Conakry: Le boom de la livraison rapide (reportage)

CONAKRY- Avec l’essor du commerce en ligne et la digitalisation des services, les entreprises de livraison à moto se sont multipliées dans la capitale guinéenne. Dans plusieurs quartiers de Conakry, les livreurs sillonnent les routes du matin au soir pour acheminer des repas, des colis ou des courses. Si cette activité représente une source de revenus pour de nombreux jeunes, elle s’accompagne également de multiples risques.

Notre enquête nous a conduits à Kaloum, Kipé et Nongo, où plusieurs livreurs exercent leur activité. Casque sur la tête, téléphone à la main et sac de livraison sur le dos, ils enchaînent les commandes afin de satisfaire leurs clients dans les meilleurs délais.

Pour Mamadou Bah, livreur à moto, ce travail lui permet de subvenir à ses besoins. « Je commence souvent à 8 heures et je termine tard dans la soirée. Plus je fais de livraisons, plus je gagne, mais il y a des jours où les commandes sont rares », explique-t-il.

Les risques sont nombreux. Entre les embouteillages, les routes dégradées et les fortes pluies, les livreurs sont particulièrement exposés aux accidents. Ousmane Diallo, également livreur, se confie : « Nous roulons parfois sous la pluie pour respecter les délais. Ce n’est pas facile et nous devons rester très prudents pour éviter les accidents. »

De leur côté, les responsables des entreprises de livraison reconnaissent les difficultés du métier, tout en soulignant les opportunités qu’il offre aux jeunes.

Kerfala Sylla, responsable d’une entreprise de livraison à Conakry, affirme : « Nous faisons de notre mieux pour accompagner nos livreurs. Nous leur recommandons de respecter le code de la route et de privilégier leur sécurité, même lorsqu’ils doivent effectuer plusieurs livraisons dans la journée. Les revenus dépendent du nombre de courses réalisées, mais cette activité permet à de nombreux jeunes de gagner leur vie. »

Du côté des clients, ces services sont appréciés pour leur rapidité. Aïssatou Camara estime que la livraison à domicile lui fait gagner du temps. « Grâce aux livreurs, je peux recevoir mes achats sans quitter mon lieu de travail. C’est un service très pratique », dit-elle.

Malgré les avantages de cette activité, plusieurs jeunes motards estiment que leurs revenus restent instables. Une fois les dépenses liées au carburant, à l’entretien de la moto et à la communication déduites, les bénéfices sont parfois limités. Ils souhaitent une meilleure protection sociale, des formations en sécurité routière et des conditions de travail plus favorables.

Sana Traoré, secrétaire général du syndicat des taxis-motos de Guinée, tire la sonnette d’alarme sur la situation des livreurs dans le pays : « La livraison est un nouveau métier chez nous. Bien qu’elle implique de nombreux acteurs, aucun livreur ne bénéficie d’une couverture sociale à cause de contrats de travail signés à huis clos, dans l’opacité et hors de tout cadre juridique clair. Ne servant pas de déclaration auprès de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), ces contrats privent les travailleurs de numéro d’immatriculation et, par conséquent, de toute protection sociale », a-t-il indiqué.

Alors que la dernière Conférence internationale du travail a mis en place une commission pour faire adopter de nouvelles normes sectorielles, le syndicaliste affirme que son combat prioritaire est d’améliorer urgemment leurs conditions de vie et de travail. Cela passe, dit-il, par trois leviers majeurs :

  1. Faire pression sur l’État pour qu’il ratifie les conventions internationales.
  2. Ouvrir des négociations tripartites réunissant les sociétés de livraison, le syndicat et le patronat.
  3. Garantir un accès effectif à la couverture sociale.

Aujourd’hui, même si les motos et les chauffeurs disposent d’assurances de base, ils restent totalement livrés à eux-mêmes sans aucun accompagnement en cas d’accident. C’est le nœud du problème. Organiser ce secteur exige l’implication de tous pour instaurer un cadre de travail équitable. Il est temps de mettre fin aux pratiques qui privent ces livreurs de leurs droits face aux employeurs », a-t-il lancé.

A Conakry, le développement des services de livraison rapide offre ainsi de nouvelles opportunités d’emploi aux jeunes. Toutefois, cette activité demeure marquée par la précarité et les risques du métier. Pour beaucoup, l’avenir du secteur dépendra d’une meilleure organisation et d’un accompagnement plus important des livreurs.

Alpha Oumar Barry (stagiaire)

Créé le 5 août 2026 08:53

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