Conakry : j’ai la nostalgie de la ville d’hier, mais j’aime déjà celle de demain (opinion)
Par Amadou Lamarana Bah

Il y a des villes que l’on habite. Et puis, il y a celles qui nous habitent. Conakry fait partie de ces villes-là — faite de souvenirs, de poussière, de soleil, de marchés et de petites rues où toute une génération a grandi.
Quand je la regarde aujourd’hui, j’éprouve un sentiment que je crois partagé par beaucoup : la nostalgie de certains paysages qui s’effacent, et en même temps l’enthousiasme sincère devant une capitale qui, enfin, ose se transformer.
Car soyons honnêtes : Conakry attendait ce moment depuis longtemps.
Une capitale qui change de visage
Il suffit de parcourir certains axes de la capitale et de sa périphérie pour mesurer l’ampleur de cette transformation.
L’échangeur de Bambéto en est le symbole le plus spectaculaire. Avec ses différents niveaux, son pont, son passage souterrain et la reconstruction de la Transversale T2, cet ouvrage a métamorphosé l’un des carrefours les plus congestionnés de la capitale en une prouesse d’ingénierie urbaine. Inauguré en novembre 2025 par le Chef de l’État, il incarne à lui seul le changement d’échelle que connaît Conakry.
À cela s’ajoutent les cinq ponts de Kakimbo, Kassonya, Kissosso, Kiroty et Demoudoula, désormais opérationnels, qui désenclavent des zones entières du Grand Conakry et rendent enfin possible une mobilité que beaucoup n’osaient plus espérer. La réhabilitation de la corniche nord, entre le rond-point du Port autonome et Tombo, va plus loin encore : elle ne se contente pas de faciliter la circulation, elle redessine le rapport de la ville à la mer.
Je pense aussi à Kagbèlen, au Km36, aux nombreux aménagements routiers et voiries urbaines qui, ensemble, dessinent une nouvelle géographie de Conakry — et aux chantiers engagés autour de l’hôpital Ignace Deen, de l’ancienne Maison centrale de Coronthie et de la Cité Chemin de fer, qui montrent que cette ambition dépasse désormais les seules routes pour toucher aux lieux mêmes qui façonnent l’identité de la capitale.
Le mouvement est là, visible, tangible, et il s’accélère.
Une vision assumée
Cette transformation n’est pas le fruit du hasard. Elle traduit une vision portée par Son Excellence le Général Mamadi Doumbouya, Président de la République, qui a fait des infrastructures, des transports et de la modernisation un pilier central du Programme Simandou 2040. C’est une décision courageuse : celle de donner à la Guinée des infrastructures à la hauteur de ses ambitions, plutôt que de gérer l’existant au jour le jour.
Une infrastructure n’est jamais l’œuvre d’un seul homme — elle est le fruit d’une chaîne de compétences et d’engagements. Je veux donc saluer, à travers cette vision présidentielle, le travail de l’ensemble du Gouvernement, des départements ministériels concernés, de l’Administration et Contrôle des Grands Projets, des entreprises, des ingénieurs et des ouvriers qui, souvent dans l’ombre, font sortir ces projets de terre.
À Son Excellence le Président de la République, je veux adresser un message simple : continuez à construire. Continuez à donner à la Guinée les moyens de son ambition. Continuez à regarder au-delà du présent — car un pont ou un échangeur bien pensé, ce n’est jamais seulement du béton et de l’acier. C’est du temps rendu aux citoyens, de la mobilité, de l’activité économique, de la dignité, et une part de l’histoire que nous transmettons aux générations futures.
Conakry doit devenir une ville qui respire
Construire des ponts et des échangeurs est indispensable. Mais l’ambition peut — et doit — aller plus loin : penser aux espaces publics, aux paysages urbains, à l’assainissement, aux espaces verts, à la mobilité douce, à l’éclairage, à la qualité de vie. C’est la suite naturelle de ce qui a déjà été engagé, et tout indique que la dynamique actuelle en prend le chemin.
Une Conakry où l’on circule, où l’on travaille, où l’on se promène, où l’on respire : une capitale à la hauteur d’un pays qui change d’échelle. Et cette transformation infrastructurelle appelle en retour la meilleure version de nous-mêmes : protéger ces ouvrages, en prendre soin, en faire des lieux dont chaque génération sera fière. C’est la part que chaque citoyen peut apporter à cette belle dynamique — non par contrainte, mais par fierté légitime de voir sa ville grandir.
Ce que nous sommes en train de gagner
J’ai la nostalgie de l’ancien Conakry — de certaines rues, de certaines habitudes, de cette atmosphère particulière que seuls ceux qui y ont grandi peuvent vraiment comprendre. Mais je refuse que cette nostalgie devienne un frein au progrès. Je préfère garder ces souvenirs précieusement tout en participant, avec enthousiasme, à la construction du nouveau Conakry.
Peut-être que dans quelques années, nous regarderons les photographies du Conakry d’aujourd’hui avec la même tendresse que nous réservons à celui d’hier. C’est ainsi que grandissent les grandes villes : elles changent, elles nous dépassent parfois, mais elles restent notre mémoire collective — et celle-ci s’enrichit chaque jour d’un peu plus de fierté.
Alors oui, j’ai la nostalgie de l’ancien Conakry. Mais quand je vois un nouveau pont apparaître, un échangeur transformer un carrefour, une corniche se réaménager, je ne regarde plus ce que nous perdons : je regarde ce que nous gagnons. Et ce que nous gagnons, c’est le début d’une nouvelle et belle histoire pour notre capitale.
Conakry n’oublie pas son passé. Mais elle a désormais le courage de construire son avenir.
À ceux qui bâtissent aujourd’hui cette nouvelle capitale, je dis simplement : continuez. Car demain, nos enfants ne nous demanderont pas seulement quelle ville nous avons connue. Ils nous demanderont : « Qu’avez-vous fait de cette ville ? »
Et nous pourrons leur répondre, avec une fierté entière : « Nous l’avons aimée. Nous l’avons préservée. Et nous l’avons rendue plus belle encore. »
Créé le 9 septembre 2026 09:58Nous vous proposons aussi
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