« C’est l’unique travail que je connais » : Le génie de la débrouille des vendeuses de fruits à Tarambaly
LABÉ– À 18 km du centre urbain, le carrefour de Tarambaly est devenu un point de transit où se développent des activités commerciales informelles, entre Labé, Tougué et Koubia. Des femmes locales y ont développé un commerce de fruits saisonniers qui soutient désormais l’économie de la sous-préfecture.
Entre l’achat en gros dans les villages reculés et la revente au détail aux usagers de la route, ces vendeuses assurent la survie financière de leurs foyers malgré la précarité des installations et la pourriture des stocks. À l’occasion du mois de mars, ce reportage met en lumière le quotidien de ces actrices rurales qui, au-delà de la vente, aspirent aujourd’hui à une structuration en groupements et à l’apprentissage de nouveaux métiers pour améliorer leurs conditions de vie.

Tarambaly est l’une des 13 communes rurales de la préfecture de Labé. Elle relie à la fois trois préfectures de la région: Labé, Tougué et Koubia. Avec cette position stratégique, cette localité pourrait devenir un pôle d’attraction majeur grâce au bitumage en cours des axes vers Tougué et Koubia.
Au cœur de cette commune rurale, un marché informel prend progressivement racine aux abords de la route nationale. En toute saison, des femmes courageuses y proposent des fruits aux voyageurs de passage. Grâce à cette activité qu’elles exercent avec honneur et fierté, elles subviennent aux besoins de leurs familles et rythment l’économie locale. À l’occasion du mois de la femme, Africaguinee.com a posé ses valises auprès de ces braves travailleuses.

Pour garnir leurs étals dès l’aube, ces mères parcourent quotidiennement des kilomètres, sillonnant les marchés hebdomadaires et les villages reculés de la région. Hadja Mariama Bailo, la quarantaine, s’est spécialisée dans la vente d’oranges. Elle veille scrupuleusement à ce que son stock soit toujours suffisant pour les usagers de la route.
« Nous nous rendons chaque mardi et samedi dans les marchés de Sannoun et de Dionfo pour nous approvisionner. Parfois, nous allons directement dans les vergers des villages de Hamdallaye ou Darou. C’est un véritable défi de revendre en détail au carrefour. On réalise des bénéfices, mais on enregistre aussi des pertes quand les fruits pourrissent faute d’acheteurs rapides. Malgré tout, on avance sans répit. Notre souhait aujourd’hui est d’apprendre des métiers comme la saponification ou la teinture pour diversifier nos revenus », confie-t-elle.

Mariama Diallo affiche une expérience de deux décennies à ce carrefour. Malgré la rudesse du quotidien, son enthousiasme reste intact :
« Cela fait maintenant 24 ans que je vends des fruits ici selon la saison. C’est l’unique travail que je connais, ma seule source de revenus pour faire bouillir la marmite. Actuellement, les oranges se font rares et leur prix est élevé. Les clients se plaignent, mais nous ne décidons pas des tarifs ; nous fixons nos prix en fonction du coût d’achat. C’est une lutte pour la survie, faite de bonheurs et d’épreuves », explique-t-elle.

La relève est également présente. Thierno Adama Sira Diallo, 32 ans, a emboîté le pas à ses aînées. Elle vient désormais remplacer sa mère sur le bord de la route : « Notre survie dépend des usagers. Sans les voyageurs, nous n’avons personne à qui vendre. Je viens ici depuis sept ans pour permettre à ma mère de se reposer, avec le soutien de mon mari. De l’aube jusqu’à 18 heures, nous attendons le client. Comme beaucoup d’autres ici, nous espérons bénéficier de formations pour nous constituer en groupements et améliorer nos conditions de vie. »

Ces visages de Tarambaly sont le miroir de millions d’autres femmes à travers la Guinée. Par leur activisme économique silencieux mais efficace, elles assurent le quotidien des familles et s’imposent comme les véritables baromètres de la stabilité sociale du pays.

Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
Tel. (+224) 664 93 45 45
Créé le 12 mars 2026 07:05









