Conakry: Lancement officiel des activités de vulgarisation du Code de l’Enfant

CONAKRY- Le Gouvernement guinéen a procédé, ce mercredi 8 avril 2026, au lancement officiel de la campagne de vulgarisation de la loi spéciale portant sur le Code de l’Enfant guinéen, dans les treize communes de la capitale. Adopté le 30 décembre 2019 et promulgué le 11 mars 2020 par l’ex Président Alpha Condé, le Code de l’Enfant Guinéen comprend au total 1023 articles. La cérémonie de lancement de cette campagne de vulgarisation du code a connu la présence de deux membres du Gouvernement et plusieurs acteurs du milieu judiciaire guinéen, a appris Africaguinee.com.

Présidé par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, le coup d’envoi s’est déroulé en présence de la ministre de la femme, de la famille et des solidarités, le haut commandement de la gendarmerie nationale, le procureur général près la cour d’appel de Conakry, le procureur du tribunal pour enfant, des officiers de police judiciaire, l’OPROGEM, des magistrats, l’UNICEF…

Dans son discours d’ouverture, le Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a expliqué l’importance pour les acteurs de la chaîne pénale de comprendre et s’approprier ce Code. D’où cette initiative vulgarisation.

« Ce programme vise à rapprocher la loi des citoyens, à sensibiliser les communautés, à renforcer les capacités des acteurs judiciaires, sociaux et éducatifs, et à faire de chaque citoyen un acteur engagé dans la protection de l’enfant. Au-delà du cadre juridique, il s’agit d’un véritable appel à la conscience collective. La protection de l’enfant ne saurait être l’affaire exclusive de l’État ou des institutions judiciaires. Elle requiert l’implication de tous : parents, éducateurs, leaders communautaires, forces de défense et de sécurité, organisations de la société civile et partenaires au développement », a expliqué Ibrahima Sory II Tounkara.

Pour le Ministre de la Justice, un enfant bien protégé aujourd’hui est un citoyen responsable demain. « Protéger l’enfant, c’est investir dans l’avenir de notre nation. C’est bâtir une société plus juste, plus stable et plus prospère », a-t-il ajouté. Ibrahima Sory II Tounkara réitère l’engagement ferme du Ministère de la Justice et des droits de l’homme à accompagner l’ensemble des acteurs dans la mise en œuvre effective de la politique pénale en matière de protection de l’enfant.

« Je veillerai personnellement à ce que l’application de la loi se fasse avec rigueur, humanité et équité. Je le dis avec force : aucune atteinte aux droits de l’enfant ne sera tolérée, et aucune violation ne restera impunie. Nous devons également accorder une attention particulière aux enfants en conflit avec la loi ou en contact avec le système judiciaire, en privilégiant des approches respectueuses de leurs droits et favorisant leur réinsertion sociale », s’est engagé le garde des Sceaux.

De son côté, la Ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités a souligné que la protection de l’enfant, équivaut à protéger l’avenir. « Encadrer l’enfant, c’est bâtir une nation forte. Investir dans l’enfant, c’est garantir un développement durable et inclusif. Cependant, l’existence d’une loi, aussi pertinente soit-elle, ne suffit pas. Elle doit être connue, comprise et appliquée », a-t-elle déclaré.


Madame Patricia Lamah rappelle qu’une loi n’a de valeur que par son application effective : « Nous devons collectivement nous approprier ce texte. Magistrats, forces de défense et de sécurité, travailleurs sociaux, éducateurs, leaders communautaires, organisations de la société civile, chacun a un rôle déterminant à jouer ».

La Ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, a aussi souligné les défis auxquels la Guinée fait face en matière de protection de l’enfance. « Violence, exploitation, mariage forcé, travail des enfants, enfants en conflit avec la loi…ces réalités nous interpellent et nous obligent à agir avec responsabilité, détermination et solidarité. C’est dans ce cadre que mon département entend renforcer la collaboration avec le ministère de la Justice et l’ensemble des partenaires concernés, notamment pour améliorer la prise en charge des enfants en situation de vulnérabilité, y compris ceux en conflit avec la loi.

Nous envisageons à cet effet la mise en place de mesures alternatives à la détention, ainsi que la création de centres d’orientation et de rééducation adaptés, favorisant la réinsertion sociale plutôt que la stigmatisation. Car un enfant même en difficulté reste un enfant à protéger, à encadrer et à accompagner », a annoncé Patricia Lamah.

Pour sa part, le Procureur général près la Cour d’appel de Conakry a fait savoir que la vulgarisation du code de l’enfant ne constitue pas une opération de communication institutionnelle mais, elle répond à une nécessité juridique, sociale et éducative impérieuse. Pour Fallou Doumbouya, il s’agit de rapprocher la norme de ses destinations.

« Dans un environnement urbain complexe, comme celui de Conakry, marqué par des mutations sociales rapides, des pressions économiques et des vulnérabilités multiples, la diffusion effective des normes protectrices de l’enfant devient un impératif de gouvernance judiciaire et sociale. Le code de l’enfant constitue à son état un instrument normatif central qui consacre le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, la protection contre toutes formes de violences, d’exploitation et d’abandon, l’instauration d’une justice spécialisée adaptée à la condition particulière du mineur », a expliqué Fallou Doumbouya.

Dans la même lancée, il a ajouté que la vulgarisation de ce code vise à transformer la règle du droit en réflexion sociale et la norme juridique en pratique quotidienne.

« Au cœur de ce dispositif de protection se trouve une institution première, naturelle et irremplaçable, la famille. Les parents, en leur qualité de détenteurs de l’autorité parentale, portent une responsabilité juridique et morale de premier ordre dans l’éducation, l’encadrement et la formation de l’enfant. Cette responsabilité ne saurait être appréhendée de manière abstraite (…). Elle se décline concrètement par la transmission des valeurs sociales et républicaines de notre chère nation, l’incorporation du respect à la loi et de l’autorité, la surveillance du comportement de l’enfant et la prévention des conduites déviantes », a ajouté Fallou Doumbouya qui invite les uns et les autres de miser sur l’éducation pour mieux encadrer les enfants.

« L’enfant mal encadré aujourd’hui peut devenir l’auteur d’infraction demain. A l’inverse, l’enfant bien éduqué constitue le socle d’une nation stable, prospère et respectueuse de l’état du droit. La défaillance éducative constitue l’un des facteurs structurels de la délinquance juvénile. C’est pourquoi j’en appelle solennellement à la responsabilité des parents », a lancé le procureur général près la Cour d’appel de Conakry.

Le Procureur du tribunal pour enfant, pour sa part, a expliqué que l’appréhension du contenu de la loi permet à tous les acteurs de mieux s’orienter, de mieux s’appréhender du contenu et pouvoir bien faire la procédure. « Les enfants ne doivent pas être traités comme les autres encore moins comme les majeurs. Il faut avoir une procédure adaptée pour pouvoir les gérer. Quoi qu’il en soit, un enfant reste enfant », a rappelé Cé Avis Gamy.

Alors que plus de 5000 exemplaires du code de l’enfant ont été édités et distribués dans les cours et tribunaux de la Guinée, la représentante de l’UNICEF en Guinée a expliqué aux participants qu’une loi ne protège réellement que lorsqu’elle est connue, comprise et appliquée par tous magistrats, enseignants, forces de l’ordre, travailleurs sociaux, familles et communautés. Pour Maddalena Bertolotti, protéger les enfants n’est pas seulement une question juridique mais, une responsabilité collective.

« Un enfant protégé, écouté et accompagné à temps est un enfant moins exposé à la rue, à l’exploitation, à la déscolarisation ou aux comportements à risque. Un enfant qui commet une erreur reste un enfant. Un enfant en conflit avec la loi a avant tout besoin d’écoute, d’accompagnement, d’éducation et d’une seconde chance », a lancé Madame Bertolotti.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 8 avril 2026 16:02

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