Cancer du sein et du col de l’utérus : « sur 9 femmes touchées chaque jour, 7 en meurent », alerte Pr Bangaly Traoré
CONAKRY- Le cancer du sein et celui du col de l’utérus représentent aujourd’hui une véritable urgence de santé publique en Guinée. Ces deux maladies continuent de faire des ravages chez les femmes, malgré les campagnes de sensibilisation et de dépistage qui s’intensifient, notamment durant le mois d’octobre, consacré à la lutte contre le cancer.
Dans cette interview accordée à Africaguinee.com, le Professeur Bangaly Traoré, coordonnateur du Programme national de lutte contre le cancer, tire la sonnette d’alarme :
« Chaque jour, neuf (9) femmes sont touchées par ces deux cancers, du sein et du col de l’utérus, et sept (7) en meurent. C’est pour cela qu’ils sont considérés comme des tueurs silencieux. »
Dans cet entretien, le spécialiste évoque plusieurs aspects liés à la lutte contre ces maladies, notamment le dépistage précoce, les statistiques alarmantes et les modes de traitement disponibles. Il appelle à une mobilisation nationale pour renforcer la prévention et sauver des vies. Lisez !
AFRICAGUINEE.COM : Pourquoi le mois d’octobre est-il consacré à la lutte contre le cancer ?
Pr. BANGALY TRAORÉ : C’est une impression que les gens ont, mais la sensibilisation contre le cancer se fait toute l’année. Cependant, le mois d’octobre est dédié à la sensibilisation, à la mobilisation des ressources pour la recherche, la prévention, le dépistage et l’accompagnement des malades atteints de cancer. En Guinée, depuis 2019, nous avons introduit le concept Octobre Rose pour mener des actions intégrées contre le cancer. Depuis, ces activités sont menées dans tout le pays.
Comment se déroule la campagne de sensibilisation en Guinée ?
Plusieurs acteurs sont impliqués, notamment les organisations de la société civile. Le Programme national de lutte contre le cancer assure la coordination sur le terrain, renforce les capacités des acteurs de la société civile, des médias et des influenceurs sur les messages clés et la stratégie de communication communautaire. Il y a donc une sensibilisation de proximité, de porte-à-porte, ainsi qu’une sensibilisation digitale. Nous venons, par exemple, de mener une activité au Ministère de la Fonction publique et du Travail pour sensibiliser les femmes et organiser en même temps des dépistages.
Comment le dépistage se passe-t-il ?
Le dépistage est le moyen le plus sûr de prévenir la maladie. Il permet de détecter les lésions précancéreuses du col de l’utérus et d’éviter ainsi l’apparition du cancer. Son impact est important car il contribue à réduire l’incidence de la maladie. Pour le cancer du sein, le dépistage permet un diagnostic précoce, ce qui améliore la qualité du traitement et augmente les chances de guérison.
Les femmes se déplacent-elles en grand nombre pour se faire dépister ?

L’affluence varie d’un site à l’autre, mais globalement, il y a une forte participation dans tous les centres de dépistage, aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Les demandes augmentent particulièrement au mois d’octobre grâce à la mobilisation sociale. Ce que nous regrettons, c’est que dès que le mois se termine, la fréquentation chute. Pourtant, les services de santé visent à dépister au moins 70 % des femmes en âge de procréer.
Combien de sites de dépistage existent actuellement en Guinée ?
Il y a plus de 135 sites de dépistage à travers le pays : dans les hôpitaux régionaux, certains hôpitaux préfectoraux et les centres de santé. La plus grande concentration se trouve à Conakry, mais il en existe aussi à l’intérieur, par exemple à Siguiri.
Quelles sont les statistiques actuelles du cancer en Guinée ?
Chaque jour, neuf (9) femmes sont affectées par ces deux (2) cancers (sein et col de l’utérus) et sept (7) en meurent. C’est pour cela que ces deux cancers sont considérés comme des tueurs silencieux. De façon globale, on recense un cas diagnostiqué toutes les heures. On dénombre à ce jour plus de 6 000 cas de cancer diagnostiqués et environ 5 000 décès. Les cancers les plus fréquents sont ceux du col de l’utérus et du sein, qui représentent plus de la moitié des cas enregistrés.
Comment prévenir ou éviter le cancer ?
La prévention passe d’abord par la vaccination. Nous travaillons actuellement à l’introduction du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), prévue d’ici 2026. Elle repose aussi sur l’adoption d’un mode de vie sain : consommer davantage de fruits et légumes, moins de graisses, moins de sel et de sucre, pratiquer régulièrement une activité physique et éviter le tabac. La prévention secondaire, quant à elle, concerne le dépistage et la consultation médicale dès l’apparition du moindre signe anormal.
Peut-on guérir le cancer du col de l’utérus et celui du sein ?
Ces deux cancers ne sont plus une fatalité. Le cancer du col de l’utérus peut être évité et guéri complètement. Celui du sein peut également être guéri s’il est détecté précocement et traité convenablement dans des services agréés de cancérologie. Il ne suffit pas de diagnostiquer tôt : il faut aussi garantir une bonne prise en charge.
Certaines personnes disent que le fait de « sucer le sein » d’une femme permet d’éviter le cancer. Est-ce vrai ?

Il n’y a aucune relation de cause à effet [scientifiquement prouvée]. Cependant, cela peut aider à détecter précocement une anomalie. En observant le sein, sa forme, sa consistance, son volume, il est parfois possible de remarquer un changement. Souvent, c’est même l’homme qui attire l’attention de la femme sur une anomalie. Donc, cela ne prévient pas le cancer, mais cela peut faciliter un diagnostic précoce.
Quel message adressez-vous aujourd’hui aux femmes ?
Je les conseille d’adopter un mode de vie sain, une alimentation équilibrée, de consommer plus de fruits et de légumes, de limiter les graisses et les protéines animales, de faire du sport, de ne jamais fumer et de se faire dépister régulièrement.
Interview réalisée par Yayé Aïcha Barry
Pour Africaguinee.com
Créé le 26 octobre 2025 09:57









