rien. Aujourd’hui on est en train de vivre le remake des élections présidentielles de 2010. Pour arriver aux législatives il a fallu trois ans et maintenant pour arriver aux communales ils veulent nous faire passer deux ans entre les législatives et les communales alors qu’il fallait trois mois seulement maximum à la rigueur. C’est inacceptable comme on dit, on ne peut pas se prévaloir de ses propres turpitudes, on ne peut pas nous opposer le temps qui passe.

Mais le Gouvernement dit qu’il ne s’est jamais engagé à organiser les élections locales avant la présidentielle. Cela ne met-il pas en cause le document récemment publié par l’opposition ?

Je crois que ce n’est pas sérieux de remettre en cause un engagement qu’on a tous pris devant  tout le monde. Une chose qui a fait l’objet d’une communication publique de part et d’autre en son temps. Le document existe, il est signé par les différents médiateurs nationaux et l’international. Dans la salle les diplomates étaient présents, le Gouvernement était fortement représenté, la mouvance et l’opposition étaient présents. L’idée était tout simplement de dissocier la signature ou l’accord sur la date des élections communales des questions liées à l’organisation des législatives. Voilà pourquoi il y a eu une dissociation c'est-à-dire deux documents.

Certains estiment que l’opposition a été un ‘’naïve’’ en n’exigeant pas du Gouvernement une signature dudit document. Que répondez-vous ?

Non, on ne peut pas jouer à ce petit jeu lorsqu’on est à ce niveau de responsabilité. Nous parlons d’élection et donc de la stabilité du pays. Tout le monde est concerné par cela. Je vous dis que le Gouvernement était fortement représenté. Nous devons arrêter ce petit jeu. D’ailleurs nos deux médiateurs nationaux ont tous reconnu que l’engagement était collectif,  que tout le monde était d’accord d’organiser les communales au plus tard en Mars 2014. Cela a fait l’objet d’un accord en salle et ce document avait été distribué et tout le monde était d’accord avec puis que c’est ce  qui avait été arrêté. Même le ministre de l’Administration du Territoire d’alors Alhassane Condé avait même proposé que ces élections se tiennent en décembre 2013, c’est après qu’ils ont dit peut être qu’il va falloir reporter au premier trimestre 2014, c’est ainsi que le mois de mars a été fixé comme délai. Je trouve très malheureux que le Gouvernement veuille remettre en cause l’authenticité, ou en tout cas ne veuille plus reconnaitre leur engagement à travers cet additif-là. C’est vraiment très regrettable.

Certains observateurs qualifient aujourd’hui l’opposition de faiblarde devant le pouvoir du Président Alpha Condé. Qu’en dites-vous ?

Cette situation qui est de plus en plus délétère prouve bien la difficulté dans laquelle se trouve le pays. Lorsque vous avez des dirigeants autistes il est très difficile d’arriver  à quelque chose. Nous avons réclamé le dialogue impossible, dénoncer  ce qui n’allait pas impossible, suspendu notre participation aux différentes  institutions, l’on s’est fait toujours pas entendre, nous menaçons de reprendre nos manifestations on n’est toujours pas entendu. Peut-être lorsque nous reprendrons effectivement nos manifestations nous serons entendus. C’est dommage parce qu’il y aura eu temps d’efforts pour rien et probablement tant de sacrifices pour rien et il faudra au Gouvernement de faire preuve de responsabilité en essayant d’anticiper sur les problèmes, en essayant d’inviter au dialogue les différents acteurs.

Il se dit aussi que vos différentes stratégies n’ont jamais abouti parce que les ténors de  cette opposition ne parviennent toujours pas à mettre de côté cette guerre d’égo qu’il y aurait au sein de cette opposition. Est-ce que vous partagez cet avis ?

C’est une perception, mais la réalité aujourd’hui est que la majorité des guinéens en a marre de ce régime, la majorité de ce peuple veut tourner la page de ce régime et aspire à un changement. La majorité souhaite l’alternance en 2015. Ce sont des réalités et je préfère qu’on s’en tienne à cela et voir dans quelle mesure on peut organiser toute cette force pour que l’échéance 2015 soit pour le peuple de Guinée l’alternance et le départ de Alpha Condé du pouvoir.

Lors de la dernière tournée de votre leader à l’intérieur du pays il a beaucoup insisté sur le mot alternance. Pensez-vous qu’un changement de régime est possible en 2015 avec l’UFR?

Nous le pensons et nous en sommes totalement convaincus. C’est une question vitale et de survie pour les guinéens. Nous pensons honnêtement que le niveau de rejet  est tel que je vois mal comment le président Alpha pourrait s’en sortir et comment il pourrait contourner tout ce mécontentement  et cette hostilité de la population et toutes ces déceptions bien qu’il soit président et qu’il pense pouvoir tenir tous les leviers pour tricher à grande échelle.

Que pensez- vous l’insécurité galopante dans le pays ?

Ce problème est extrêmement inquiétant, parce que c’est le premier rôle régalien de l’Etat, celui de protéger les citoyens et leurs biens à travers tout le territoire national. Aujourd’hui nous nous rendons compte que l’insécurité est telle, qu’on est obligé de reconnaitre le niveau de délitement avancé de l’Etat. C’est ainsi que beaucoup de pays sont tombés dans le chaos à cause des délitements et de la faiblesse de l’Etat. La situation et l’état de jungle prend le dessus progressivement  et là on est loin des investissements. Il faut que l’Etat prenne en main cette situation qui perdure mais pour cela il faut que tout le monde se lève pour accompagner les efforts, mais pour le moment on a l’impression que c’est le cadet des soucis du Gouvernement. Nous avions fait le même constat en ce qui concerne Ebola, quand des questions importantes de ce genre frappent notre pays nous avons un devoir de solidarité et de se retrouver en tant que guinéen et faire face à cela.

Pourquoi selon vous les guinéens devraient choisir Sydia Touré en 2015 pour être président de la République ?

C’est une excellente question, le constat aujourd’hui de notre pays est le suivant,  la première chose la plus urgente à régler c’est la réconciliation entre les guinéens c'est-à-dire réaliser l’unité nationale, apaiser les tensions intercommunautaires et faire en sorte que l’ensemble des guinéens puissent participer aux efforts de développement. La deuxième des choses c’est de mettre en place une vraie politique de relance économique. Je pense que par rapport au premier problème le président Sidya Touré est le mieux placé pour fédérer les guinéens , pour faciliter la cohabitation pacifique des guinéens et regarder dans la même direction et en ce qui concerne le deuxième point c’est la même chose, l’expérience  avérée de la gestion de l’Etat  et des compétences que personne ne conteste. Donc il réunit en lui les qualités essentielles pour diriger dans le contexte actuel la Guinée.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

 

Créé le 23 mars 2015 11:47

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