Congestion du port de Conakry: De graves répercussions sur les coûts de l’importation des véhicules

Une vue d'une partie du PAC

CONAKRY– La congestion persistante au port autonome de Conakry commence à produire des effets en chaîne sur l’économie nationale. Rareté de certaines marchandises, hausse vertigineuse des coûts de transport maritime, tensions entre transporteurs et importateurs : la crise portuaire inquiète de plus en plus les acteurs économiques, notamment dans le secteur de l’importation de véhicules.

Depuis plusieurs mois, les navires transportant des marchandises et des véhicules à destination de la Guinée sont contraints d’attendre en mer pendant plusieurs semaines et mois avant de pouvoir accoster. En cause : un manque criard d’espace au port de Conakry, saturé par l’afflux de conteneurs. Une situation qui entraîne des coûts financiers supplémentaires pour les armateurs.

Les prix du transport grimpent

Basé à Bruxelles depuis plus de 15 ans, Ibrahim Diallo évolue dans l’importation de véhicules vers la Guinée. Il témoigne de l’ampleur de la hausse : « Avant, le transport d’une petite voiture coûtait 350 euros, un 4×4 550 euros. Quelques mois plus tard, les petites voitures sont passées à 755 euros, les 4×4 à 870 euros. Et aujourd’hui, on est à 955 euros pour les petites voitures et 1 070 euros pour les 4×4 », a expliqué ce commerçant.

Cette hausse touche également les véhicules utilitaires. Les Mercedes Sprinter et Toyota Hiace sont passés de 1 700 à 1 900 euros, selon M. Diallo.

Selon les importateurs, la situation s’est encore aggravée après une opération de contrôle menée récemment par la police fédérale belge dans plusieurs garages de Bruxelles, entraînant la saisie de nombreux véhicules et d’importantes sommes d’argent. Dans la foulée, les compagnies de transport ont appliqué une nouvelle augmentation de 200 euros par véhicule, nous explique un importateur. Une accusation que les transporteurs rejettent catégoriquement.

Blocage, tensions

Face à cette flambée des coûts, les exportateurs de véhicules à Bruxelles ont tenté de faire pression. Une réunion aurait abouti à une décision collective de suspendre temporairement les achats et les expéditions. Mais la tentative de blocage devant certains garages a rapidement dégénéré, nécessitant l’intervention de la police belge.

Les compagnies de transport, elles, rejettent la responsabilité sur les autorités guinéennes, affirmant que leurs navires restent immobilisés en mer pendant un à deux mois avant le déchargement.

Coûts insoutenables

Ibrahim Diallo tire la sonnette d’alarme : « Imaginez-vous une petite voiture de Toyota Corolla, ou bien Mitsubishi Espace Star, ou bien un Nissan Almera qui coûte 1 000 euros le transport. 1 000 euros, c’est équivalent à combien de millions de francs guinéens ? Sans compter les frais d’achat et la douane. Et vous prenez une Toyota RAV4 ou bien un Mitsubishi L200 ou bien une Toyota Land Cruiser, vous payez 1 100 euros le transport, sans compter la douane et le prix d’achat, évaluez ça en francs guinéens. Parce que nous achetons les voitures ici (en Europe), on les revend à Conakry et on fait de l’échange du francs guinéens en euros pour acheter encore d’autres marchandises. Vous imaginez combien de fois c’est cher maintenant pour nous ? Aujourd’hui, 100 euros valent plus de 1 080 000 francs guinéens sur le marché noir. Pour payer 1 000 euros de transport, il faut 10 millions 800 mille francs guinéens. C’est devenu extrêmement difficile », dénonce cet importateur de véhicules.

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Cette situation affecte directement le pouvoir d’achat et entraîne mécaniquement une hausse des prix sur le marché guinéen.

Les armateurs justifient la hausse par les pertes en mer

Du côté des transporteurs, Danny Abou Zeid, un des responsables de la société Abou Zeid, explique les raisons économiques de cette augmentation : « Un de nos premiers bateaux est resté 20 jours en mer et le bateau coûte 50 000 dollars par jour. En 20 jours, cela fait un million de dollars de pertes. Réparti sur 3 000 voitures, cela représente une surcharge de 333 euros par véhicule », a aussi expliqué ce transporteur.

Face à ces pertes, la société indique avoir sollicité une contribution supplémentaire de 100 euros par véhicule pour les nouvelles expéditions. « Et donc, sur ça, on a demandé une intervention du client de 100 euros, pas pour les anciennes voitures, mais pour les futures. Ensuite, on a été voir au ministère, on a été voir au port mais il n’y a pas de solution rapide », déplore Danny Abou Zeid.

Des compagnies abandonnent Conakry

La situation devient si critique que certaines compagnies préfèrent désormais éviter la Guinée. La société NMT a annulé un chargement pour Conakry, nous apprend-on. Quant à Grimaldi, elle n’a prévu aucun navire à destination de Conakry avant l’année prochaine, explique la même source.

« Il y a même un concurrent comme NMT qui a annulé un chargement d’un bateau pour Conakry. Et ils ont déchargé les voitures qui étaient destinées à Conakry dans un autre port, pour ne pas attendre. Donc, vu que la situation s’envenime encore plus, on a décidé, vendredi dernier, de refaire encore une augmentation. Donc, on passe de 755 à 955 euros. Et donc, là, les clients sont fâchés contre moi. Or, le calcul, ce n’est pas moi qui le fais. Le problème, c’est en Guinée. Il y a un problème de place pour les voitures. Il y a trop de containers », a ajouté ce responsable de Abou Zeid.

Aucune solution immédiate

Malgré l’envoi d’une délégation en Guinée pour rencontrer les autorités, aucune solution rapide n’a été trouvée. « Avant, en 8 jours, notre marchandise arrivait à Conakry. Aujourd’hui, après un mois, il n’y a toujours rien. On brûle du temps et de l’argent. On a déjà envoyé une délégation en Guinée pour essayer de régler la situation mais, il n’y a pas de solution immédiate, rapide. Quand tu vois les autres destinations comme Douala (Cameroun) qui est encore plus loin de Conakry, on est à 600 euros. Le problème, ce n’est pas qu’on veut augmenter le tarif, sur la tête de la Guinée. C’est juste qu’on a des dépenses excédentaires », regrette Danny Abou Zeid.

42 % d’augmentation d’activités

Au-delà du secteur automobile, cette congestion portuaire affecte l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Les importateurs ont lancé un appel aux autorités guinéennes pour qu’une solution soit trouvée. Le Gouvernement admet les difficultés, mais selon lui, cette situation témoigne un signal positif pour l’économie guinéenne qui connait, une croissance d’activités très forte et soutenue.

S’exprimant récemment sur cette problématique, le ministre des Transports a admis que cette congestion provoque des tensions et des coûts financiers pour les navires. Ousmane Gaoual Diallo a révélé que le port de Conakry a connu une augmentation de près de 42 % des activités au cours du dernier trimestre.

Ces derniers temps des mesures ont été prises pour décongestionner le port, mais le ministre des Transport avertit que la crise est loin d’être résolue. “C‘est une difficulté qui va encore perdurer, même si on a réussi à la juguler. Même après avoir libéré un quai, les conteneurs restent sur place car les armateurs ne viennent pas les récupérer. Cela réduit notre capacité d’accueil pour de nouvelles cargaisons. L’arrivée du Simandou complique encore la situation, car la route maritime principale vers Conakry risque d’être saturée.”

Pour Ousmane Gaoual Diallo ces difficultés sont le signe d’un succès. « C’est toujours mieux d’avoir des problèmes liés à la croissance qu’à l’échec, même si cela pénalise pour le moment » ; a-t-il dit lors d’une récente conférence de presse.

Dossier à suivre !

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 décembre 2025 16:07

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