Bicéphalisme à la FEGUIBOXE : « Si ce congrès se tient, nous ne le reconnaîtrons pas », prévient Biro Barry
CONAKRY – La Fédération Guinéenne de Boxe (FEGUIBOXE) traverse une zone de fortes turbulences depuis plus d’un an et demi. Entre bicéphalisme persistant, accusations d’ingérence et bataille pour le contrôle de l’instance, la sérénité est au point mort. Face à ce qu’il qualifie de « grave dérive institutionnelle », Boubacar Biro Barry, président par intérim de la fédération, sort du silence. Dans cet entretien, il dénonce l’organisation imminente d’un congrès « illégal » à Fria et pointe du doigt l’inaction du ministère des Sports.
AFRICAGUINEE.COM : Une crise profonde mine la Fédération guinéenne de boxe depuis plus d’un an. Quelle en est l’origine réelle ?
BOUBACAR BIRO BARRY : Cela fait effectivement un an et demi que nous sommes en crise. Tout est parti de dysfonctionnements majeurs signalés au ministère des Sports dès juin 2024. Malgré nos alertes, rien n’a été fait. Face à cette inertie, les clubs membres statutaires se sont réunis, conformément aux statuts, pour mettre en place un bureau intérimaire. Notre mission est de gérer les affaires courantes jusqu’à une sortie de crise négociée avec la Direction nationale des sports.
Où en est la médiation avec les autorités sportives ?
Pour être honnête, nous n’avons aucun résultat concret. En janvier 2025, nous avons été reçus par le Directeur national adjoint des sports et le président du Comité National Olympique. Une commission avait été mise en place par le ministre. C’est la seule fois où les deux parties — le bureau déchu et le bureau intérimaire — ont été réunies.
On nous a demandé des documents (liste des membres du bureau de 2022, liste des clubs statutaires, statuts). Nous les avons fournis, mais depuis, c’est le silence radio. Plus surprenant encore : le 20 novembre dernier, le ministère nous a renvoyé un courrier nous demandant… les mêmes documents déjà déposés en janvier ! Nous avons l’impression que rien n’est fait pour sortir de l’impasse.
Quelle est la situation actuelle ?
C’est le paradoxe total. Nous pensions que les activités devaient être suspendues des deux côtés le temps de la médiation. Pourtant, l’autre camp continue d’organiser des galas, tandis qu’on nous interdit de mener les moindres activités. Le ministère dit ne reconnaître que le bureau de janvier 2022. Si c’est le cas, je rappelle que je suis le Secrétaire général de ce bureau : rien ne devrait se faire sans mon aval. On ne peut pas vouloir une chose et son contraire.
Quels sont vos principaux griefs aujourd’hui ?
Nous avons appris par voie de presse qu’un congrès serait en préparation pour la fin décembre 2025 à Fria. Or, statutairement, le congrès électif n’est prévu qu’en janvier 2026. Nous n’avons été ni consultés, ni associés. Organiser ce congrès dans ces conditions ne fera qu’aggraver la crise.
Nous demandons au ministère d’établir des règles du jeu claires et transparentes : qui sont les électeurs ? Qui sont les membres statutaires ? Nous voulons un congrès comme celui qui a été organisé pour le Basketball, en présence des médias et sous observation neutre. Si ce congrès de Fria se tient, nous ne le reconnaîtrons pas.
Jusqu’où comptez-vous mener ce combat ?
Nous irons au bout des recours légaux que nous offre la République de Guinée. La loi L018 sur le sport stipule qu’il ne peut y avoir qu’une seule fédération par discipline, mais elle consacre aussi l’autonomie des fédérations régies par leurs propres statuts. Nous avons respecté ces statuts pour mettre en place l’intérim. Si un Tribunal du Sport existait en Guinée, comme le prévoit la loi, nous y serions déjà.
Quel message adressez-vous au ministre des Sports, Keamou Bogola Haba ?
Monsieur le Ministre s’est investi pour résoudre les crises dans d’autres disciplines, comme le basket. Nous lui demandons d’agir avec la même impartialité pour la boxe. Qu’il nous aide à organiser un congrès transparent pour que les membres statutaires choisissent librement leur bureau. Nous comptons sur lui pour empêcher ce simulacre de congrès qui se prépare dans l’ombre que nous rejetons avec fermeté.
Quelles sont les conséquences de cette crise pour la boxe guinéenne ?
La boxe guinéenne est quasi morte. Historiquement, c’est la discipline qui a rapporté le plus de trophées à la Guinée. Aujourd’hui, il n’y a plus de championnat national, plus de visibilité internationale, plus d’équipements pour les clubs. Les petites activités que vous voyez actuellement ne sont que de la poudre aux yeux pour tenter de légitimer un camp. Si rien ne change, nous retournerons dans l’obscurité totale pour les quatre prochaines années.
Soupçonnez-vous des « mains noires » derrière ce blocage ?
Quand on refuse la transparence et la médiation, c’est qu’il y a des intérêts cachés. Oui, nous pensons qu’il y a des influences qui ne veulent pas que la vérité des urnes éclate. On a même vu des cadres du ministère assister à des réunions illégales où dix nouveaux clubs ont été créés de toutes pièces pour « diluer » le vote des vrais membres statutaires. C’est inacceptable.
Qui est, selon vous, le représentant légal de la FEGUIBOXE aujourd’hui ?
La vérité est simple : selon les statuts, seul le Secrétaire général peut convoquer un congrès. Si le ministère s’en tient au bureau de 2022, c’est moi. Aujourd’hui, un cadre du ministère, Monsieur Ousmane Niang, se réclame Secrétaire général de la Fédération. C’est une violation flagrante des textes. Nous informons l’opinion nationale et internationale (l’AFBC et l’IBA) que ce qui se prépare est totalement illégal.
« Notre rédaction a également interrogé le Ministre des Sport Kéamou Bogola Haba sur cette crise. Nous y reviendrons ! »
Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 21 décembre 2025 15:43Nous vous proposons aussi
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